|
Par Rim Zaïdi
Festival. Sur la route du Boulevard
|
Vue de l'Océan depuis
les grottes d'Hercule (DR)
|
Boulevard des jeunes musiciens, J-27 : making of dun festival 100% bénévole, miroir dune génération qui na pas froid aux yeux.
C'est un suspense à fin douloureuse : Asian Dub Foundation ne sera pas là cette année. Voilà plusieurs semaines quils retenaient leur souffle, Momo, Marlène, Hicham, trio infatigable du Boulevard des jeunes musiciens, à qui les phénomènes britanniques avaient donné leur accord pour venir électriser les foules de cette septième édition. Une décision externe aura eu |
|
raison de cet espoir. Quà cela ne tienne, le Boulevard voit grand et aurait tort de se priver : après la venue en 2002 du premier groupe international "Music of Moroccan Origin" et lapothéose de "Gnawa Diffusion", lan dernier, "Kreator" a dit oui. La présence de ces métalleux allemands est une victoire de taille pour léquipe du BJM, qui peut se permettre de bomber le torse. "Cest la plus grosse tête daffiche metal qui ait jamais débarqué dans tout le Maghreb".
Oui, le Boulevard a fait son chemin depuis 1999
Sous le nom, à lépoque, de Tremplin des jeunes musiciens, lévènement ne rassemblait que quelque deux cents personnes à la FOL de Casablanca, pour moins de 5 000 DH. Le festival dépasse désormais la seule tribune pour les jeunes formations et soffre quelques célébrités. "Le but, explique léquipe, nest pas de ramener des têtes daffiche pour rien. Dans le contrat, les artistes acceptent de tenir des ateliers, de rencontrer les jeunes musiciens". à partir de 2003, flux croissant de passionnés oblige, le Boulevard sinstalle au COC de Casa et accueille, un an plus tard, 30 000 jeunes venus aduler "Gnawa Diffusion".
Avis aux sponsors engagés
à gros besoins, gros moyens. Transport et cachets des artistes, technique, communication ; une seule scène équipée et éclairée coûte dans les 300 000 DH. Le Boulevard se félicite aujourdhui de partenaires fidèles. à commencer par Nokia, premier sponsor officiel du festival, engagé depuis 2003 et cette année à hauteur de la quasi-moitié du budget total du Boulevard. Le British council, désireux de promouvoir les artistes anglais, a également affirmé son soutien pour la programmation, via la précieuse médiation de Hicham Kabbaj, comme avec les rappeurs "Black Twang" en 2004.
Mais lexpérience sponsors ne va pas sans son lot de mésaventures : lan dernier, une marque américaine engagée jusquau tiers du financement sest retirée à trois semaines du festival
à cause des "aléas", justifie aujourdhui un membre de lagence Mosaïque en charge de la communication de ce client. 2M, qui sengage, enfin, à capter, diffuser, et rediffuser le Boulevard, sétait jusquà présent montrée très tiède face à ce festival dont elle commence à peine à saisir la portée. "A travers le Boulevard, les annonceurs peuvent toucher une cible difficile à atteindre autrement mais qui, contrairement à ce quils pensent, ont un certain pouvoir dachat. Avec le Boulevard, ils bénéficient dun fort impact visuel, de l'association à des artistes connus et, via le "Kounache", de la pérennité dun magazine qui a valeur de collector", poursuit Momo. "Ce qui est certain, explique Hicham Bahou, cest quon ne peut pas gérer un tel évènement en adoptant la démarche classique, passer par un manager pour contacter les têtes daffiche ou laisser certains sponsors être trop gourmands".
100% associatif
Car le Boulevard, cest dabord, encore et toujours du 100% associatif, qui vit de la débrouille et des bénévoles, de la patience et des délires entre potes. Et qui tient à protéger son indépendance et sa personnalité. "Ce nest pas une programmation commerciale, insiste léquipe, cest une expression à part entière : certains annonceurs souhaitent sapproprier lidentité visuelle du Boulevard et ça ne passe pas". à la barre, un trio franco-marocain entouré damis motivés : Momo Merhari, régisseur de la FOL et chef de projet, féru de fusion et fort dun réseau artistiquo-médiatique foisonnant ; Hicham Bahou, infographiste freelance, fana de rock et membre du bureau de lAssociation culturelle et artistique laïque (ACAL) ; Marlène, coordinatrice toulousaine et punchie spécialiste ès évènements culturels. Les trois mènent la danse, dopés à la motivation haute dose, avec une endurance de sportifs et une organisation de stratèges... ou presque. "Il ny a pas de réelle répartition des tâches, précise Hicham. Cest une question de disponibilité". à bord du navire également, quelques dizaines de "bénéFOL", étudiants et artistes avides dengagement pragmatique et identitaire, aident à rester à flot en pleine effervescence du festival. Lhébergement des musiciens candidats, accueillis chez les groupes et bénévoles casablancais, reflète lesprit familial général. Et, cette année, plusieurs associations (ALCS, AMDH, FNUAP...) poseront leurs stands pour informer et sensibiliser.
La sélection des candidats, parmi des centaines de dossiers qui sempilent dans le minuscule bureau rue Moussa Bnou Nousseir, nest que la pause détente dune course de fond avant le sprint printanier final. Convaincre les grosses pointures de venir pour bien moins que leurs cachets traditionnels passe par un véritable contrat de confiance. "Pour Gnawa Diffusion, on ne pouvait leur proposer que la moitié, voire le quart de ce quils gagnent ailleurs. Lorsquon a rencontré Amazigh Kateb à Essaouira, le discours était clair : venir au Boulevard, cela relève de lengagement artistique, du militantisme culturel". Doù le lien inextricable entre laccession du Boulevard au rang dévènement majeur et laffaire, au printemps 2003, des quatorze musiciens, miroirs dune génération en pleine explosion. Cest dailleurs un membre de "Reborn" qui a fait jouer son réseau de métalleux pour attirer "Kreator" dans les mailles du Boulevard 2005.
Dannée en année, le Boulevard grandit et son financement gagne en équilibre. Mais léquipe ne cache pas son amère impatience de voir stagner certains objectifs : "Ce qui na toujours pas marché, cest la réciprocité des échanges culturels, à quelques exceptions près", déplore-t-on. Les heurts survenus cette année entre la FOL et un bureau de lACAL, qui tend vers son indépendance, ont empêché la tenue de toute résidence dartiste et gêné léquipe dans son engagement à accompagner les musiciens. Quant au ministère de la Culture, la tendance demeure au "walou" aérien. Quoi quil en soit et preuve de sa grande forme, le Boulevard soffre cette année une seconde scène et une quatrième journée, de quoi affirmer une vague électro à qui poussent des ailes et accueillir une bonne quarantaine de groupes. Quand à "Asian Dub", à bon entendeur : rendez-vous en 2006 !
*service culturel de lambassade britannique à Rabat
|
 |
2005. Toujours plus audacieux
Soirée hip hop : H-Kayne croisera le fer verbal avec et Mafia C et Fnaïre après une ouverture de DJ Abdel et Sha Stimuli (prononcez "Stimulaï") ; le londonien U-CEF illuminera la soirée fusion-électro ; Syncop, Reborn, les punks toulousains Telezed annonceront le poids lourd Kreator; enfin, un cocktail de fusionneurs : Rif Gnawa, Midnight Shems, Hoba Hoba Spirit, Dayzine et Darga précèderont les mythiques Raïna Raï. |
|