Sujet
Actu Économie
Peine de mort. Demain, l'abolition ?
Justice. Pour une poignée de mouflons...
Chronique. Taxi !
Affaire. Mort suspecte aux Emirats
Festival. Jésus Superstar (à Marrakech)
N° 176
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Peine de mort. Demain, l’abolition ?
Justice. Pour une poignée de mouflons…
Chronique. Taxi !
Affaire. Mort suspecte aux Emirats
Festival. Jésus Superstar (à Marrakech)

Par Abdellatif El Azizi

Affaire. Mort suspecte aux Emirats

Hanane Zemrani (DR)
Hanane Zemrani, femme de ménage marocaine chez un riche propriétaire de Dubaï, est retrouvée noyée au fond d’une piscine. Les PV de police se contredisent. Depuis janvier, sa mère fait le pied de grue devant le bureau de l’émir.


Le harcèlement sexuel pourrait être à l'origine du meurtre de Hanane Zemrani. L’affaire remonte au 20 novembre 2004, à Dubaï, date à laquelle la victime avait été engagée comme femme de ménage chez un richissime homme d'affaires émirati. Une vingtaine de minutes avant sa mort, la jeune
femme a appelé sa sœur qui résidait à Agadir pour lui faire part de ses inquiétudes. Cette dernière a déclaré que sa "soeur avait l’air d’être traquée. Elle a parlé de choses honteuses que le fils aîné de la famille émiratie voulait pratiquer sur elle" ! Une allusion claire à des avances sexuelles que le jeune homme auraient faites et qui l'auraient conduit à violenter une femme se refusant à lui. La jeune femme avait rencontré, début juin 2004, un intermédiaire émirati, dont on jugera plus tard qu'il était louche. Il lui propose de devenir son "kafil": une sorte de tuteur, indispensable pour travailler dans les pays du Golfe, qui vous assure contrat de travail et prise en charge complète. Pas désintéressé du tout, l’intermédiaire exige une somme de 50.000 dirhams.
La jeune femme, née en 1981 à Tan-Tan, d’une famille pauvre, était divorcée avec un enfant de 3 ans et demi à charge, ce qui explique aisément les efforts inouïs consentis par la famille pour réunir la somme exigée. En fait, Hanane ne cachait pas qu’elle voulait émigrer aux émirats pour sortir sa famille de la misère et donner à son enfant une éducation décente. Finalement, au tout début du mois d'août, quand Hanane prend l’avion pour Dubaï, avec la promesse ferme de travailler comme employée dans une grande surface, elle croit enfin voir le bout du tunnel. Une fois arrivée à Dubaï, elle est prise en charge par le tuteur qui lui procure un logement dans un foyer de jeunes filles, en attendant "de la faire travailler". Au bout d'un mois, Khalifa el Kobi, lui explique qu’il n’a qu’un emploi de femme de ménage à lui proposer. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Hanane accepte de travailler chez une riche famille qui promet de lui verser "un salaire entre 15.000 et 20.000 DH par mois". La jeune femme, considérant que le salaire est plus que décent, rejoint donc la villa des Al Massoud le 2 octobre 2004 dans l’après-midi.
Ravie, elle appelle sa famille le soir même, pour annoncer la bonne nouvelle. "Je suis nourrie et logée et j’enverrai de l'argent dès que je recevrai mon premier salaire" dit-elle à sa mère. "J’étais contente pour elle, et je rêvais déjà de l’avenir radieux qui attendait son fils" se rappelle sa maman entre deux sanglots. Le matin du 5 octobre, soit le lendemain de son arrivée chez ses employeurs ce jour maudit, une amie de Hanane appelle la famille pour annoncer brutalement le décès de la jeune femme. Selon la première version de Hind, Hanane se serait noyée dans la mer. Les parents, les amis et ceux qui connaissaient Hanane n'en revenaient pas. "C'était une excellente nageuse" rappelle sa soeur. L'intermédiaire Khalifa ne pipe mot de "l'accident", prétextant plus tard qu’il n'a pas "informé la famille du décès à cause de la détérioration du portable de Hanane dans l'eau de la piscine".
Une thèse totalement balayée quelques jours plus tard par les policiers émiratis, eux-mêmes. En effet, alors que le PV du commissaire Adnane Khalifa Ben Zaal signale "la mort par noyade d’une jeune Marocaine dans la piscine des Al Massoud", le médecin légiste signe le PV de l’autopsie en insistant notamment sur la mention "mort par noyade dans la mer". Depuis ce PV, les versions se suivent et ne se ressemblent pas. De PV en PV, d’autopsie en autopsie, les conclusions diffèrent, se contredisent. Les Al Massoud, pourtant témoins essentiels de la mort, ne sont même pas convoqués !
Interrogé, le "Kafil" qui semble gêné de revenir sur cette affaire sous-entend que "Hanane avait trop forcé sur la bouteille" et aurait perdu connaissance dans l’eau. Pourtant, un des amis d’enfance de la défunte jure que Hanane ne buvait pas ! Autres détails troublants, les traces de coups sur le visage et le corps que le médecin légiste n’a pas pris la peine de relever. Ce sont toutes ces contradictions qui ont poussé la famille à refuser le rapatriement du corps avant que la vérité ne soit établie. La mère de la défunte décide alors de se rendre aux émirats. Aidée par Nezha Chekrouni, la ministre déléguée auprès des Affaires étrangères chargée des MRE, la maman décroche un visa pour les émirats et prend l’avion pour Dubaï le 4 janvier 2005. Arrivée sur place, elle contacte l’ambassade marocaine. Mais l'affaire n’est pas jugée suffisamment importante pour justifier la mobilisation des services de l’ambassade aux côtés de la famille.
Bien au contraire, l’ambassadeur du Maroc aux émirats, Aziz Hussein, se lave les mains de l'affaire, tenant aux proches un discours où le politiquement correct le dispute à la langue de bois. Il conseille notamment à la famille de "suivre les démarches et de faire confiance à la justice des émirats, un pays exemplaire en matière de droit". La raison tient sans doute aux appuis dont bénéficie la famille des Al Massoud. à Dubaï, on évoque les liens et la puissance financière du chef de famille, concessionnaire exclusif de Nissan aux Emirats. Beaucoup de gens aux émirats auraient d’ailleurs supplié la mère de la jeune femme d'oublier cette affaire et de rapatrier le corps de sa fille.
Il faudra la pression des amis et l’insistance de la mère pour que la police se résigne à émettre un nouveau PV, le 12 janvier 2005, dans lequel il est clairement mentionné que Hanane Zemrani a été trouvée morte dans la piscine de la villa, par le cuisinier, à deux heures du matin. Une seconde autopsie confirme la mort dans la piscine mais ne retient pas la thèse du meurtre. à l’heure actuelle, le corps de Hanane est toujours dans une morgue à Dubaï. Un médecin américain, installé dans l’émirat de Sharqia et mandaté par la famille, attend en vain l’autorisation du parquet pour réclamer une énième autopsie susceptible d’entraîner l’ouverture d’une enquête sur les circonstances du décès et de permettre la convocation des témoins du décès. Du côté de la famille, on n’est pas très rassuré. La mère "espère vivement que l'affaire soit connue de Mohammed Ben Rachid Al Maktoum, l’émir de Dubaï, qui est un homme juste et qui fera tout pour qu'éclate la vérité". Selon des amies de la défunte, il s'agirait plutôt d'un meurtre que les autorités locales voudraient masquer et les soupçons se porteraient sur le fils cadet de la famille, qui aurait essayé d'abuser de la jeune femme. Des avances refusées qui auraient dégénéré en dispute. Un proche de la famille, engagé dans la bataille, explique qu’"aux émirats, la corruption n’existe pas, mais par contre, l’esprit tribal qui est très fort, permet souvent de couvrir les pires exactions".


Emigrées au Golfe. Le miroir aux alouettes

Une multiplication de rapports, provenant autant des services secrets que des organisations de défense des droits des femmes, signalent régulièrement qu’un nombre croissant de jeunes marocaines sont conduites sous des prétextes divers et fallacieux dans les pays du golfe, pour s'y prostituer. Considéré comme un véritable lupanar international, le Maroc connaît un développement sexuel tel qu'il permet le recrutement régulier des milliers de Marocaines, appelées à vendre leurs charmes à l’étranger. Chaque année, des centaines, voire des milliers de jeunes Marocaines se rendent dans les pays du Golfe pour "y travailler". Réputés quasiment imperméables aux ressortissants mâles du Maghreb, les pays du Golfe accordent pourtant facilement des visas à des Marocaines pour la plupart à la limite de l’analphabétisme. Couvertures classiques : hôtesses, coiffeuses, domestiques, vendeuses, serveuses ou encore mannequins. Quel que soit le type de contrat, et souvent contre leur gré, les filles se retrouvent embarquées dans des circuits de prostitution dans les boîtes de nuit, ou, plus discrètement, dans des salons de coiffure.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2005 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés