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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Sahara. À la croisée des chemins

Alvaro de Soto (AFP)
Le départ d’Alvaro de Soto, représentant de l’ONU au Sahara, remet le dossier au cœur des interrogations. Relance de la solution politique ou retour au plan Baker II, tout reste possible.


"Discret, peu charismatique" : voilà ce que disent de lui les cercles diplomatiques à Rabat. Alvaro de Soto n’aura marqué personne. De juillet 2003, date de sa prise de fonction, à avril 2005, il n’a eu aucune sortie notable, là où son prédécesseur, James Baker, avait multiplié les coups de poing sur la table. "Baker fonctionnait par les mises en demeure spectaculaires, résume ce diplomate
marocain. De Soto marchait aux phrases sybillines, anodines pour le grand public mais chargées de sens pour les concernés". En d’autres termes, le mandat de de Soto aura été beaucoup plus important que ne le laisse supposer sa prétendue discrétion. "Pour nous, explique cette source proche du ministère des Affaires étrangères, de Soto a joué un rôle déterminant dans l’évolution du dossier du Sahara. Il a parfaitement désamorcé les bombes successives qu’auront été les plans Baker I et II, et a été le premier à prôner, publiquement, un règlement négocié entre les parties concernées". Tous les états de service du diplomate onusien en attestent : dans ses rencontres, même les plus informelles, avec les officiels marocains ou algériens, de Soto faisait peu de cas du plan Baker II (5 ans d’autonomie avant la tenue d’un référendum d’autodétermination pour le Sahara), pourtant adopté par le conseil de sécurité des Nations-Unies. "Solution politique" : voilà le concept sur lequel il a travaillé et qu’il a essayé de promouvoir tout au long de ses nombreux voyages dans la région. Cette démarche, aux antipodes de celle de James Baker qui avait tellement irrité la partie marocaine, a été couronnée par le dernier rapport de Kofi Annan, rendu public le 19 avril 2005. Pour la première fois, le fameux plan Baker II semble avoir été mis en sourdine, le S.G de l’ONU déclarant, dans ses recommandations, être "prêt à aider les parties concernées à parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable". Dans le langage diplomatique propre au dossier Sahara, cette petite phrase équivaut à une révolution. à Rabat, mais aussi à Tindouf ou à Alger, les officiels ont compris le message. Ils ont compris, aussi, que la nouvelle philosophie de Annan doit beaucoup à celle de son représentant spécial Alvaro de Soto. à Rabat, comme nous l’a confirmé cet officiel qui a requis l’anonymat, "cela a été perçu comme une victoire des thèses marocaines". Il en va autrement à Alger et à Tindouf où l’ONU, depuis l’arrivée de de Soto, a été accusée de "pencher du côté marocain"… Un autre détail mérite d’être relevé dans le dernier rapport du S.G de l’ONU. C’est un extrait où il est dit que "l’augmentation des contacts de haut niveau dans la région constituent une évolution encourageante". Rien de bien tranchant sauf que, côté marocain, cette petite phrase a été interprétée, dixit une source autorisée, comme "la reconnaissance que les parties invitées à trouver une solution politique pour le Sahara, sont le Maroc et l’Algérie, les seuls contacts de haut niveau en question ayant eu lieu entre Mohammed VI et Abdelaziz Bouteflika".
On comprend, dès lors, que l’annonce du départ de Alvaro de Soto soit accueillie de deux manières contradictoires par les parties concernées : avec une certaine fraîcheur à Rabat, avec un enthousiasme réel à Alger (et Tindouf). à Rabat, on insiste sur le fait que "le plus important n’est pas l’arrivée ou le départ d’un homme, mais la nouvelle orientation donnée par l’ONU". De l’autre côté, on laisse entendre que "le départ de de Soto est d’abord le résultat du lobbying diplomatique algérien auprès des Nations-Unies et de l’Amérique". La thèse peut paraître farfelue quand on sait que le départ du diplomate d’origine péruvienne est d’abord une promotion, puisqu’il hérite désormais d’un dossier encore plus brûlant, celui du Moyen-Orient. Ce qui est sûr, c’est que ce départ a redynamisé la machine diplomatique algéro-polisarienne. à Alger, Bouteflika a recomposé son équipe Sahara, en nommant Mohamed Bedjaoui, fin connaisseur du dossier depuis ses origines (et "redoutable adversaire du Maroc", si l’on croit des observateurs proches de la diplomatie marocaine), ministre des Affaires étrangères, et en désignant Abdelaziz Belkhadem, son autre monsieur Sahara, conseiller à la présidence. "Tout en se rapprochant officiellement du Maroc, note ce chercheur qui connaît bien le régime algérien, Bouteflika muscle plus que jamais sa diplomatie, dans la perspective d’un règlement du dossier Sahara". Même remarque côté Polisario, auquel on prête depuis des mois, déjà, un certain "activisme" à New York comme à Washington, respectivement auprès de l’ONU et du gouvernement des Etats-Unis. Mohamed Abdelaziz était d’ailleurs attendu, en milieu de semaine, à Washington où il devait aller à la rencontre de congressmen américains. Sur le plan interne, le Polisario a également choisi la fin du nouveau mandat de la Minurso (31 octobre 2005) pour concrétiser deux importantes réalisations : le lancement d’une chaîne de télévision, déjà opérationnelle sur le web et qui pourrait "arroser" jusqu’à l’intérieur du territoire marocain, et le démarrage du chantier d’un Parlement à Tifariti, pour lequel les fonds semblent avoir été débloqués…
En fait, et comme nous l’ont expliqué plusieurs sources, tout se passe comme si le départ de de Soto n’avait surpris personne, tant les parties concernées semblent avoir pris leurs dispositions pour un nouveau tournant dans le dossier Sahara. Reste à savoir lequel ? L’ONU fera-t-elle le forcing, comme on peut le penser à la lumière du dernier rapport, pour une solution politique négociée entre les parties concernées, ou effectuera-t-elle un retour vers le plan Baker II ? Un début de réponse pourrait être fourni avec l’identité du futur représentant de l’ONU au Sahara, pour l’instant inconnue. Le Polisario et l’Algérie s’activent, dans les coulisses de la diplomatie internationale, pour que le nouvel homme de confiance de Annan soit "Américain ou Scandinave". Le Maroc, comme nous l’indique cette source marocaine proche du dossier, "verrait bien un Américain, les Scandinaves étant réputés pour leur feeling pro-indépendantiste".


Rapport. Morceaux choisis

Au regard des militants du CMDH, le Maroc a enregistré certes, des progrès réels dans le domaine des droits de l’homme mais la violation de ces droits, toujours d'actualitéplombe sérieusement des avancées qui, à tout moment ,sont susceptibles d'être révisables. Le rapport rappelle qu’il existe encore des prisonniers politiques au Maroc dont l’arrestation remonte aux années 80. La torture est toujours une pratique courante surtout après les attentats terroristes du 16 mai.
Pour ce qui est du droit à un procès équitable, l’ONG considère que la période allant de 1999 à 2004 a été celle où on a enregistré le plus de procès "bidon" ayant abouti à de lourdes peines de prison. De nombreux défenseurs des droits de l'homme, des journalistes, des citoyens arrêtés au cours de manifestations pacifiques ont été ainsi jugés pour leurs opinions.
Comme les individus, de nombreuses organisations telles que l'association Nationale des Diplômés chômeurs, le parti Al Badil Al Hadari, la Haraka pour la Oumma, l’association Fidélité à la Démocratie ont été privées du droit de se constituer.
Enfin, le rapport épingle le secteur du tourisme sexuel dont les victimes sont des enfants que la précarité économique pousse dans les griffes de la prostitution.

 
 
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