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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"Tous les patrons ne sont pas des rentiers"

Antécédents
Karim Tazi, Membre de la CGEM
et activiste social
1960. Naissance à Casablanca
1984. Maîtrise de droit à la Sorbonne puis intègre l’entreprise familiale Richbond
1994. Diplôme de management aux USA
1995. Crée un réseau de distribution du salon marocain sur trois continents
2002. Crée la Banque alimentaire
2003. Initie le Réseau des associations de quartier (Resaq)
2004. Président de l’Amith (fédération du textile)
Lù Fù ?
Pardon ?

Ça veut dire Smyet bak en chinois…
Ah ! Abdelaziz ben Abdelkader.

Lù Mùqin ?
Tourya bent Tayeb.

Qui shenfen ?
J’imagine que c’est le numéro de la carte en chinois. B 107 579. Mais qu’est ce qui se passe ?

Depuis que vous êtes président des textiliens, il paraît que même sur vos matelas, les Chinois vous font perdre le sommeil !
Ils me donnent quelques soucis, mais lli ândou ghir bab allah yched’ha âlih. Nous pouvons dépasser cela en nous spécialisant dans la qualité et dans la mode.

Vous revendiquez une libéralisation du SMIG. Vous estimez que les Marocains sont trop payés ?
J’appelle à l’institution d’un SMIG régional et non à sa libéralisation. La vraie question n’est pas d’augmenter le SMIG, mais d’augmenter le nombre de personnes qui le touchent au sein d’une même famille. Si on pose le problème en ces termes, patronat et syndicats ne seront pas si opposés que cela. Notre problème, c’est le chômage de masse. Il faut donc créer de l’emploi.

En réduisant les salaires ?
En alignant le SMIG sur le coût de la vie locale. à Taza ou à Guercif par exemple, un smigard peut se contenter d’un salaire moins élevé. Il trouvera plus facilement un emploi.

Un smigard casablancais devrait toucher 3000 DH, dans ce cas ?
Exact.

Vous faites du bénévolat, donnez aux démunis… Vous avez votre bourgeoisie sur la conscience ?
Pendant le règne de Hassan II, je me suis tenu à carreau comme tout le monde. Puis un jeune roi est monté sur le trône et a appelé les Marocains à s’investir dans la vie de leur pays. J’ai répondu à l’appel.

C’est que vous êtes un bon sujet !
J’essaye d’être un bon citoyen.

Vous êtes déjà un moins bon sujet alors, mais passons. Vous avez déjà déclaré en parlant de vous qu’il "ne servait à rien à d’avoir un ticket de première classe sur le Titanic". C’est subversif, ça…
Je revendique encore cette phrase. L’accroissement de la pauvreté, des inégalités, du désespoir et de l’injustice sociale confirment ma comparaison du Maroc avec le Titanic.

Et ce serait quoi notre iceberg à nous ?
Disons que le 16 mai est ce petit iceberg qui pourrait annoncer le gros.

Devenir ministre, c'est ce qui pourrait vous arriver de pire ?
D’une certaine façon, oui. Je crois avoir suffisamment de volonté en moi pour résister à cette tentation si elle venait à se présenter.

Banque alimentaire, Resaq, Amith… Vous n’en faites pas trop ?
C’est une question qui me taraude. La réponse est donc quelque part, oui. Chez nous, on accepte mal l’idée que quelqu’un puisse s’activer sans arrière-pensées. Je reconnais que l’exposition médiatique est incompatible avec la vertu de la discrétion.

Quand vous montez à la CGEM, vous pensez à quoi dans l’ascenseur ?
Je pars dans l’esprit de défendre l’image du patron marocain. Tous les patrons ne sont pas des rentiers ou des exploitants. Beaucoup sont aussi des créateurs de richesses et des preneurs de risque. Il faut aussi des patrons dans ce monde.

Vous avez une idée pour faire oublier Annajat ?
Il faut réformer la gouvernance. Annajat pose le problème de la mauvaise gouvernance. Tant que des incompétents occuperont des postes de responsabilité et qu’on leur assurera une impunité, ça ne risque pas de changer.

Il ne devrait pas partir, Abbès El Fassi ?
Je ne suis pas dupe. La bourde d’Abbès El Fassi n’a été rendue possible que parce qu'il y a faillite globale de la gouvernance. La bonne gouvernance précède la démocratie. Cette dernière ne se décrète pas, c’est un processus complet. Alors que la gouvernance peut être le fait d’un chef de l’exécutif.

 
 
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