Zakaria regarde tranquillement un film piraté de nicolas cage. soudain, rouicha débarque !
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem s'installe confortablement sur son seddari moulé à sa forme et, d'un doigt digne et ferme, appuie sur la touche "play" de son lecteur DVD. Le film commence par les menaces d'usage. Le FBI, rien de moins, lui promet des "severe civil and criminal penalties", en cas de reproduction, distribution ou exhibition non autorisée du film qu'il s'apprête à regarder. Il tente une avance rapide sur sa télécommande. ça ne marche pas. Le FBI veut absolument qu'il lise les menaces. Il se demande comment est-ce que le FBI peut commander son lecteur DVD à lui, qu'il a acheté avec son argent.
Après le FBI, comme si ça ne suffisait pas, c'est au tour d'Interpol d'intervenir. Sur un fond rouge inquiétant, et sous le titre "ATTENTION", un texte défile : "les droits d'auteur d'uvres cinématographiques, musicales ou sonores sont protégées par la loi et les conventions internationales." Le film, intitulé 8 mm, démarre alors que Zakaria Boualem se demande à quoi peuvent bien correspondre ces pénalties sévères et criminelles mentionnées par le FBI. Nicolas Cage débarque sur l'écran, fort de son statut de héros du film en question. Il enquête sur une abominable cassette où on voit une jeune fille se faire égorger à l'ancienne. Le film ronronne, Zakaria Boualem aussi. Soudain, Rouicha.
Oui, cher lecteur, Rouicha, Plumette pour la version française, le |
|
héros absolu du chant de l'Atlas, débarque dans un film américain. Il sublime la bande sonore par sa complainte berbère. Zakaria Boualem n'en revient pas. Il ne s'agit pas d'une vague citation musicale, loin de là. La musique de l'atlas est omniprésente dans le film. Zakaria Boualem attend avec impatience le générique final. Aucune mention de Rouicha ou d'aucune musique marocaine. Il appelle à la rescousse Mohamed, un ami à lui spécialiste de la musique berbère, qui ne tarde pas à rendre son verdict : non, ce n'est pas Rouicha (il possède l'intégralité de la discographie du maître), mais un groupe de la région de Khénifra, qui interprète des standards du coin.
Zakaria Boualem, en qui sommeille comme en chaque Marocain, un policier, mène à son tour l' enquête. Il découvre que les musiciens en question n'ont jamais touché le moindre centime d'Hollywood. Ils connaissent l'existence du film, ils l'ont vu et soit dit en passant, il ne l'ont pas aimé. Ils ont encore moins aimé se voir pillés de la sorte. Sur Internet, la bande originale du film 8 mm coute 6,99 dollars. Elle est signée par un certain Michael Danna.
évidemment, les musiciens ont tenté d'appeler le bureau marocain des droits d'auteurs pour faire valoir, justement, leurs droits d'auteurs. Autant appeler une télé boutique au hasard : la probabilité de tomber sur le bon interlocuteur est équivalente. Zakaria Boualem se pose la question suivante : comment ces Américains ont-ils pu piller cette musique en pensant que les auteurs ne le sauraient jamais ?
Effectivement, si ce DVD n'avait pas été piraté à Derb Ghallef, ils ne l'auraient jamais su.
à la lumière de cette découverte, les menaces d'Interpol et du FBI apparaissement subitement hors de propos, voire insultantes. Histoire de passer ses nerfs, notre héros décide de menacer à son tour le FBI. Comme il n'a pas son adresse, il profite de TelQuel pour lui envoyer le message :
ATTENTION Vous avez utilisé, dupliqué, vendu et distribué des uvres sans l'accord de leurs auteurs et sans leur reverser le moindre rial. Vous avez honteusement rebaptisé des compositions marocaines avec des titres comme : "third man", "loft" ou encore "no answer". On voit d'ailleurs que vous ne connaissez pas le Maroc, parce que moi, Zakaria Boualem, j'ai beaucoup de mal à imaginer un musicien de l'Atlas appeler sa chanson "no answer". Le pire, dans tout ça, c'est que vous ne risquez même pas des pénalités sévères et criminelles, puisque les musiciens en question n'ont personne pour les défendre. Alors, vous pouvez continuer à nous menacer comme vous voulez, moi je continue à pirater vos DVD, parce que j'estime que vous n'avez pas de leçon à nous donner.
Et merci. |