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Par Driss Bennani et Abdellatif El Azizi
16 mai. Le résultat de l'enquête
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Confiance.
Délicat exercice que celui auquel sest prêté TelQuel cette semaine
La règle de base du métier de journaliste stipule en effet que toute information, avant dêtre publiée, doit être "recoupée", cest-à-dire recueillie au moins deux fois auprès de deux sources différentes, ne se connaissant pas. Mais qui, à part les services de renseignement qui les pistent depuis des années, peut donner des informations précises et exhaustives sur les groupes terroristes opérant au Maroc ? Qui, à part les brigades spéciales qui ont mené lenquête, peut retracer le film complet des évènements du 16 mai 2003 ? à ces deux questions, il y a une seule réponse : personne.
Cest forts de cette évidence que nous sommes allés recueillir les informations qui parsèment ce dossier spécial "à la source" : en compulsant des rapports denquête ainsi que les PV dinterrogatoire des kamikazes rescapés, et en interrogeant des enquêteurs et des agents des services de renseignement. Il ne sagit pas, comme on la vu souvent depuis le 16 mai, dune "fuite" plus ou moins orchestrée et relativement partiale, mais bel et bien dun "briefing" complet, spécialement fait à lintention de TelQuel par de hauts responsables sécuritaires qui ont accepté de jouer le jeu des questions/réponses, en accord avec leur hiérarchie. Lexercice était donc parfaitement transparent, et assumé des deux côtés.
Il y a évidemment un hic : puisquil est impossible de recouper quoi que ce soit, rien ne garantit que nous nayons pas été, tout au long de cet exercice, désinformés, voire manipulés. Partiellement, ou même totalement. Mais pour quelle raison laurions nous été ? Les attentats du 16 mai ont bien eu lieu, les kamikazes rescapés ont été pris en flagrant délit, sur les lieux du crime, bombe à la main. Pas besoin de "gonfler" un évènement pareil, il était suffisamment énorme en soi.
Où est le problème, alors ? Pourquoi ressentons-nous le besoin de nous justifier, penserez-vous ? Parce quau Maroc, et contrairement aux pays démocratiques, la presse et la police se méfient encore farouchement lune de lautre. Cela fait partie du legs hassanien, et cela fait partie des choses dont nous devrons bien nous débarrasser un jour. Puisse ce dossier, et la relation de confiance qui le sous-tend, être un premier pas dans cette voie.
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16 mai 2003 : Le bilan. 44 morts dont 11 kamikazes
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Dans l'Alliance juive, tout a été
soufflé par l'explosion, sauf le
lustre
et le portrait du roi, qui est resté accroché au mur (AFP)
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| Vendredi 16 mai 2003, Casablanca. Il est 21h 45. Une légère brise balaie les drapeaux de lhôtel Hyatt Regency. En face, assis à même le gazon sur la place Maréchal, trois jeunes hommes contemplent, le regard perdu, ce passage obligé de la jet set occidentale. Un coup de fil fait sursauter le groupe. Mohamed Mhanni, qui a intercepté la communication, regarde ses compagnons et leur lance : "allons-y !". Quelques minutes après, lhorreur commence. Le groupe de Mhanni avait été désigné pour se faire exploser devant lalliance juive. Les 4 autres groupes sétaient répartis entre le cercle de lalliance juive, le cimetière juif de lancienne médina, le restaurant italien |
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Positano, lhôtel Farah, et le club Casa España. Des cibles choisies en fonction d'une symbolique primaire : les trois premiers sont des "espaces sionistes" (le propriétaire du Positano est de confession juive) et les deux derniers, des "temples de linterdit et du péché capital" car les femmes y sont court vêtues et lalcool y coule à flots. Le deuxième groupe de kamikazes sengage dans les ruelles de l'ancienne médina, à la recherche du vieux cimetière juif Mehara, pratiquement à labandon. Désorientés par une fontaine identique à celle quils avaient repérée la veille, Said Abid, Adil Tayee et Youssef Kaoutri actionneront quand même leurs bombes sur une petite place, entraînant avec eux dans la mort trois jeunes qui fumaient tranquillement leur petit joint dans la rue. Au même moment, Mohamed Laaroussi, Mohamed Arbaoui et Mohamed Hassouna arrivent à la Casa España, rue Faidi Khalifa. Ce club privé, repaire de cadres fêtards de la classe moyenne, organise chaque soir une partie de Bingo encore un "péché capital" sur sa terrasse intérieure. Pour pénétrer dans le club, les kamikazes égorgent froidement le gardien, puis traversent discrètement un vestibule. Ils aboutissent, par une petite porte, à l'intérieur de la terrasse et se font exploser au milieu des clients. Le quatrième groupe saventure maintenant dans une rue étroite, entre le consulat belge et le Positano, qui se font face. Ce restaurant est fréquenté lui aussi par de jeunes cadres bien sous tous rapports. Empêchés dentrer par un vigile, ils se font exploser à la porte. Cest le cinquième groupe, conduit par Mohamed Omari, qui force en dernier la porte dentrée de lhôtel Farah, qui borde lavenue des FAR. Repérés, ils se font refouler par un membre de la sécurité. Les deux autres kamikazes pénètrent en force sous le porche et actionnent leur bombe. Omari, qui les précédait, est assommé par le souffle de lexplosion. Il a de la peine à se relever. Blessé, il est vite rattrapé dans sa fuite par Mostafa Tahiri, un chauffeur de grand taxi.
Sur les lieux des attentats, 33 innocents sont tombés, plus 11 kamikazes, morts comme ils le voulaient. Omari, lun des principaux organisateurs du quintuple attentat, a été simplement blessé dans le hall de lhôtel Farah. Quant à Rachid Jalil qui devait accompagner ses compagnons au paradis devant lalliance juive, il a craqué au dernier moment. Il a balancé son sac entre deux voitures rue Al Khawarizmi, avant de senfuir. Le lendemain, faute davoir actionné le détonateur et sous leffet de la chaleur, le mélange explosif fait pschit. 3 jours plus tard, Jalil se fera arrêter à la base de repli de Oued Maleh, non loin de Mohammedia, superbe cadre naturel dont un idéologue salafiste avait coutume de dire quil "lui rappelait lAfghanistan". Hassan Taousi, lui, avait carrément fait faux bond à ses camarades au départ de Sidi Moumen. Après sêtre débarrassé de son bagage explosif (qui fera également pschit le lendemain) dans un terrain vague non loin de ce bidonville, il prend le car pour Oujda, tente de traverser la frontière maroco-algérienne, sans succès, et se réfugie finalement chez un membre de sa famille à Berrechid, où il sera cueilli quelques jours plus tard.
Larrestation des trois rescapés sera déterminante pour la suite de lenquête. Dans la foulée de leurs aveux, ils lâchent le nom de Abdelhaq Bentassir, surnommé Moul Sebbat, arrêté quant à lui le 26 mai à Fès et considéré aujourdhui comme "le principal coordinateur" du 16 mai. "Souffrant dun foie gros de quatre kilos", selon les dires du procureur Alaoui Belghiti, Moul Sebbat décédera mystérieusement durant son transfert à l'hôpital Avicenne le mercredi 28 mai 2003. Avec lui, la piste qui devait mener aux commanditaires est enterrée.
Du coup, cest le témoignage de Omari, considéré comme le chef exécutif des attentats, qui sera crucial pour reconstituer la genèse des évènements. Personnage central du drame, il a accordé lhospitalité aux kamikazes la veille de lopération, et a secondé Abdelfattah Boulyakdane, unique et principale courroie de transmission entre Moul Sebbat et les kamikazes, tout au long de lopération.
1996
Lhistoire commence quand Mohamed Omari, le futur chef des kamikazes, quitte les islamistes pacifistes du Tabligh après sa rencontre avec Zakaria Miloudi, le gourou dAssirat al Moustaqim. Cest à une véritable école du jihad quil est alors convié, Miloudi tirant sur tout ce qui bouge, des juifs aux "croisés" en passant par les "modernistes". Miloudi est prolifique, il rédige une série douvrages dont le fameux "Addaâoua ila Ljihad" (lappel au jihad), expliquant la nécessité pour tout jihadiste de combattre les "musulmans renégats". Omari et ses camarades assistent ainsi à des prêches où Miloudi déverse sa haine sur tous les Marocains, allant jusquà traiter dathées tous ceux qui utilisent des papiers administratifs officiels, y compris lacte de naissance et la carte didentité nationale ! Le Parlement, bien entendu, est considéré comme un "rassemblement dapostats et dathées". Entre autres anathèmes
Impliqué dans une sale histoire de détournement de fonds collectés pour la construction dune mosquée, Zakaria Miloudi perd de son attrait pour Omari, qui le quitte. à lépoque, le discours des idéologues salafistes commence à retentir dans les quartiers déshérités. Comme ses voisins du bidonville de Douar Skouila, Omari fréquente assidûment les mosquées de quartier où le label Ben Laden fait déjà fureur, et où les images des kamikazes palestiniens servies régulièrement par Al Jazeera séduisent les jeunes. Il naura aucune difficulté à se faire de nouveaux amis, tout aussi perdus que lui. Cest au cours dune réunion dans une petite mosquée du quartier quil fait la connaissance dautres futurs kamikazes, dont Yassine Lahnech. Ce dernier sera chargé de monter un réseau de plus de 90 kamikazes réservistes pour perpétrer des attentats à Tanger, Essaouira, Marrakech et Agadir, prévus dans la foulée du 16 mai.
Des réunions régulières sont alors organisées à douar Sékouila, aux domiciles de Mahjoub Aguermat et Abdelfatah Boulyakdane. Au menu : prières collectives, auditions de cassettes et visionnage de bandes vidéo appelant au jihad. Dont un grand classique intitulé "Lenfer des russes en Tchétchénie" et le fameux "Gloire aux Moujahidine".
Plus versé que les autres dans la littérature salafiste, Boulyakdane se proclame très vite chef spirituel du groupe. Cest lui qui dirige les prières collectives et fournit ses "frères" en "livres religieux".
Mars 2000
Le groupe fait une rencontre décisive : Abdelhak Bentassir dit Moul Sebbat, qui deviendra lémir du commando terroriste. Quelques mois plus tôt, il avait été présenté à Boulyeqdane par un commerçant à la kissaria de Hay Mohammadi, à Casablanca. Cest encore Boulyakdane qui fait lapologie de Moul Sebbat aux autres, présentant le nouveau venu comme un "véritable combattant de la foi", dautant plus digne dadmiration que contrairement à eux, il gagne bien sa vie grâce à un juteux commerce de souliers (doù son surnom) à Fès. Moul Sebat reste, selon des sources policières, "le seul relais entre les kamikazes et les cerveaux du 16 mai". Au fil des jours, les réunions se suivent et ne se ressemblent plus. Il faudra quelques mois à Moul Sebbat pour être définitivement sûr de ses recrues. Il se fait alors proclamer "émir national" et reçoit lallégeance de tous les membres qui lui jurent fidélité "jusquà la mort". Au cours dune séance, Tayee, Mhanni, Hassouna, Abid, Omari et Boulyakdane lui-même sassoient en tailleur devant lémir et prononcent à tour de rôle la fameuse formule : "nous te faisons allégeance pour la mort sur le chemin de Dieu". Pour linstant, ils sont cinq. A lissue de ce cérémonial, Moul Sebbat demande au groupe de dénicher dautres volontaires et de les convaincre de lui faire allégeance. Ce que feront les futurs kamikazes en puisant dans larmée de jeunes chômeurs qui hante les mosquées de Sidi Moumen.
Moul Sebbat rend régulièrement visite aux futurs kamikazes et leur donne des cours de jihad. Il les convainc définitivement de "sacrifier leur vie pour la victoire de lislam sur les juifs, les croisés et les mécréants". De fil en aiguille, les discussions entre Boulyakdane et les autres bifurquent sur la fabrication dexplosifs. Tayee et Mhanni tentent de faire uvre utile et téléchargent dans un cybercafé un mode demploi pour fabrication artisanale dexplosifs. Le texte, en anglais, ne sert pas à grand-chose au groupe, qui le remet à Moul Sebbat. Pas plus anglophone que ses adeptes, Moul Sebbat consulte alors plus gradé que lui dans la hiérarchie terroriste. Cest du moins la conclusion à laquelle sont arrivés les enquêteurs de la BNPJ (Brigade Nationale de la Police Judiciaire). Qui sont ces "gradés" ? Tout converge vers deux grosses pointures : les Marocains Saad Husseini alias Mostafa Sebtaoui et Karim Mejjatti (lire portrait en page 24), deux artificiers vétérans dAfghanistan. Husseini et/ou Sebtaoui auraient alors donné un mode opératoire précis à Moul Sebbat, lequel la transmis à Boulyaqdane, chargé avec Omari de fabriquer les explosifs. Détail troublant, tout de même : dans le petit bréviaire du kamikaze fourni par les "gradés", il manque une information de taille : comment on fabrique des détonateurs à distance. Un des enquêteurs avance une hypothèse intéressante : "Husseini est un expert en explosifs, autant que Mejjati. Les commanditaires savaient très bien comment faire exploser une charge à distance. Sil ne lont pas appris à Moul Sebbat, cest quils voulaient une opération kamikaze, du spectaculaire et de lhorreur absolue, pour mieux marquer les esprits". Eté 2001, le groupe fait un premier test dans une décharge publique de Hay Attacharouk, à Casablanca. Echec : la bombinette, reliée à une longue mèche, nexplose pas.
Décembre 2002
Le second essai est le bon : une bombe explose au cimetière de Sidi Moumen. Omari et Boulyakdane, auteurs du test, sautent de joie ! Cest peu après que Rachid Jalil, le fameux kamikaze qui prendra peur au dernier moment, entre en scène. Il fait la connaissance du groupe alors que jusque là, il suivait lendoctrinement de Abderrezak Rtioui, prédicateur à la mosquée Larbi au bidonville de Karian Toma ("Carrières Thomas", à lorigine). Chaque année en été, Jalil, spécialiste du Kung Fu, entraînait ses "frères" dans la forêt de Oued el Maleh. à son tour, Jalil fait allégeance à Moul Sebbat. Nous sommes en mars 2003. Cest à cette époque que Moul Sebbat donne de largent aux kamikazes. Lors de son interrogatoire, Omari affirmera : "Boulyakdane ma confié que Moul Sebbat lui avait donné 18 000 DH en trois tranches, pour acheter les matières nécessaires à la fabrication des bombes, essentiellement de loxygène, de lacétone et des clous". Les bombes sont prêtes. Moul Sebbat désigne les cibles et fixe lopération au 9 mai à 22h.
9 mai 2003
Vers 19h, Said Abid fait un ultime repérage, pour vérifier quaucun accroc de dernière minute (présence policière, par exemple), nentravera le déroulement de lopération. Non seulement il ny a aucun problème, mais, cerise sur le gâteau, Abid reconnait à la Casa de España un "salaud de soulard qui avait escroqué son grand frère". De retour à Sidi Moumen, Abid rend compte au groupe et noublie pas de signaler la présence de ce personnage dans lenceinte du club. Boulyaqdane stoppe tout. Parce que, dit-il, "ce relent de vengeance vide lopération de sa dimension jihadiste". Le ticket pour le paradis est compromis, tout est à refaire. Informé du contretemps, Moul Sebbat repousse lopération dune semaine. Ce sera donc le 16.
16 mai 2003, 4 heures du matin
Au domicile de Omari, Boulyakdane réveille les 7 kamikazes qui ont dormi là, pour la prière collective de laube. La marmite de Mhammsa (vermicelle au lait), préparée la veille au soir par Omari, est visiblement mal passée, Boulyaqdane a très mal au ventre. Cela ne lempêche pas de conduire la prière. Dans la matinée, Omari se charge de ramener au "chef spirituel" des kamikazes quelques herbes médicinales pour calmer ses douleurs. Le groupe soccupe jusquà la mi-journée en psalmodiant, chacun dans son coin, des versets coraniques. Avant la prière du Dohr, le reste du groupe (Abid, Larbaoui, Belcaïd, Benmoussa, Kaoutri, Mhanni et Taib) rejoint la bande. Pour ne pas attirer lattention des voisins, Omari sort comme à son habitude prier dans la mosquée du coin. Il en profite pour acheter des dattes, du lait et des sandwiches au groupe resté à la maison. Laprès-midi, les 15 kamikazes se délectent, une dernière fois, des scènes sanglantes de leur film culte, "Lenfer des russes en Tchétchénie".
19h30
Le groupe fait simultanément les prières dAl Maghrib et dAl Ichaâ. Tous sont maintenant rasés de près et ont troqué le Qamis pour le jeans, selon les instructions de Moul Sebbat. Chacun met également une des 14 montres achetées la veille (à 21 DH pièce), pour synchroniser les opérations. Mhanni remet à chacun une musette contenant une bombe artisanale composée d'une bonbonne de gaz, prévue pour exploser cinq secondes après la mise à feu. Boulyakdane distribue les coutelas qui serviront, le cas échant, à tuer ceux qui se mettront sur le chemin des "moujahidines". Comme la semaine précédente Saïd Abid part pour un ultime repérage. A 20h, il est de retour : tout est OK.
21h30
Omari reçoit un coup de fil de Moul Sebbat, qui donne sa bénédiction. Ils se congratulent tous une dernière fois en se répétant "rendez-vous au paradis".
21h35
Les kamikazes sortent par petits groupes pour ne pas se faire remarquer. Dans une demi-heure, le Maroc basculera dans lhorreur. |
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Saâd Husseini
(Al Ahdath
Al Maghribia)
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Cerveau. Le mystérieux Mostafa
Moul Sebbat, émir des 14 kamikazes et organisateur du quintuple attentat du 16 mai, est mort. 2 ans plus tard, on ne sait toujours pas qui étaient ses commanditaires. De fortes présomptions des enquêteurs planent néanmoins sur 2 hommes. Le premier est le fameux Karim Mejjati, mort le 11 mars dernier à Ryad à lissue dun raid des forces saoudiennes. Si Mejjati est soupçonné, cest parce quil aurait été en contact avec la nébuleuse dans laquelle gravitait Moul Sebbat, à Fès et Casablanca. Ce nest pas vraiment |
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probant, mais les services ont leurs raisons, quils se refusent pour linstant à communiquer, pour des considérations opérationnelles.
Mais les soupçons les plus forts pèsent sur Saâd Husseini, chef de la commission militaire du GICM (Groupe Islamique Marocain Combattant), dirigé depuis Londres par Mohamed Guerbouzi. Cest ce même Guerbouzi qui a déclaré dans une réunion à Istanbul, en présence dun haut dignitaire dAl Qaïda, deux mois avant le 16 mai, quune grosse opération allait bientôt avoir lieu au Maroc, à linstigation de "Mostafa". Les services de renseignement marocains sont persuadés que ce mystérieux Mostafa nest autre que Saâd Husseini, dont le nom de guerre est Mostafa Sebtaoui.
Né en 1963 de père commerçant, Saâd Husseini est issu de la petite bourgeoisie de Meknès. Après une licence en Physique-Chimie obtenue à luniversité Moulay Ismaïl de Meknès, Husseini effectue un court séjour en Espagne, avant de rejoindre les Moujahidines dAfghanistan. On sait quil a effectué un stage au célèbre camp Farouk, où Ben Laden lui-même venait souvent délivrer des prêches aux combattants. Il a aussi été, en 2001, responsable dune madafa (maison dhôtes) à Kaboul, réservée aux terroristes marocains.
Longtemps, les services marocains ont entretenu 2 fiches, lune au nom de Saâd Husseini, lautre au nom de Mostafa Sebtaoui, avant de se rendre compte quil sagissait de la même personne. Depuis le 16 mai, il a certainement pris une nouvelle identité. Lhabileté de Husseini/Sebtaoui est quasiment une légende, chez les services marocains. 3 fois (à Casablanca, El Jadida et Salé), ils ont été sur le point de le coincer et 3 fois, il sest enfui in extremis, moins dun quart dheure avant leur arrivée. Objet dun mandat darrêt international, on estime quil est aujourdhui hors du Maroc. |
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Marrakech, Agadir
. Ce à quoi nous avons échappé
Selon les résultats de lenquête, 96 kamikazes réservistes étaient prêts, dans la foulée du 16 mai 2003, à perpétrer des attentats terroristes à Tanger (" la Mecque des trafiquants "), Essaouira (" la capitale des juifs "), Marrakech (" la Sodome et Gomorrhe des temps modernes ") et Agadir (" le repaire des débauchés du Golfe "). Le procédé de recrutement est similaire à celui utilisé pour Casablanca. Abdelhaq Bentassir dit Moul Sebbat (encore lui) nomme Yassine Lahnech " émir pédagogique " (amir tarbaoui). Sa mission : recruter. Peu de temps après, Lahnech rassemble 29 candidats, à coups de cassettes et de littérature jihadiste. Des hommes âgés de 24 à 34 ans, que Lahnech a repérés dans les mosquées du bidonville de Douar Skouila, au quartier Sidi Moumen, à Casablanca.
Un mois et demi avant les attentats de Casablanca, Moul Sebbat contacte Yassine Lahnech et lui demande de dresser une liste définitive des kamikazes censés exploser à Agadir et Marrakech. Sur les 29 recrues, 19 sont retenues. Aucune arme ni substance explosive ne leur est cependant livrée. Deux autres personnes sont également désignées pour piloter les opérations de Tanger et dEssaouira. Il sagit respectivement de Khalid Mourassil et de Abdessamad el Ouallad. Rien de tout cela narrivera, puisque Moul Sebbat mourra et que tous les autres seront arrêtés peu après le 16 mai. |
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Cassettes, vidéos
Lembarras du choix
Pour se former aux principes jihadistes, les apprentis kamikazes navaient que lembarras du choix. Il y avait dabord les livres, pour les instruits parmi eux. "Lappel au Jihad" ou "Mizane Ahl Assounna Wal Jamaâ" de Zakaria Miloudi, par exemple. Mais il y avait surtout les enregistrements audio et vidéo, largement disponibles à Derb Ghallef et autres étalages informels de la capitale économique. Au Top Ten, on retrouve les enregistrements de Abdallah Azzam (initiateur, avant Oussama Ben Laden, de ce qui deviendra Al Qaïda) et de théoriciens takfiristes comme Salmane Ouda et Sheikh Tamim.
Mais le véritable coup de cur de nos kamikazes a été un film vidéo en deux parties, quils ont tous visionné quelques heures seulement avant de se faire exploser : "lenfer des Russes en Tchéchénie". Le film montre des scènes de décapitation ainsi que diverses atrocités perpétrées contre des soldats russes par les moujahidines tchétchènes. Guère loin du Caucase, la Bosnie, où des films similaires ont été tournés, semble avoir également inspiré les bombes humaines du 16 mai. |
Comment nous en sommes arrivés là
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En 2001, le camp d'entraînement
de Bagram, en Afghanistan, a été
spécialement ouvert par Ben Laden
aux jihadistes marocains (AFP)
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Le 16 mai a nécessité quelques mois de préparation
mais plus de 20 ans de maturation. Récit du long processus par lequel le terrorisme nous a rattrapés.
Le terrorisme islamiste, au Maroc, ne date pas dhier. On oublie souvent que sa première manifestation a été lassassinat du leader socialiste Omar Benjelloun, en 1975, par les sbires de Abdelkrim Motiî. Mais à lépoque, "nos" terroristes avaient affaire à forte partie : le régime hassanien ultra-policier. Et la société, encore largement sous influence marxiste, nétait pas |
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prête à ce genre de violence. Motiî a donc quitté le Maroc (il ny est toujours pas revenu) et ses adeptes, se sont fondus dans la nature. Certains sont réapparus dans le MJIM (Mouvement des Jeunesses Islamiques Marocaines), et se sont, par la suite, "institutionnalisés" dans ce qui deviendra le PJD. On ne parlera plus, en tout cas, de terrorisme islamiste au Maroc pendant plus de 20 ans. Mais les jihadistes sont déjà là, piaffant d'impatience den découdre, pour la gloire de Dieu.
Le déclenchement de la guerre en Afghanistan contre logre soviétique "athée", à la fin des années 70, leur offre un terrain daction idéal. Des filières se mettent en place pour organiser leur départ. Abdelkrim Khatib, futur leader du PJD, jouera à cet égard un rôle important. Tout au long de la guerre, les départs se poursuivent à un rythme soutenu. On estime aujourdhui à 70 le nombre de Marocains ayant fait leurs classes aux côtés des moujahidines afghans. Parmi ces pionniers, des noms qui reviendront avec force plus de 10 ans plus tard : Ahmed Rafiqi dit Abou Houdeifa, parti en tant quinfirmier, son fils Abdelouhab dit Abou Hafs, parti à lâge de 16 ans, Abdellah Tabarak
Tous graviteront dans lentourage immédiat dOussama Ben Laden, bien avant que sa notoriété ne devienne planétaire. Tabarak sera même son chauffeur personnel. La guerre finie (et gagnée par les moujahidines), Ben Laden partira en Arabie Saoudite, puis au Soudan. Dans son sillage, Rafiki père et fils, Tabarak, mais aussi Younes Chekkouri, qui deviendra chef de la commission militaire du Groupe Islamique Combattant Marocain (GICM). Pour linstant (nous sommes au début des années 90), ils ne menacent pas le royaume. La DST marocaine, pourtant, "entre dans le circuit", selon lexpression de lun de ses hauts responsables. Elle commence à établir une base de données des Marocains "afghans"
très parcellaire, avoue ce même responsable : certains sont connus uniquement par leur sobriquet, dautres par leur signalement
Les Libyens sous-traitent aux Marocains
En 96, grâce à larrivée au pouvoir en Afghanistan de Gulbuddin Hekmatyar, puis des Talibans, Ben Laden retrouve sa terre de jihad de prédilection. Cette année-là, le grand prêtre du terrorisme commence à internationaliser son action. Il charge un de ses proches, le Lybien Ibn Cheik el Libi, de créer une sorte de fédération des mouvements du jihad en Afrique du Nord. LAlgérie est déjà un eldorado des terroristes islamistes, il sagit alors de contaminer le Maroc et la Tunisie, mais surtout, vu la nationalité du chef de la toute nouvelle "fédération", la Libye. Un an plus tard, un attentat contre Kadhafi est déjoué de justesse. El Libi sattache alors à créer le Groupe Islamique Combattant Libyen (GICL). Les cadres du GICL, lieutenants dEl Libi, sont principalement des Marocains installés en Europe. On retrouve à Londres Mohammed Guerbouzi, dit Abou Issa, à Crémone (Italie), Ahmed Bouhali dit Abou Qatada al Maghribi, à Bruxelles, Mostafa Boucif, à Copenhague, Saïd Mansour dit Saïd al Maghribi et à Stockholm, Mohamed Moumou alias Abou Abderrahman. Abou Houdeifa (Rafiki père), un des premiers Marocains proches de Ben Laden, sinstalle, lui, à Casablanca. Tous recrutent exclusivement pour le GICL. Mais ils pensent très fort à étendre leur action au Maroc, leur pays dorigine. Ils créent à cet effet le HASM (al Haraka al Maghribiya al Islamiya) qui va jusquà publier deux numéros dun fanzine au tirage confidentiel, Sada al Maghrib (Echos du Maroc), qui circulent entre le Danemark, lItalie et la Belgique. Entre 1997 et 1998, le HASM devient GICM et publie 9 communiqués dans Al Ansar, lorgane du GIA algérien. Mais Ben Laden estime que ce nest pas encore le moment dattaquer le Maroc. Les cadres du GICM, même virtuel, ne baissent pas les bras pour autant. Ils commencent à recruter en Europe, histoire dêtre prêts quand le feu vert tombera. Mis sous pression, Ben Laden consent à envoyer un "éclaireur" au Maroc. En 1998, le Libyen Khalifa Brahim Sola, dit LHaj Brahim, représentant "officiel" de Ibn Cheikh el Libi, sinstalle à Casablanca. Il y crée une structure chargée de recruter pour le GICL, tout en observant attentivement la société marocaine, "pour estimer si elle est prête". Elle finira par lêtre, et Ben Laden finira par donner son aval, début 2001, quelques mois après le départ du royaume de LHaj Brahim. Toujours pas daction prévue au royaume (le 11 septembre est en pleine préparation) mais la bénédiction de Ben Laden fait tout de même accéder le GICM à une nouvelle dimension, celle de relais officiel dAl Qaïda pour le Maroc. Des mesures sont prises pour accompagner ce changement de statut. Dabord, el Libi reçoit lordre de transférer au GICM, désormais dirigé par Ahmed Bouhali, revenu en Afghanistan, tous les cadres marocains de haut niveau du GICL. Ensuite, et surtout, un camp dentraînement à Bagram, en Afghanistan, est ouvert pour le GICM, ainsi quune "madafa" à Kaboul spécialement réservée aux Marocains, dans le quartier Wazir Akbar Khan. Le responsable de cette "maison dhôtes pour terroristes" est le Meknassi Saâd Husseini, alias Mostafa Sebtaoui, aujourdhui fortement soupçonné par les services dêtre le "cerveau" du 16 mai, probablement en collaboration avec un autre "grand nom" du terrorisme marocain, Karim Mejjati, lui aussi pensionnaire de la madafa.
"Que chacun réintègre son pays"
Les Marocains sont en train de sentraîner à Bagram quand survient le "méga-attentat" du 11 septembre 2001. Cest lacte majeur dAl Qaïda, et la guerre punitive qui sannonce en Afghanistan impose une réorientation stratégique complète de la nébuleuse terroriste internationale. Tout en faisant face au déluge de fer et de feu des Américains, Ben Laden donne un ordre général à ses disciples : que chacun réintègre son pays et sy tienne en réserve, en attente dinstructions. Lère des "cellules dormantes" commence
Bouhali mort à Tora Bora sous un bombardement américain, cest Guerbouzi qui reprend, depuis Londres, la direction du GICM. Quant aux pensionnaires de la madafa de Kaboul, ils réintègrent tous le Maroc, et séparpillent sur le territoire. Certains se transforment en idéologues (cas dAbou Hafs à Fès), dautres rejoignent des cellules déjà existantes (cas de Rabiî Aït Ouzzou, qui intègre le groupe de Mohamed Damir à Casablanca), dautres encore créent leurs propres cellules (cas de Salaheddine Benyaïch à Tanger). Tous sinstallent dans les périphéries des grandes villes, des ghettos urbains connus pour être des zones de non droit peu fréquentées par la police (Sidi Moumen à Casablanca, Bourkayez à Fès, Beni Makada à Tanger
). La DST marocaine, informée de tous ces retours, marque alors un temps de réflexion. "On sest dit quil fallait faire le point sérieusement", nous déclare ce haut responsable sécuritaire. Les "fiches" établies depuis 10 ans doivent être sérieusement réactualisées, et les lacunes en information comblées. Pour linstant, les "services" nont rien à reprocher aux "Afghans". Mais ils savent, instruits par lexpérience dautres pays, que le retour de ces gens-là naugure jamais rien de bon
"Ils préparent un coup, organisent une base de repli pour Al Qaïda, ou les deux. Voilà ce quon sest dit à lépoque", nous dit notre source. La "machine à renseigner" se met alors en branle : recensements, mise sous surveillance, filatures
Mais dans la logique jihadiste, les attentats sont un aboutissement, pas un début. Tout commence, toujours, par lidéologie. Nous sommes début 2002, cest lère des grands prédicateurs. Hassan Kettani à Salé, Mohamed Fizazi à Tanger, Omar Haddouchi à Tétouan, Abou Hafs à Fès, Mohamed Bounnit à Marrakech, Bendaoud el Khamli à Nador
Souvent, ils ne se cantonnent pas à leur fief, mais, la renommée aidant, se font inviter dans dautres villes pour délivrer des "cours de jihad". Beaucoup iront prêcher, par exemple, à Douar Skouila à Casablanca où, parmi les "élèves", on rencontre les futurs kamikazes du 16 mai
Certains prédicateurs, comme Kettani, Fizazi et Bounnit, sont de grands lettrés, docteurs en droit islamique. Dautres, comme Zakaria Miloudi, ont à peine le niveau du collège. Tous, néanmoins, écrivent des livres (idée générale : "létat est impie, et il est licite de le combattre par la force"), petits fascicules faciles à lire pour des adeptes au niveau déducation le plus souvent primaire. Parmi ces adeptes, ceux dotés dune forte personnalité cessent de fréquenter les cours dès quils estiment en savoir assez, se proclament "émirs", se font embrasser la main par une poignée de suiveurs en signe dallégeance et deviennent du coup chefs de cellule. Après cela, il nont besoin de laval de personne et notamment pas des prédicateurs pour planifier, voire exécuter des opérations. Pour cela, il faut surtout recruter, encore et encore, parmi les plus motivés. Ce genre de choses ne se fait évidemment pas par téléphone. Les terroristes sappuient plutôt sur les "âchaba". Tous les enquêteurs sont unanimes : parce quils sont amenés à se déplacer continuellement, les herboristes officiant aux portes des mosquées sont les "pigeons voyageurs" du mouvement. Un système de communication idéal : pas décrits, pas de traces. Cest principalement par leur biais que Yassine Lahnech recrutera 96 kamikazes réservistes (!), prévus pour la "suite" du 16 mai (lire en page 27).
La guérilla urbaine, comme Che Guevara !
Alors que les prédicateurs professent, que les émirs sorganisent et que les âchaba papillonnent, des actes criminels isolés commencent à se produire. Le 23 mars 2002 à Sidi Moumen, Fouad Kerdoudi est mis à mort par le groupe Zakaria Miloudi (le seul prédicateur qui était aussi un émir). Laffaire ressemble à un meurtre crapuleux, mais ce nen est pas un. Kerdoudi, ivrogne notoire, avait été prévenu par Miloudi et ses sbires, mais il les avait envoyés balader. à lissue dun "procès" tenu dans les formes jihadistes, Brahim Firdaous, lieutenant de Miloudi, émet alors une fatwa de mort contre Kerdoudi. Tout le groupe part à sa rencontre et lexécute par lapidation, en pleine rue. à larrestation de Miloudi, un mois plus tard, la police trouve des documents indiquant quil projetait dinstituer des foyers de guérilla urbaine à Casablanca, sur le modèle des "focos" de Che Guevara !
Seconde alerte, le démantèlement de la fameuse "cellule dormante dAl Qaïda", le 12 mai de la même année. Après un "débriefing" musclé des 3 Saoudiens qui la composent (Zouhair Hilal el Tabiti, un de ses membres, dira plus tard au tribunal quil a été violé), on découvre que cette cellule projetait non seulement de faire exploser un navire américain croisant dans le détroit de Gibraltar, mais aussi dorganiser des attentats à Marrakech, place Jemaâ el Fna et contre des cars de la CTM. Cest établi, le Maroc est désormais ciblé dans des opérations de grande envergure. Un maximum de publicité est fait sur les projets de la cellule dormante, par le procureur Alaoui Belghiti. Lobjectif de Hamidou Laânigri, à lépoque patron de la DST, est clair : accélérer ladoption de la loi anti-terroriste, qui donnerait plus de marge de manuvre à ses services pour interpeller et interroger les éléments suspects qui commencent à grenouiller un peu partout dans le royaume. Mais la loi suscite une méfiance générale parmi les journalistes et les défenseurs des droits de lhomme. Son adoption est repoussée.
Un troisième évènement intervient en juin 2002 : larrestation de Youssef Fikri, surnommé "lémir du sang" par la presse. à son actif, 4 meurtres (dont son propre oncle, un notaire, symbole de "létat impie", et un homosexuel), des essais dexplosifs avec Karim Mejjati (ancien Afghan) à la forêt de Sidi Taïbi, près de Kénitra, lattaque dun fourgon de la REDAL (compagnie délectricité de Rabat) ainsi, indique un responsable des services, que le vol de 160 voitures (!!) à Youssoufia, Agadir, Nador, Casablanca et Salé. Fikri était un "gros poisson", et ses aveux conduisent au lancement de mandats darrêt contre plusieurs dangereux éléments : Mejjati, mais aussi Mohamed Damir, Bouchaïb Guermaj, Youssef Addad et Abdelmalek Bouzgaren (tous danciens Afghans). 4 mois plus tard, en octobre 2002, Damir est localisé dans une planque à Hay Mohammadi. Larrestation de son groupe tourne à la fusillade, puis au bain de sang. Rabiî Aït Ouzzou, beau-frère de Mejjati et ancien Afghan lui aussi, plante un sabre dans le torse dun policier qui meurt sur le champ, avant de tomber lui-même, criblé de balles (on en comptera 9 !).
Début 2003, de nouveaux évènements se produisent, accroissant linquiétude des services. Le 11 janvier, dabord, Abdelouhab Rebbaâ, un inconnu jusque là, recrute deux soldats et réussit à voler 7 kalachnikovs dans une garnison militaire de Taza. Il y a surtout cette info venue de Turquie : fin janvier 2003, Guerbouzi, chef du GICM, se réunit à Istambul avec plusieurs terroristes marocains, et un haut cadre non identifié dAl Qaïda. Il est question, dans cette réunion, dune "grosse opération" qui doit avoir lieu incessamment au Maroc, sous la conduite dun certain "Mostafa". Pour linstant, personne ne sait de qui il sagit. Ce nest quaprès le 16 mai quil sera identifié comme étant Saâd Husseini, dit Mostafa Sebtaoui, lancien responsable de la madafa de Kaboul. Pour lheure, le tuyau dIstambul est sûr, mais les services marocains ne savent rien dautre. Leur nervosité est dautant plus grande que quelques semaines plus tard, le 13 février exactement, Oussama Ben Laden, dans une de ses fameuses cassettes vidéo diffusées par Al Jazeera, désigne officiellement le Maroc comme une cible du jihad. Un temps, les services croient tenir la bonne piste : des informations font état dun attentat en préparation au Mégarama, à Casablanca. Après enquête et recoupements de la police, le projet est confirmé, mais en est encore au stade embryonnaire. Il est définitivement abandonné par ses commanditaires quand des fourgonnettes de police sinstallent ostensiblement à la porte du complexe cinématographique. Nous sommes début mars 2003. Le Mégarama était-il la cible de "Mostafa" ? Si cétait le cas, le projet aurait dû être plus avancé. Pendant près de deux mois, il ne se passe plus rien
"Nous étions très anxieux, raconte notre source. Nous étions tous convaincus quun attentat était en préparation, mais nous nen savions rien. Et nous connaissions la règle de base dAl Qaïda : aucun participant à un gros coup ne doit avoir dantécédents, donc être connu par les services". Cétait le cas de Abdelhak Bentassir, alias Moul Sebbat, ainsi que tous les membres du commando qui plongera Casablanca dans lhorreur, le 16 mai. |
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1980 à 1990. 70 Marocains rejoignent les Moujahidines afghans pour lutter contre "les Russes impies".
1996. Création du Groupe Islamique Combattant Libyen (GICL), principalement formé de Marocains
1998. Arrivée à Casablanca de Khalifa Brahim Sola, émissaire dAl Qaïda chargé de recruter pour le GICL et destimer "si le Maroc est prêt". Il y restera 2 ans.
2001. Création officielle du Groupe Islamique Combattant Marocain (GICM), dirigé par Ahmed Bouhali, puis par Mohamed Guerbouzi. Ouverture dune maison dhôtes à Kaboul et dun camp dentraînement à Bagram (Afghanistan), réservés aux Marocains.
11 Septembre 2001. Attentats de New York et de Washington et changement de stratégie dAl Qaïda. Sur ordre de Ben Laden, tous les Marocains dAfghanistan rentrent au Maroc.
Début 2002. La DST fait le point. Tous les "Afghans" rentrés au Maroc sont placés sous surveillance.
23 Mars 2002. Premier crime de sang imputé à lislamisme radical au Maroc : après une fatwa qui le condamne à mort, Fouad Kerdoudi est exécuté par le groupe de Zakaria Miloudi, à Sidi Moumen.
Avril 2002. Arrestation de Zakaria Miloudi
12 Mai 2002. Démantèlement dune cellule dormante dAl Qaïda, formée de 3 Saoudiens. Ils sapprêtaient à commettre des attentats contre un navire américain croisant dans le détroit de Gibraltar, des cars de la CTM et à la place Jemaâ el Fna, à Marrakech.
Juin 2002. Arrestation de Youssef Fikri, "lémir du sang". à son actif, 4 meurtres, lattaque dun fourgon de la REDAL et le vol de 160 voitures.
Octobre 2002. Arrestation de Mohamed Damir. Un policier et un terroriste sont tués.
11 Janvier 2003. Avec laide de soldats complices, Abdelouhab Rebbaâ vole 7 kalachnikovs dans une garnison militaire à Taza
13 février 2003. Sur Al Jazeera, Ben Laden déclare le Maroc "terre de jihad", et ses dirigeants apostats.
Mars 2003. Un attentat est déjoué au Mégarama, à Casablanca |
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Salafia Jihadia. Histoire dun malentendu
Hassan Kettani, Mohamed Fizazi, Omar Haddouchi, Zakaria Miloudi, Abou Hafs, Mohamed Bounnit
Tous les prédicateurs "salafistes" marocains propageaient, du temps où ils étaient libres, des idées aussi simplistes que radicales : en gros, il est licite de tuer pour la gloire de Dieu et lennemi premier est le "taghout", cet état oppresseur et impie que tout musulman doit uvrer à abattre. Dans quel but ? Celui de réinstaurer la "khilafa rachida", cet "âge dor" compris entre 620 et 656. Dans lesprit de ces gens, le "véritable islam" sest arrêté là après avoir duré 36 ans en tout et pour tout. Nous vivons donc dans la décadence depuis 13 siècles et demi, et le devoir de tout bon musulman est de faire cesser cela, par la force sil le faut et il le faut, parce que tout dialogue avec létat impie est impossible.
Voilà en résumé lidéologie de la "Salafiya Jihadia", incarnée par les prédicateurs cités plus haut. Aujourdhui tous emprisonnés (seul Bounnit est mort, probablement suite à une bavure policière), ils clament leur innocence et multiplient les grèves de la faim sur la base du raisonnement suivant : aucun dentre eux na jamais planifié dattentat, et le mouvement dit "Salafia Jihadia" est une invention des services. Ce nest pas complètement faux. Planifier les attentats na jamais été leur prérogative, mais plutôt celle des émirs. Eux se contentaient dy inciter, parfois même à mots couverts. Quant à la Salafia Jihadia, les services ont pêché, au début, par mauvaise communication. Ils lont présentée comme un mouvement quasiment structuré, avec des chefs
alors quil ne sagit en fait que dune philosophie, dont la désignation varie selon les écoles. Cest comme si on disait quil y avait "un mouvement nommé marxisme", et quon y incluait tous les gauchistes. Les trotskistes et autres maoïstes protesteraient immédiatement. Dans le principe, ils nauraient pas tort
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