Analyse. La Constitution européenne et nous
Islam, immigration, partenariat Nord-Sud
Nous sommes aussi concernés par la Constitution européenne, actuellement en ballottage.
La Constitution européenne est un peu comme le Coran : chacun en tire les arguments les plus contradictoires. "Souvent par proximité avec les mouvements dextrême-gauche et altermondialistes, la majorité des Maghrébins de France votera non" est persuadé Abdelkebir Jbil, "européen convaincu" et président du Mouvement des Maghrébins Laïques de France. |
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Chez lui, cest la question de la laïcité qui a retenu toute son attention et il votera "non". Si lEurope ne devient pas ce "Club chrétien" très fermé, souhaité par certains pays membres (la France sétant violemment opposée aux références de "racines chrétiennes" dans le préambule de la Constitution), le texte nest assurément pas pour autant dinspiration laïque. Le mot lui-même ny figure pas une seule fois sur les quelque deux cents pages ! "Linstitutionnalisation du dialogue avec les religieux de tous bords - (art. I-52) nous inquiète particulièrement. Cest encore donner du grain à moudre aux islamistes qui ont déjà essayé dutiliser les textes de la Convention européenne des droits de lhomme". Abdelkebir Jbil craint une remise en cause de la loi du 15 mars 2004 sur linterdiction du port des signes religieux "ostensibles" dans les écoles publiques et celle plus ancienne de 1905 (de séparation de léglise et de létat). Avec des chercheurs, historiens, journalistes et associatifs, le Mouvement se mobilise dailleurs pour la restauration et le renforcement de la loi qui fête cette année son centième anniversaire.
De la question turque, à la question des droits des femmes
chaque fois dans le débat, la laïcité refera surface. "Rien sur les droits des femmes à disposer de leur corps, sur le droit à lavortement, à la contraception, au divorce
", sinquiètent les féministes pour qui ces droits sont loin dêtre acquis aujourdhui en Europe (Portugal, Irlande, Pologne Chypre et Malte interdisent toujours lavortement). Gisèle Halimi qui voit dans ce texte une "menace contre les femmes" les invite à dire "non". Lavocate regrette en outre labsence de force contraignante dune charte proscrivant "toute discrimination sur le sexe" et dénonce l'hymne au libéralisme (une "économie sociale de marché hautement compétitive" (art. I.3)) qui "frapperait plus durement les femmes que les hommes".
La question de la Turquie surgit également au détour du débat sur la laïcité. Cependant, si "On agite des facteurs culturels, civilisationnels et religieux" est convaincu léconomiste Najib Akesbi "ce sont les données économiques qui jouent dans la crainte de ladhésion de ce pays qui sapprête à devenir une puissance exportatrice". Cela est bien possible au niveau des politiques, mais dans lopinion publique, le rejet reste pesamment "culturel". Les derniers projets de réforme du Code pénal turc criminalisant ladultère (provisoirement abandonnés sous la pression) nont fait que nourrir les suspicions, générant un tollé au plus mauvais moment du calendrier européen. Najib Akesbi ne croit pas à ladhésion turque avant dix ou quinze ans. "Le pays pourra probablement développer comme le Maroc, lUkraine ou la Macédoine des relations fortes, mais sans devenir membre à part entière". Si a contrario, la Turquie intégrait lUnion, Le Maroc pourrait légitimement à nouveau espérer
Concernant la politique dimmigration, pas de surprise réelle ! Il ny a pas à espérer douverture généreuse et miraculeuse. Rapprochant les législations nationales, le traité constitutionnel ira plus loin dans leuropéanisation des politiques dimmigration. Seule, la gestion des flux migratoires restera de la compétence des états. Limmigration clandestine sera plus que jamais traquée et les politiques dasile restreintes de façon drastique. Il ne faut pas pour autant se laisser impressionner par les "récents propos électoralistes et de circonstance de M. De Villepin" prévient Mehdi Lahlou. "Il lui faut rassurer son électorat et celui de lextrême droite. La réalité, cest que la France est déjà pleine dinfirmières espagnoles comme de médecins marocains et quelle aura encore besoin de main duvre. Dans les 10/15 ans à venir, lEurope devra faire appel à une vingtaine de millions de travailleurs !".
En matière de partenariat, le Maroc gagne certainement à avoir une visibilité face à une politique commune. "Mais compte tenu de la composition actuelle à 25, une grande partie des nouveaux arrivants pourraient aussi entrer en conflit avec des pays comme le Maroc" sinquiète Najib Akesbi. "Demain, la Hongrie, la Pologne
pourraient bien jouer le rôle que lEspagne et le Portugal ont par exemple joué sur les produits agricoles". Pour cet économiste, le problème du partenariat euro-marocain est lié aux règles de fonctionnement régissant lUnion. "La manière dont lEurope prend les décisions est contraignante et paralysante. Pour un intérêt extrêmement catégoriel, un seul pays pourra ainsi sopposer à lavancée dun domaine. Le Parlement étant le terrain où saffrontent tous les lobbies, ce sera le nivellement par le bas. Il faut réduire le domaine dunanimité, prendre davantage de décisions à la majorité qualifiée". Même son de cloche chez léconomiste Driss Benali qui regrette déjà la "flexibilité dantan" avec laquelle le Maroc pouvait jouer dans ses échanges avec la France. "Avec lEurope, la France qui a toujours été le porte-parole du Maghreb, pourrait bien se trouver ligotée". |