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Festival. Jésus Superstar (à Marrakech)

Par Hassan Hamdani

Festival. Jésus Superstar (à Marrakech)

Peter Furley des Newsboys en plein
prêche musical (Mohamed Réda)
Le Friendship Fest de Marrakech qui s’est déroulé le week-end dernier fut l’occasion pour des groupes de rocks chrétiens d’afficher leur foi. En sous-marin… même pas jaune.


L a polémique aura eu raison d’eux. Les 25 évangélistes qui devaient rencontrer des dignitaires musulmans en marge du festival de l’Amitié de Marrakech ne sont finalement pas venus. Le PJD avait notamment soulevé la question au Parlement en condamnant cette initiative comme une porte ouverte à l’évangélisation du Maroc. En réponse à la polémique, Abdelali
Doumou, président de la région de Marrakech et président de l’association organisatrice du festival, a défendu cet événement comme un soutien américain à un islam moderne et ouvert, adaptable à la démocratie. Mais chose étrange, il n’y avait aucun officiel américain dans les loges, à l’exception de 3 membres de l’ambassade américaine en visite privée. Du côté américain aussi, on a décidé de mettre fin à la polémique avant qu’elle ne prenne trop d’ampleur. Sur le site du Frienship Fest, les organisateurs du festival précisent aujourd’hui n’avoir aucun rapport avec la National Association of Evangelicals qui devait dépêcher ces 25 adorateurs fondamentalistes de Dieu. Cependant, quelques jours avant la tenue du festival, on trouvait, sur ce même site le nom de cette association religieuse, apparentée à la droite chrétienne américaine, parmi les soutiens de la manifestation musicale. D’ailleurs, la NAE reconnaît toujours son rôle dans l’organisation du festival sur son site internet. Même Mickael Kirtley, l’initiateur de ce festival "œcuménique" et sa caravane de l’amitié sont passés à la trappe. Effectivement, il n’était pas à Marrakech mais à Fès, du 2 au 6 mai, soit quelques jours auparavant, dans le cadre du 1er forum maroco-américain des affaires et de la coopération. De plus, sur les premiers documents officiels du festival, il était indiqué noir sur blanc "festival de rock chrétien" selon une source proche du dossier. à contrario, le dossier distribué à la presse, et goupillé à la va-vite, ne précisait nulle part la nature christique des groupes invités. Qui plus est, le grand écran où devait défiler la traduction des paroles des groupes chrétiens invités n’a finalement pas été mis en place. Les raisons seraient techniques, avancent les organisateurs américains et marocains. Frienship Fest a donc bien été re-lifté au dernier moment en éliminant tous les signes religieux ostentatoires.
Le festival serait-il devenu laïque pour autant, par la grâce de Dieu ? Pour les groupes marocains présents (Hoba Hoba Spirit, Darga, H.Kayne…) il l’a toujours été. Ils n’étaient pas dupes, mais ils étaient là "pour la musique et rien que pour la musique". En revanche, beaucoup de groupes américains ouvraient leur prestation par un retentissant "God bless King Mohammed VI", très religieusement diplomatique. Tous sont connus pour prêcher la parole du Christ et faire du prosélytisme par le vecteur du rock. Habitués des festivals de rocks chrétiens, tous ces groupes vendent des millions d’albums dans le circuit fermé du rock évangélique. Ils sont venus à la demande de Harry Thomas. Ce dernier, pasteur de son état, organise depuis 27 ans le Creation festival, une manifestation musicale chrétienne qui se tient chaque année aux états-Unis. "L’idée de Creation festival m’a été inspirée par Dieu, un jour où je discutais avec un ami dans sa cuisine", explique-t-il sans sourciller. Ce festival a popularisé les nouvelles méthodes d’évangélisation en les modernisant grâce notamment à la musique rock, un concept dénommé Contemporary Christian Music à partir des années 80. Ce nom moins connoté venait remplacer une dénomination beaucoup plus parlante : la Jésus music, née au tournant des années 60 pour convertir les hippies majoritairement attirés par la contre culture.
à Marrakech, des signes ostentatoires, il y en a finalement eu. Peter Furley, chanteur leader des Newsboys, avait tout l’air d’un moine illuminé avec sa jellaba noire acheté dans la médina de Marrakech. "It’s not an offense for Moroccans, I hope" s’inquiétait ce dernier en coulisses. Quand il ouvrit ses bras en croix, le public américain était en extase. Quand aux Marocains, ils ne comprenaient pas l’anglais. Harry Thomas tournait à l’arrière de la scène avec sa barbe blanche de pasteur venu prêcher la bonne parole aux indigènes. Il donnait ses instructions aux bénévoles américains en charge de la logistique du festival. Il y eut des rencontres interculturelles très particulières entre groupes marocains et groupes américains. Certains Marocains fumaient des joints en coulisses face à des Américains interloqués devant ce geste si anodin chez nous.
Dans le public, l’amitié n’était pas forcément présente au rendez-vous qui lui était fixé. Les Américains informés par Harry Thomas, qui a envoyé plus de 600.000 mails à son réseau, étaient venus par petites grappes d’une dizaine de personnes chacune. Une pauvre Américaine, un peu paumée avec son Mac Do local (bocadillo rond, kefta-frites graisseuses), était prise à partie par une jeune qui lui criait à la face "Baghdad". D’autres fois, la rencontre eut bien lieu comme pour ce jeune Américain qui apprenait, à un gamin marrakchi, le moonwalking de Michael Jackson. Et ça n’a pas loupé. La tempête de sable survenue avant le concert de Darga prit un aspect woodstockien pour les amateurs de rock. Et un faux air de punition divine pour d’autres, à en juger par quelques réactions verbales dans le public.

 
 
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