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Interview (enfin, presque). Archane craque
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Par Karim Boukhari

Sahara. Les méandres de la marocanité

(AIC PRESS)
Le Sahara suscite toujours autant de remous et de débats. état et société civile essaient de constituer un "lobby" pour la marocanité du territoire. Dans une certaine cacophonie...


Le 5 mars, le quotidien L’Opinion titrait, en manchette : "Proposition de loi du groupe istiqlalien à la Chambre des conseillers : indemniser les martyrs de l’intégrité territoriale, les prisonniers de guerre, les séquestrés et les disparus". Voilà un projet de loi annoncé en fanfare mais qui ne verra probablement jamais le jour. Quelques semaines plus tard, le
même groupe istiqlalien a en effet discrètement retiré sa proposition sans que l’on sache exactement comment ni pourquoi. Que s’est-il passé ? Aucune explication officielle n’a été avancée, mais le bruit court que les istiqlaliens auraient été invités "à ne plus se mêler d’une question (le sort des prisonniers de guerre et des séquestrés-réfugiés de Tindouf) qui les dépasse". Hier comme aujourd’hui, la question reste du ressort de l’état. Malgré l’action plus ou moins spontanée de certaines ONG, et malgré les gesticulations, dans tous les cas trop timides, de certains partis politiques…
Depuis le début de l’année 2005, le Maroc officiel multiplie les démonstrations de force, par "société civile" interposée, en réaction au regain de tension sociale, et politique, dans les principales villes du Sud. "C’est la surenchère de part et d’autre, note ce militant des droits de l’homme à Laâyoune. Les manifestations et les contre-manifestations se multiplient à un rythme tel que l’on ne sait plus qui réagit à qui, ni à quoi". La grande marche "pour la libération des séquestrés de Tindouf (et la marocanité du Sahara)" tenue, le 6 mars, par le collectif Watanouna a été précédée et suivie par de nombreuses mini manifestations de rue, réclamant ouvertement l’autodétermination, voire l’indépendance du Sahara. Côté marocain, la machine de la propagande a tourné à plein régime, même si elle a brillé par une certaine cacophonie. Brahim Hajjam, secrétaire général de l’association des familles des martyrs et disparus au Sahara (ANSFMDSM), qui a pris part à la marche de Watanouna, se souvient : "Personne ne nous a invités à participer à cette marche alors que nous existions bien avant Watanouna (ndlr l’ANSFMDSM a été créée en 1999). Nous y sommes donc allés, spontanément, pour défendre notre cause de toujours : la libération des prisonniers de guerre. Beaucoup, parmi les manifestants, qui ne savaient pas exactement ce que défendait Watanouna à part la marocanité du Sahara, se sont d’ailleurs joints à nous quand ils ont écouté nos slogans...". Si l’on admet que l’essentiel c’est de marcher, et de faire porter sa voix, l’initiative de Watanouna devient, de ce point de vue, un succès. Elle a été suivie par d’autres "succès" : les manifestations de rues dans certaines capitales européennes, et la sortie des ONG pro-marocaines dans la dernière session de la commission des droits de l’homme de l’ONU, tenue en avril à Genève. Le capitaine Ali Najab, ancien prisonnier de guerre à Tindouf, y a été : "Cela peut vous surprendre, mais l’essentiel de nos interlocuteurs n’était pas au courant du martyr dont souffrent les prisonniers marocains entre les mains du Polisario. C’est d’ailleurs la première fois qu’un rescapé de Tindouf s’exprime devant une telle commission". Najab doit sa présence à Genève à un tuyau refilé… par Watanouna. "Les gens du collectif m’ont mis en contact avec un comité britannique (le CIPT, ou comité international pour la libération des prisonniers de Tindouf) qui était de passage au Maroc, c’est ce comité et non pas l’état marocain, comme certains peuvent le penser, qui m’a invité et pris en charge mon voyage". Le Maroc n’a peut-être pas couvert les frais de voyage du capitaine mais il a dûment couvert l’événement, via la MAP, les journaux officiels et la télévision. Il a, surtout, délégué à Genève une vingtaine de sahraouis, pour la plupart des anciens du Polisario, qui, au nom de diverses associations fraîchement créées, ont "défendu la marocanité du Sahara et dénoncé la torture pratiquée dans les camps de Tindouf". Difficile d’évaluer le coût de l’opération, ou son impact véritable sur les centres de décision internationaux. "Personne n’est dupe dans cette histoire, reprend le capitaine Najab. Le Maroc, pour défendre ses intérêts, doit mettre en avant une société civile qui dénonce le Polisario et, derrière, l’Algérie. C’est de bonne guerre, pour une stratégie d’état". Le seul hic, comme pour Watanouna, c’est qu’il reste du chemin à faire, avant d’arriver à accorder tous les violons. Rien qu’à Genève, et bien avant la déplacement de Najab et du collectif d’ONG sahraouies, le Maroc avait délégué une représentation officielle conduite par le ministre de la Justice Mohamed Bouzoubaâ, ainsi que les principales ONG de droits de l’homme (les AMDH, OMDH, etc.). Tous ces gens n’ont pas parlé le même langage. Entre la marocanité du Sahara et la violation des droits de l’homme par le Polisario, les lobbies du royaume n’ont pas été forcément communicants…
Le ballet diplomatico-associatif qui agite le royaume a, sur certains thèmes plus ou moins liés au Sahara, des allures de transe. Deux cas illustrent parfaitement ce constat : le sort des prisonniers du Polisario, et celui de leurs supposés tortionnaires. Historiquement, la libération des prisonniers, civils et militaires, a d’abord été défendue par l’Association du Sahara Marocain (ASM), montée en 1995 par Réda Taoujni. Après avoir longtemps été soupçonnée de rouler directement pour les services marocains, l’ONG vit aujourd’hui en exil, en Espagne, où elle semble jouer, un peu malgré elle, un surprenant rôle d’opposition. L’ANSFMDSM, qui existe depuis 1999, et qui a réussi à tisser plusieurs liens solides avec des ONG internationales (dont France-libertés de Danielle Mitterrand), souffre quant à elle…du non-soutien des autorités marocaines. "On a parfois l’impression d’être combattus et délibérément mis à l’écart par les nôtres", note ce dirigeant de l’association. Au point que certaines ONG montées de toutes pièces par les autorités marocaines n’ont pas hésité à rayer notre nom de la liste des collaborateurs de France-Libertés". Une troisième association a été constituée, début 2005, par le capitaine Najib et d’autres rescapés de Tindouf. Mais elle n’a toujours pas le récépissé qui atteste de son existence légale. Et elle semble en conflit…avec l’ANSFMDSM. Les deux ONG, qui se disputent déjà "la légitimité de parler au nom des anciens prisonniers du Polisario", se heurtent en outre à un différend de taille : le sort réservé aux "revenants", ces anciens du Polisario qui ont choisi de retourner au Maroc. L’ANSFMDSM a dressé une liste de 70 personnes qu’elle compte poursuivre en justice parce que, nous explique-t-on, "ces gens vivent dans l’opulence et l’impunité alors que les soldats et les civils qu’ils ont torturés vivent pour la plupart dans l’indigence et l’humiliation quotidienne". L’association de Najab s’en tient au fameux Al-Watanou ghafouroun rahim (la patrie est clémente et miséricordieuse) décrété par Hassan II et qui équivaut, selon son fondateur, "à une amnistie générale accordée à tous les revenants". Ajoutez à tout cela que Mohamed Lamani, ancien prisonnier civil à Tindouf, a déjà monté un comité d’une quarantaine de rescapés autour de lui, et qu’il fait également cavalier seul (l’association a manifesté, seule, devant le Parlement et la wilaya de Rabat) ; ajoutez encore à cela qu’une quarantaine (chiffre non officiel) d’ONG, hier encore inconnues au bataillon, "militent" désormais, chacune de son côté, contre les violations des droits de l’homme à Tindouf, et vous aurez une idée plus précise sur les collisions et les chassés-croisés entre les uns et les autres…


Côté Polisario. Un Parlement à Tifariti

L'information a été divulguée en avril dernier : la RASD a choisi Tifariti pour installer la plateforme de son nouveau Parlement. La construction, déléguée à une société espagnole, devrait avoir lieu sous peu… Le choix de Tifariti n’est pas innocent. Cette localité est plus proche de Smara (150 km) que de Tindouf (450 km). Tifariti est le même le point le plus proche du mur qui délimite les "frontières" entre le Maroc et la RASD. Dans les coulisses de la diplomatie marocaine, on est bien conscient que "construire un (pseudo) Parlement à Tifariti, qui relèverait d’une politique du fait accompli, est un pur acte de provocation". Non seulement la proximité du site risque de faire monter la température à Smara, comme dans d’autres localités voisines, de plusieurs degrés, mais cela rendrait, dans un premier temps, Tifariti militairement inattaquable (au cas où un conflit armé en venait à être déclenché entre le Maroc et le Polisario). Cette dernière éventualité est peu probable, mais elle reste, dans l’absolu, fort préoccupante pour la partie marocaine.

 
 
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