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Par Chadwane Bensalmia
Société. Orphelins à la rue !
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Les petits pensionnaires
de l'orphelinat descendent
dans la rue (AIC PRESS)
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à Mohammedia, des dizaines dorphelins et de handicapés risquent de se retrouver à la rue. Un autre drame social sur fond de détournements et dabus de pouvoir.
"Quand jy pense, je me dis que la prison offre de meilleures conditions de vie aux détenus que cet orphelinat à ses pensionnaires. On me dira : vous au moins, vous êtes libres. Mais quelle valeur peut avoir ma liberté si je ne peux même pas préserver ma dignité ?" Hammou, une licence en droit privé, au chômage depuis cinq ans, est lun des pensionnaires de |
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lassociation islamique de bienfaisance de Mohammedia. Il fait partie de dizaines de sans-abri, dorphelins, et de handicapés menacés dexpulsion depuis que ladministration en place a décidé de les poursuivre en justice pour occupation illégale des locaux de lassociation. Un ultimatum lancé en réponse aux revendications des pensionnaires, déterminés désormais à rendre laffaire publique. La visite surprise du roi à lorphelinat dAïn Chock a fini par les convaincre de faire entendre leur voix. Lhistoire nest toutefois pas si récente. Elle remonte à une douzaine dannées.
"Du jour au lendemain, le directeur de linstitution a disparu, envoyant un certificat médical après l'autre. Au bout de trois mois dabsence, il a plié bagages et quitté le Maroc. On a ensuite appris quil avait été pris la main dans le sac. Mais aucune mesure navait été prise à son encontre" raconte cet autre pensionnaire. Laffaire est passée sous silence. Durant les mois qui suivent, les directeurs se succèdent à la tête de linstitution. Une demi douzaine en lespace dun an. "Déjà, les conditions de vie sen ressentaient. On nous a dabord retiré les bons pour le hammam. Ensuite, la qualité de la nourriture en a pris un coup. Petit à petit, les locaux de létablissement sont devenus des ruines. Et on navait pas le droit douvrir la bouche, sous peine de se retrouver à la rue. Déjà que quelques uns ont dû se construire des cabanes en zinc et carton dans le jardin de linstitution pour être à labri de la rue" confesse Ahmed. La rue, deux jeunes adolescents de ce même orphelinat avaient fini par y atterrir. Leur père incarcéré après avoir assassiné leur mère, ils avaient été placés dans linstitution, naturellement sans aucune assistance psychologique. Les deux frères ont fini par être mis à la rue. Ils y sonts morts.
En 2003, un jeune pensionnaire, Hatim, décide de recourir à la presse. Publié, larticle lui vaut alors la visite de deux inspecteurs le sommant de séloigner de la presse. Ladministration en place, elle, ne reverra pas pour autant sa position. "Ce nétait pas la première fois. Quelques mois auparavant, durant le mois de Ramadan, nombre dentre nous ont été embarqués et placés en détention, pendant 48 heures." raconte Hammou.
En 2004, un nouveau directeur est nommé, assisté d' un comptable. Mais le scénario habituel se répètei. Des promesses et des engagements dont aucun ne sera tenu. Les deux hommes ne tarderont pas à entrer en confrontation. Le directeur est alors muté et le comptable promu à sa place. Pendant ce temps, les pensionnaires enchaînent plaintes et demandes dauditions auprès du nouveau patron des lieux. Il commencera par faire la sourde oreille, puis leur fermera la porte au nez. Finalement, il abandonnera son bureau, laissant linstitution sans représentation administrative aucune. "En septembre dernier, nous avons envoyé une plainte au ministre de tutelle, Abderrahim Harouchi. Elle est restée sans réponse" affirme lun deux. Une affirmation que le ministre nie catégoriquement "Je nai jamais reçu ni dossier, ni autre document de ce genre". Et en labsence de preuves, cest la parole du ministre contre celle dun sans-abri.
En avril 2005, Hatim, linstigateur du premier article de presse, récidive. Cameraman stagiaire au sein de la TVM, il décide de réaliser un reportage sur son orphelinat pour le journal télévisé du soir même. Il sera diffusé sans problème. Le lendemain, le roi signe sa visite surprise à lorphelinat de Aïn Chock. Le scandale finit de convaincre la direction de linformation de la nécessité de suivre laffaire. Le soir même, la TVM diffuse un autre reportage, dans le journal en français cette fois-ci. Trois jours plus tard, ladministration décide de porter le coup fatal, en fermant la porte de la cuisine "On a essayé den parler. On a frappé à toutes les portes, mais les autorités nont rien voulu savoir. Résultat, pendant des jours, nous avons été réduits à la mendicité sous peine de mourir de faim" poursuit Ahmed.
La TVM commande alors un troisième reportage. Ce jour-là, les pensionnaires sont en manifestation devant la porte de lorphelinat. Le journaliste se dirige ensuite vers le bureau du délégué du ministère qui affirme alors devant la caméra "quil navait pas décidé de la fermeture de la cuisine de son propre chef, mais quil avait reçu des ordres. Il refusera cependant den préciser la source".
Léquipe repart ôur Rabat. à peine le journaliste a-t-il quitté la ville quil a reçoit un coup de fil de la direction de la chaîne "M. le directeur vous demande dapporter la cassette directement à son bureau". Le reportage prévu pour le 14 avril ne sera jamais diffusé. Le jour même, un conseiller de Abderrahim Harouchi contacte le jeune cameraman. "Il ma dit quils étaient prêts à financer mes études et à maider dans ma carrière si je laissais la télé et la presse de côté dans cette affaire. Il ma demandé ensuite que je lui remette la cassette et tous les documents dont je disposais sur lorphelinat" martèle celui-ci. Ce soir-là, le conseiller en question le rappelle pour lui déclarer qu'"il aurait dû lécouter. Et que maintenant quil avait désobéi, il navait quà oublier toute promesse faite de résoudre le problème de lorphelinat" poursuit le jeune homme. Encore une fois, c'est une parole contre une autre.
Arrivés à une impasse, les pensionnaire décident finalement de porter laffaire devant la justice. Ils contactent Me Abderrahim Jamaï et lui confient laffaire.
Le lendemain matin, ils reçoivent la visite dun huissier de justice qui les informe de la plainte déposée à leur encontre par ladministration. La bataille ne fait que commencer. |
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Justice."Plus grave que Aïn Chock"
Le bras de fer commence. Après la plainte de ladministration contre les pensionnaires de l'orphelinat de Mohammedia, cest au tour de ces derniers de faire appel à la justice. La première plainte déposée auprès du parquet général de Casablanca porte sur une demi-douzaine daccusations : coalition de malfaiteurs, abus dautorité, détournement et concussion, non assistance à personne en danger et discrimination entre les individus sur la base de leur statut social. Le parquet, serait à lécoute et sapprêterait à ouvrir une instruction sur laffaire, jugée "plus grave que celle de lorphelinat de Aïn Chock". Laffaire menace dêtre une grande épreuve pour la justice. La passera-t-elle avec succès ? Au-delà de la justice, cest aujourdhui le ministère de tutelle qui est mis en cause. Il y a encore quelques jours, le ministre du Développement social, de la famille et de la solidarité anonçait sur les colonnes dun quotidien que "la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté accorde un intérêt particulier à linclusion sociale des populations, de tous âges, en situation difficile". Par ailleurs, il trouve le moyen de légitimer la plainte de lassociation de bienfaisance islamique, en avançant que "les personnes mises en cause, sont, pour la plupart, des membres de familles placées temporairement dans cet établissement après les inondations de la ville de Mohammedia". Belle stratégie dinsertion ! |
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