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Par Mohamed Ameskane*
Hommage.
Fatna Bent Lhoucine. Eloge dal aïta
Boulevard des jeunes musiciens, J-27 : making of dun festival 100% bénévole, miroir dune génération qui na pas froid aux yeux.
J'ai rencontré Fatna Bent Lhoucine, à loccasion du décès de Mohamed Bouhmid, pionnier au Maroc de la recherche sur al Aïta. Je co-réalisais alors, un documentaire en hommage à sa mémoire, "Bouhmid et la folie dal Aita". Derrière la pop star, jai découvert une dame dune grande dignité. En nous recevant chez elle à Tlat Sidi Bennour, moi et léquipe de la RTM, elle |
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nous servit du thé à la menthe, des gâteaux et nous raconta des bribes de sa tumultueuse vie. Sur le documentaire, ses propos rivalisaient en sincérité avec ceux dune pléiade de spécialistes. Dans le lot, Alessandra Tucci, une éthno-musicologue italienne qui commença à sintéresser à la aïta après avoir écouté un CD de Fatna Bent Lhoucine, édité par lInstitut du monde arabe à Paris. Alessandra rédige actuellement une thèse pointue sur le sujet
De cette rencontre, je garde limage dune dame fière. Elle était née à El Hasba (à côté de Safi), dans le berceau de la tragédie épique de Kharboucha. Assassinée au 19° siècle, cette dernière était une cheikha, poétesse de la tribu des Oulad Zid, et avait défié le pouvoir autoritaire du caïd Issa Ben Omar El Abdi et de ses sbires. Mais elle avait fini par être emmurée par ses hommes, rapporte la mythologie locale. Orpheline, Fatna subit quelques décennies après la disparition de Kharboucha, la cruauté dune sur sans cur. Adolescente, naimant que le chant et la danse, elle fugue. Ainsi débuta lépopée de celle quon considère comme la dernière représentante du blues des plaines atlantiques. Une disciple des voix archéologiques des Rouida, El Arjounia, Bent Loukid et de la judéo-marocaine Reno. Voix gravées dans les lourds 78 tours des Baidaphone, Polyphone et autres Pathé Marconi dans les années trente et quarante. Des morceaux de cheikha Reno ont été exhumés récemment et gravés sur CD. Ils sont sortis aux états-Unis, loin de leur terre inspiratrice et nourricière, loin du Maroc !
Safi, Tlat Sidi Bennour, Azemmour, Louis Gentil-Youssoufia, Casablanca
Une vie dincessantes fuites et de providentielles rencontres. Cheikha El Ghalia, El Qasmiate, Oulad Sbita, Salah Smaili, Si Jalloul
Ce fut le temps "de la beauté, de la jeunesse et du métier". Deux rencontres furent décisives dans la carrière de Fatna Bent Lhoucine : celle de Khaddouj El Abdia, dont quelques 45 tours jaunis sauvegardent licône qui vous marque avec sa longue et noire chevelure et son fameux grain de beauté. Cest cette dernière qui linitia aux subtilités de lart aïti. La deuxième rencontre est celle des fréres Oulad Ben Aguida qui ne la quittèrent quau bout de vingt ans de collaboration. La rencontre a eu lieu à la Terrasse, haut lieu des nuits casablancaises des années soixante dix. "Si tu veux taper la tasse, attends quon arrive à la Terrasse", entonne lune de ses chansons. Elle sy produisait en compagnie dautres troupes, à linstar du mythique duo amazigh Bennasser Oukhouya et Hadda Ouakki, auteurs du tube "Manich manna", repris aujourdhui par dautres, sur les chaînes satellitaires, qui ne prennent pas soin de citer leurs auteurs ! Fatna chante à Casa, fête et célèbre la ville de Sidi Belyout. "Casa est notre pays, jimplore le propriétaire du palmier" est le refrain de "âar aalik a moul nakhla". Avec Oulad Ben Aguida, elle dirige la deuxième troupe de chikhates à se produire sur les planches du défunt théâtre municipal, après Bouchaïb El Bidaoui, "Cheikh al achiakh". à lépoque, elle sillonne les villes du pays et celles de létranger. Au cours dune longue tournée en Europe, elle se lie damitié avec lun des grands derniers représentants de lAmarg du Souss, Demsiri. Ce dernier lui prêta ses "Raïssate" après la défection dune partie de sa troupe. Arabophones, berbérophones, même java ! Les années quatre-vingt furent celles de la télé. Les archives de la RTM conservent de mémorables soirées des samedis soir avec, outre Fatna, Cheikha Hamounia, El Khouda et linfatigable Hajja Hamdaouia
Après son pèlerinage et sa "retraite", la chaîne nationale lui a rendu deux hommages avec les émissions "naghma watay" et "baina jilain". Je noublierai pas de citer le documentaire quIza Genini à consacré aux chikhates dans sa série "Le Maroc : Corps et âmes". Fatna Bent Lhoucine en fut la vedette. On le revoit de temps à autres, au fil du zapping, sur TV5 et autres chaînes thématiques. Bent Lhoucine na pas eu denfants. Elle a sacrifié sa vie au plaisir des autres. Elle a laissé d' inoubliables refrains. Fredonnons- les en guise de prière !
*Auteur d'un documentaire de la RTM sur Fatna Bent Lhoucine
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Discographie. Un répertoire époustouflant
Le regretté Mohamed Bouhmid, en connaisseur averti, lavait surnommée "Souk al attar", léchoppe de lherboriste où on peut tout dénicher. En "Tabaâ", maîtresse incontestée de son art, Bent Lhoucine excelle dans les multiples facettes dal aïta. Elle maîtrise les difficiles classiques dal Hasba, région de Abda, les "Kebt likhil ala llkhil", "Hajti fgrini", "Kharboucha", "Rjana fi laali", "Al ammala", "Barghala"
Elle fait la joie des Mersaouis avec "Rkoub lkhil", "Illi bgha habibou", "Dami", "Jalini"
excelle dans le Zaari, le Chiadmi, le Khribgui, le Mellali, ainsi que dans les Swakens, célébration des "moualin lmkan", les propriétaires du lieu ou les mille et un saints qui jalonnent la géographie et lhistoire de ce pays. Sans oublier une infinité de compositions dont une partie est l'oeuvre du poète autodidacte Moulay Thami Filali. Citons les incontournables "Alaar a lahbab", "Lhmama", "Hlakni zine", "Wa malkoum, malkoum", "Rada,rada"
A son actif plus de deux cents chansons, une cinquantaine de cassettes audio-vidéo. Un patrimoine à sauver, à sauvegarder, à lair du tout numérique, pour la mémoire
du futur ! |
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