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Par Hassan Hamdani
Tendance. Piercing !
Bijou corporel, le piercing saffiche de plus en plus chez les lycéens. Sexy et fier dans la rue. Voilé à la maison. Une schizophrénie qui profite aux pierceurs clandestins.
Saâd exhibe fièrement ses piercings sur casafree.com, les commentaires fusent : "Saâd mazal âandi wahed trombia fdar âandha mehmaz mriguel iji piercing (J'ai une toupie à la maison, sa pointe ferait un bon piercing)". Une jeune fille devant la photo de Saâd déclare découvrir la chose. L'administrateur du forum lui rétorque "kes kel découvre celle- |
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là ?" On laura compris, le piercing est devenu une chose anodine sous nos latitudes. Apparu il y a quelques années chez les amateurs de musique métal, il a vite fait tache dhuile dans les autres couches de la jeunesse marocaine. Désormais, même Bigdil vend des bijoux piercings. Cest un signe qui ne trompe pas. Quand la grande consommation investit un filon, cest quil y a un marché qui dépasse la simple niche marketing. Les sorties de cours de lycées casablancais côtés confirment ce fait commercial. Un nombre croissant darcades sourcilières, de nez et de nombrils adolescents sagrémentent de bijoux corporels : "Dans mon bahut, plus de 40% des lycéens sont piercés" explique Wafae, 17 ans, piercée elle-même sous la lèvre et au nombril depuis 2 ans. Cependant, cette exhibition fashion victim ne doit pas leurrer. Si tous ces jeunes affrontent allégrement le regard noir et réprobateur des passants, le piercing est encore underground
pour leurs géniteurs. En effet, ce que les sociologues, sétant penchés sur le phénomène, appellent pompeusement "le dialogue entre le corps social et le corps individuel" est un monologue au Maroc quand il sagit den parler à Baba et Mama : "la quasi-totalité de mes amis se sont fait piercer sans laccord de leurs parents" explique à son tour Hind, 17 ans, la meilleure copine de Wafa. Ainsi, cette jeune lycéenne de Hay Hassani, simple exemple entre autre, simpose une gymnastique quotidienne pour dissimuler ses bijoux corporels à ses parents. À la sortie du lycée, elle couvre son ventre avant de rentrer à la maison. Qui plus est, depuis 2 ans, elle se trouve mille excuses pour ne pas accompagner sa mère au hammam. Comment des jeunes filles comme Wafae et Hind peuvent-elles se faire piercer sans passer par l'autorisation de leurs parent ? Simple fait économique : la demande existant chez les mineurs, loffre a suivi. Une poignée de pierceurs, installés dans des appartements, pratiquent cette activité en toute illégalité, à la sauvette, sans exiger lautorisation parentale obligatoire pour les mineurs. Il existe dailleurs en la matière un triangle dor géographique équivalent du triangle dor maârifien de la mode : celui des lycées casablancais du Maârif
justement. En outre, ces pierceurs clandestins opèrent dans des conditions dhygiènes déplorables : "un type piercait des mineurs avec une aiguille et du fil dentaire sans respecter aucune des normes dhygiène qui doivent accompagner cet acte. Cest totalement irresponsable, quand on connaît les risques de transmission du sida et de lhépatite C. Jai même vu débarquer dans mon local une gamine de 11 ans qui avait été piercée au nombril par un de ces charlots. à cet âge, cest de la folie compte tenu du fait que le corps est en pleine croissance" sindigne Mourad, pierceur professionnel formé à létranger. Ce dernier a choisi dexercer son activité légalement, mais a rencontré les pires tracasseries administratives pour monter sa société : "quand jai voulu me lancer dans cette activité, on ma gentiment expliqué de ne pas faire de pub, de navoir aucune enseigne explicite et de ne pas ouvrir mon local au rez-de-chaussée". Une hérésie commerciale. Résultat des courses, aujourdhui, il chasse les mouches faute de clients, laissant le champ libre aux pierceurs clandestins : "je suis pénalisé car je respecte la loi. Cest un comble. Un jeune ne viendra jamais chez moi pour se faire un piercing car nous exigeons obligatoirement lautorisation parentale. De plus, nous sommes plus chers que la concurrence sauvage car nous utilisons des aiguilles médicales stériles à usage unique et nos bijoux son en titane (le métal idoine). Entre se payer un piercing au nombril à 650 DH chez nous, et un autre pratiqué illégalement à 200 DH, un jeune a vite fait de choisir" déclare Mourad, dépité. Il compte fermer son magasin fin juin, ayant perdu toutes ses économies dans laffaire. La même déconfiture commerciale était arrivée à Beauty Tatoo. Cette enseigne a été la première à investir le marché du piercing légal casablancais il y a deux ans. Beauty Tatoo a fermé au bout de 6 mois, faute de clients. La concurrence du secteur informel est rude. Dans la médina de Casablanca, les traditionnels perceurs doreilles se sont aussi convertis au piercing. "Ils piercent au pistolet. Cette méthode est interdite partout ailleurs, car elle détruit les tissus" renchérit Mourad, de plus en plus indigné.
Faut-il dédouaner tous ces jeunes avides de mode, fauchés, désirant disposer de leur corps mais refusant daffronter le courroux parental ? Non, au risque de verser dans le jeunisme. "Ils ne respectent pas eux-mêmes les règles dhygiène. 90% des infections sont dues au fait quils séchangent leurs piercings. Dailleurs 50% ne reviennent jamais passer la visite de contrôle" explique un autre pierceur, désormais au chômage technique. En outre, respecter lhygiène ou cacher la chose à ses parents, il faut choisir. Un piercing sur la langue exige que lon ne mange aucun aliment solide pendant 2 semaines. On imagine mal un jeune, piercé à cet endroit, demander de la soupe a sa mère en lieu et en place du couscous du vendredi. |
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Marrakech. Lexception touristique
Linka, une Tchèque installée à Marrakech, a ouvert son enseigne de piercing en plein Gueliz. Situé au rez-de-chaussée dun centre commercial, "Tatoo piercing" affiche clairement la couleur. Les piercings se pratiquent dans les conditions dhygiène adéquates et les mineurs doivent être accompagnés dun parent. Linka fait même de la pub dans un magazine marrakchi, Fashion addicted. Elle avait également essayé les flyers dans les boîtes, mais a arrêté jugeant cette forme de publicité inefficace. Le microclimat touristique marrakchi explique sans doute cette exception culturelle et cette "bienveillance des autorités". Ainsi, 50 % de la clientèle de Linka est composée de touristes étrangers. Ils profitent de leurs vacances pour soffrir un tatouage ou un piercing comme souvenir de vacances. Les clients marocains amateurs de piercings sont pour lessentiel des Casablancais, des Rbatis ou des Gadiris en week-end à Marrakech. Certains prennent rendez-vous 15 jours à lavance, les fins de semaine étant de grande affluence dans la ville ocre. Quant aux autres, ce sont des étudiants et étudiantes des lycées Victor Hugo et Hassan II accompagnés de leurs parents. Parmi ces Marocains, des prostituées également. Amatrices de piercing fluos sur la langue, ces dernières payent le plus souvent en euros. |
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