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N° 177
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Dirham. Dévaluera, dévaluera pas ?

À droite, Karim Tazi (Pour),
à gauche, Najib Akesbi (Contre)
La dévaluation a des avantages et des inconvénients. Les arguments des exportateurs visent à renforcer les recettes. Les économistes et les importateurs refusent cette approche jugée simpliste. Pour eux, tout l’enjeu réside dans le dynamisme de l’économie.


POUR

Objectif : l'équilibre de la balance des paiements. En gros, ce que nous vendons doit couvrir ce que nous achetons.

Choisir entre la consommation et la production
L’association marocaine du textile et de l’habillement trône à la tête de cette mouvance. Karim Tazi, son président, estime "qu’il y a certainement d’autres solutions pour éviter la dévaluation, dont la plus importante est de reconstruire l’économie sur des secteurs exportateurs pour redresser la balance des paiements". En attendant, il préconise la dévaluation du dirham. "L’envolée non maîtrisée des facteurs de production ne laisse pas le choix", argue-t-il. L’objectif de cette dévaluation est de renchérir les importations et de rendre compétitives les exportations.

Baisser les charges et les impôts
Mohamed Chraïbi, président de la fédération nationale de l’agriculture et de l’agro-industrie, justifie la dévaluation par la baisse accusée par son secteur d’activité : "Nos parts de marché en Union Européenne ont baissé de 5 à 3%, nos exportations ont fléchi de 1,3% en moyenne annuelle alors qu’elles devaient progresser de 6%, selon les prévisions du plan quinquennal". Il donne au gouvernement le choix entre trois possibilités. Soit, il baisse les coûts des facteurs de production, soit il met en place des mesures incitatives, soit il active le levier monétaire. Explication : baisser les coûts de production revient à alléger les charges sociales en touchant au Smig, à la couverture sociale… Chose que le gouvernement ne peut tolérer. Le coût de l'énergie n’est pas en reste. Mais sa baisse est quasiment impossible dans l’état actuel des choses. En revanche, les incitations fiscales restent envisageables. Sauf que le budget manquera de ressources pour boucler ses fins d’années avec ce que cela entraîne en matière de déficit. Il reste donc la dévaluation.

Le dirham est surévalué
Khadija Doukali, parlant au nom de la fédération des industries de la mer, s’inscrit dans la même lignée. Elle précise d’emblée que "le dirham est surévalué. Il est temps qu’il revienne à sa juste valeur et par ricochet, cela permettra de donner un coup de fouet aux exportations". Mais attention, poursuit-elle, cette dévaluation ne doit pas prendre la tournure d’une correction technique. "Au pire, elle doit être de 20%", préconise-t-elle. Cette dépréciation, relativement forte, conduira nécessairement à l’augmentation des prix des produits importés. Résultat : les Marocains, selon la même analyse, se tourneront vers les produits nationaux.

Idée : Le dirham "vert"
Toujours dans le secteur de la pêche, au sein de la fédération des industries de transformation et de valorisation des produits de la mer, le ton est nuancé. La dévaluation est considérée comme un mal nécessaire, mais qu’il faut éviter en instaurant le dirham vert. L’idée n’est pas nouvelle, elle remonte au début des années 90. Elle repose sur deux valorisations. Le dirham garderait sa valeur actuelle pour toutes les transactions internes et les importations. Mais il y aurait un dirham dévalué pour les exportations. Le différentiel qui résultera de cette acrobatie doit être supporté par le budget de l’état.

CONTRE

Cela ne servirait à rien, sinon accroître notre subordination à l'étranger.

Echec des dévaluations précédentes
Selon Hammad Kessal, président de la fédération des PME, "il est hors de question d’hypothéquer toute une économie pour aider un seul secteur qui a échoué malgré trois dévaluations de la monnaie nationale". Et même si, selon lui, on dévalue, cela ne servira à rien : "les entreprises marocaines sont incapables d’innover sur les produits à forte valeur ajoutée en renforçant le secteur recherche & développement. Et in fine, la dévaluation sera un pétard dans l’eau". Au moins deux éminents économistes partagent cet avis.

Pas de productivité
Driss Ben Ali rappelle que l’économie fait du bricolage. "Une économie ne peut reposer uniquement sur le taux de change. Ce dernier peut jouer lorsque la productivité est soutenue. Dans ce cas la dévaluation donne un coup de fouet à l’exportation", explique-t-il. Or, au Maroc, il y a un grave problème de productivité.

Pas de produits stratégiques
Najib Akesbi ne s’éloigne pas de cette conclusion en présentant des éléments palpables. "Nos exportations se limitent à des produits banals qui ne sont pas stratégiques pour les marchés demandeurs. La tomate, l’orange, l’habillement, les phosphates… on peut toujours les trouver ailleurs et nous sommes dans une situation de subordination par rapport à nos partenaires étrangers. Ces deux facteurs annuleront tout effet escompté de dévaluation", lance-t-il d’emblée. Comment ? "L’expérience des dévaluations précédentes nous a enseigné que nos clients nous obligent à partager avec eux les marges issues de la dévaluation. Le taux de change nous profite pendant les premiers mois qui suivent la dévaluation, puis nous revenons au point de départ", rappelle Akesbi. Ce dernier souligne avec force que toute action sur la monnaie part du potentiel du pays. Si la capacité productive est défaillante, il n’y a pas d’intérêt à dévaluer. Cette solution aboutira, bêtement, à alourdir les intrants alors que nous importons tous nos ingrédients. La dévaluation mènera, logiquement, à une envolée de la dette pour des raisons de gains qui ne sont pas avérées. Pour une économie peu dépendante et peu endettée, la dévaluation est possible. Et ce n’est pas le cas pour le Maroc.

Le dynamisme ou la mort
Ahmed Benkirane, membre à la CGEM qui s’exprime à titre personnel, colle à cette analyse. Il ajoute que l’exemple allemand est pertinent : "un euro fort n’a pas empêché l’Allemagne de faire preuve de dynamisme et de gagner des parts de marché". C’est dire que toute la question est dans la capacité de l’économie à renforcer sa tendance exportatrice par des produits à forte valeur ajoutée.

 
 
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