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Par Abdellatif El Azizi
Prisonniers politiques. Cest pas fini !
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Ahmed Chahid (du groupe 71).
Incarcéré depuis 1983,
il est le plus ancien prisonnier
politique d'Afrique (DR)
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La grève de la faim de prisonniers islamistes et la publication dun rapport du Centre Marocain des Droits de lHomme sur les récentes exactions commises au centre de Témara remettent en cause le processus de réconciliation. Nous ne sommes pas encore sortis de lauberge.
Cette fois-ci, ce sont près de mille détenus islamistes incarcérés dans les différentes prisons du Maroc, qui ont entamé à partir du lundi 2 mai 2005, une grève de la faim illimitée pour réclamer "une annulation pure et simple de leur peine et louverture dune |
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enquête pour déterminer les véritables commanditaires des attentats du 16 mai". Ils estiment que des condamnations injustes leur ont été infligées dans le cadre des opérations de police lancées après les attentats- suicides du 16 mai 2003 qui ont fait 45 morts, dont 12 kamikazes. Dans leur communiqué, les salafistes qui ont également pointé du doigt les exactions commises par les autorités à leur égard appellent "la justice à prendre des mesures concrètes à lencontre des tortionnaires".
Le mouvement est soutenu par les quatre importants "théoriciens" salafistes, El Fizazi, Hassan Kettani, Abdelwahab Rafiki et Omar Haddouchi qui participent à la grève de la faim. La poursuite de cette grève coïncide avec la publication du rapport 2004 du centre marocain des droits de lhomme (que lon dit proche des islamistes). Le rapport publié le samedi 30 avril revient avec force détails sur laprès 16 mai 2003 et les exactions commises à lencontre des suspects arrêtés par les services de police, DGST en tête. En effet, ce rapport, très critique, rappelle que les pires cas de torture ont été enregistrés dans le centre de détention secret de Témara où les agents de la DGST procèdent à des interrogatoires musclés des personnes suspectes avant de les soumettre à des enquêtes partiales qui débouchent souvent sur des procès expéditifs.
De plus, le rapport ne demande pas moins que le classement définitif du dossier des derniers prisonniers politiques marocains dont la plupart sont des islamistes. Le rapport dresse ainsi la liste des derniers détenus dopinion. On cite ainsi les islamistes du "groupe 71" qui avaient été condamnés le 31 juillet 1984, les étudiants dAl Adl wal Ihsane, qui sont passés devant le juge le 10 janvier 1992, les islamistes impliqués dans lattentat dAsni à Marrakech et qui ont été frappés de lourdes peines de prison par la cour dappel de Fès en 1994 et ceux condamnés par le tribunal militaire de Rabat en 1996. Dans ce groupe, on cite notamment Bourouiss Mohamed et El Aynaoui Khalid, les deux prisonniers algériens qui appartiennent au FIS .
Pour le secrétaire général du CMDH, Khalid Semmouni Cherkaoui "sil y a lieu de se féliciter de la grâce royale accordée à certains prisonniers politiques le 7 janvier 2004, le Maroc a tout à gagner en rendant leur liberté à ses derniers prisonniers politiques dont certains sont incarcérés depuis les années 80". Même son de cloche du côté de lAMDH qui veut même parrainer de nombreux prisonniers islamistes en les transformant en prisonniers dopinion. Abdelhamid Amine, le secrétaire général de lAMDH, qui appelle à un dialogue immédiat avec les grévistes de la faim explique que "lassociation cherche à savoir quelles sont les personnes arrêtées après le 16 mai 2003 que lon peut considérer comme des prisonniers politiques. Pour ceux-là, nous demanderons un statut de prisonniers politiques, pour les autres, nous maintiendrons nos exigences pour des procès politiques équitables et le respect des droits humains en prison".
Cette fièvre qui touche les droits de lhomme plombe sérieusement la crédibilité et le travail remarquables, il faut en convenir, effectué par Driss Benzekri et ses complices. Du pain béni pour les adversaires de lInstance équité et Réconciliation, qui voient déjà dans "cette régression des droits de lhomme au Maroc" comme un signe déchec de cette expérience. En fait, la démarche de l'AMDH, comme celle de nombreuses associations est motivée par le fait que linstance ait décidé arbitrairement de sarrêter à lannée 1999, alors que tout le monde saccorde à dire que les années 2003 et 2004 ont connu les pires exactions en matière de droits des personnes.
Autre point de discorde, limpunité. Alors que lIER, salignant sur le pouvoir, ne veut pas sintéresser aux tortionnaires, les autres organisations comme lAMDH estiment que l implication des services de sécurité dans ces crimes contre l'humanité est suffisamment étayée pour que l'exigence dune citation à comparaître des tortionnaires ne soit plus discutable. Dautant plus que de nombreux responsables des crimes du passé occupent encore de hauts postes dans la pyramide du pouvoir politique et continuent à superviser les appareils de sécurité et de renseignements qui reproduisent aujourdhui les mêmes violations. "On ne peut pas donner un chèque en blanc au pouvoir alors que les tortionnaires siègent toujours à des postes de responsabilité" rappelle ce militant des droits de lhomme qui insiste sur "la nécessité de déterminer les responsabilités et dentamer des poursuites judiciaires à lencontre des responsables".
En fait, la vraie question qui se pose aujourdhui, cest comment engager une enquête indépendante et impartiale dans un État, considéré encore, malgré des progrès indéniables obtenus par les défenseurs des droits de lhomme, comme un état de non droit ? De ce point de vue, le cas marocain n'a rien de spécifique, et il y a lieu de lui appliquer les mêmes principes de droit international que ceux qui ont été mobilisés contre d'autres pays (Chili, Argentine, Bolivie).
Les différentes initiatives adoptées par le pouvoir, au lieu de répondre à cette exigence, ont ajouté à la confusion et à l'opacité, entretenu les tensions et peut-être sans le vouloir, consacré l'impunité des tortionnaires rescapés des années de plomb. Face à cette situation d'une gravité extrême, il ne suffit plus aujourd'hui de se contenter de "slogans feutrés", selon la formule employée par ce militant, mais "il faut impérativement obtenir le châtiment pénal de responsables, quels qu'ils soient, datteintes aux droits des personnes". En tout cas, à partir de leurs geôles, les salafistes,malgré eux, relancent sérieusement le débat sur limpunité. Sils arrivent à arracher le statut de prisonniers politiques, limage du Maroc en prendra alors un sacré coup ! |
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Rapport. Morceaux choisis
Au regard des militants du CMDH, le Maroc a enregistré certes, des progrès réels dans le domaine des droits de lhomme mais la violation de ces droits, toujours d'actualitéplombe sérieusement des avancées qui, à tout moment ,sont susceptibles d'être révisables. Le rapport rappelle quil existe encore des prisonniers politiques au Maroc dont larrestation remonte aux années 80. La torture est toujours une pratique courante surtout après les attentats terroristes du 16 mai.
Pour ce qui est du droit à un procès équitable, lONG considère que la période allant de 1999 à 2004 a été celle où on a enregistré le plus de procès "bidon" ayant abouti à de lourdes peines de prison. De nombreux défenseurs des droits de l'homme, des journalistes, des citoyens arrêtés au cours de manifestations pacifiques ont été ainsi jugés pour leurs opinions.
Comme les individus, de nombreuses organisations telles que l'association Nationale des Diplômés chômeurs, le parti Al Badil Al Hadari, la Haraka pour la Oumma, lassociation Fidélité à la Démocratie ont été privées du droit de se constituer.
Enfin, le rapport épingle le secteur du tourisme sexuel dont les victimes sont des enfants que la précarité économique pousse dans les griffes de la prostitution. |
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