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Festival de Cannes. Les Marocains font de la figuration
N° 177
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Festival de Cannes. Les Marocains font de la figuration

De notre envoyée spéciale à Cannes, Chadwane Benslamia

Cinéma.
Festival de Cannes. Les Marocains font de la figuration

Ahmed boulane (d.) en compagnie
du Tunisien Hassouna Mansouri,
entre échanges d'opinions
et de vannes... (Telquel)
Une soirée grandiose, haute en couleurs et du champagne coulant à flot. Les Marocains ont assuré côté fête. Mais notre cinéma, lui, est resté dans son petit coin, en simple invité. Et ses représentants ont presque rasé les murs.


"Vous avez été à la soirée marocaine ? Ah, c’était quelque chose !". Sur la terrasse de l’hôtel Majestic, deux festivaliers du showbiz entament leur samedi sur les échos de la veille. Il se trouve que c’était au Maroc, ce vendredi 13, de vendre son savoir-faire fêtard. à lui d’inaugurer la toute nouvelle section du
festival de Cannes, dite "Tous les cinémas du monde" et qui comprenait, outre le Maroc, l’Afrique du Sud, le Mexique, l’Autriche, le Pérou, le Sri Lanka et les Philippines. " à Cannes, communiquer, c’est savoir éclater les gens", dixit cet investisseur allemand, fidèle à l’évènement depuis 15 ans. A l’en croire, lui et les 1072 invités à la soirée marocaine, le Maroc a largement "assuré".
Sous une tente berbère, étendue sur une plage de la Croisette, tapis, poufs, lits à baldaquin, flambeaux, et lanternes illuminant les lieux. Bref, une ambiance hautement exotique, agrémentée de petits bonheurs culinaires. Couscous géant, tajines d’agneau aux figues ou aux amandes, desserts à la cannelle. Pour garantir l’authenticité, le CCM a dépêché trois cuisinières marocaines qui ont été chargées, trois jours durant, de former les maîtres cuistots du Majestic aux secrets de la cuisine marocaine. Seul manquaient les dqayqiya marrakchi, mais "c’était trop difficile à gérer", justifie Noureddine Saïl. En termes plus simples : le Maroc n’aurait en effet pas eu besoin d’une tentative de hrig en plein milieu du festival. Cela dit, ceux qui auraient eu à se plaindre avaient le champagne coulant à flot, pour noyer leurs doléances ! Au Maroc, on le sait, ce n’est pas la zerda qui nous fait peur.
Bien sûr, les plus gros calibres de la Jet Set du showbiz avaient opté pour la soirée Canal, quelques centaines de mètres plus loin, mais on n’a pas eu à se plaindre non plus. Ce soir-là, c’est à Jamel Debbouze qu’il est revenu d’ouvrir le bal… naturellement. L’humoriste très très bien est venu jouer son rôle de défenseur du cinéma du sud et du cinéma marocain plus particulièrement. Gilles Jacob, président du Festival de Cannes et Véronique Cayla, sa directrice générale, ont également répondu présents à l’appel.
"Il n’y a rien à dire, c’était mémorable" assure le réalisateur au compliment difficile, Ahmed Boulane. Et ce n’est certainement pas Noureddine Saïl, le directeur du CCM, qui le contredira : "Bien sûr, tous les invités présents à la soirée n’allaient faire la queue le lendemain pour voir les productions marocaines, mais au fond, ce n’est pas cela le plus important. L’objectif était de vendre l’impact Maroc, et on l’a fait. Le reste viendra". La salle de projection sera pourtant comble le lendemain. Le programme est encore une fois inauguré par l’ambassadeur Debbouze, chapeau sur la tête et pull en cachemire façon décontractée. "Je suis très heureux d’être là, bien sûr. Comme vous le savez, je suis d’origine suédoise" a-t-il commencé, blagueur, en prenant la parole. "En réalité, je suis là pour Paris Hilton ! Désolé de vous décevoir". Le Djamel s’est ensuite éclipsé pour laisser la place au spectacle. Démarrage difficile. La projection, ouverte sur l’antique mais néanmoins excellent Badis de Abderrahman Tazi, a subi les méfaits d’un petit incident technique. L’un des deux projecteurs est en effet tombé en panne. Résultat, le public a dû s’imposer une petite pause à chaque changement de bobine. Il y en a eu quatre.
Mémoire en détention de Jilali Ferhati et L’enfant endormi de Yasmine Kassari n’auront pas moins fait honneur au cinéma marocain. Idem pour les sept courts métrages programmés. Mais un sentiment d’amertume continuait à flâner dans les airs. L’inédit et le nouveau faisaient sacrément défaut à la filmographie marocaine. Pour beaucoup aussi, cette inauguration marocaine du cycle cinémas du monde n’est jamais qu’une déculpabilisation nord sud. En effet, au-delà de la bonne volonté du président du festival et initiateur du programme qui a voulu une "réflexion inédite pour mettre en valeur la diversité et la richesse de la production cinématographique d'un pays dont on ne retient d'habitude, par le jeu des sélections, que la partie émergée de l'iceberg", il n’en demeura pas moins que la pilule ne fera pas oublier aux Marocains que le pays n’a eu droit qu’à une maigre représentation dans les compétitions officielles. Orphelin de cette édition, le Maroc n’avait en effet qu’un film en compétition. Et même si les voix sont optimistes pour Marock de Leila Marrakchi, inscrit dans la sélection "un certain regard", les acteurs et réalisateurs déplorent une régression par rapport à l’édition précédente.
Un remords0 qui se justifie aussi par l’absence de réalisations marocaines dans la section "la quinzaine des réalisateurs". "C’est vrai, mais il faut être réaliste aussi. D’un côté, nous n’avons qu’une douzaine de productions annuelles. Et dès qu’elles ont été projetées, elles ont perdu toute éligibilité à Cannes. Maintenant, qu’on nous soumette des œuvres inédites et on les proposera, que ce soit pour les longs ou les courts" explique N.Saïl. Pour lui, les priorités se situent ailleurs que dans les sections programmations… du moins pour le moment. "Mon objectif premier est de vendre les acteurs et les réalisateurs marocains, de leur donner de la visibilité. Dans les faits, c’est eux qui assureront la promotion du cinéma marocain". Bonne et belle intention, qui ne fera pas d'écho sous le ciel cannois. Car, mis à part Debbouze – et Gad El Maleh qui a dû s’excuser- nous n’avons pas de stars reconnaissables à Cannes. Lorsqu’un visage télé comme celui de Laurent Baffy passe inaperçu sous sa casquette, sur les trottoirs de la ville, on ne s’attend pas à ce que l'on coure derrière Rachid El Ouali pour un autographe. Ni à ce que les financiers du showbiz reconnaissent Mohamed Merouazi et soient curieux de son CV.
La délégation marocaine qui comptait une quarantaine de personnes, et au-delà de la fameuse soirée du vendredi, a pour sa majorité, passé son temps sur la corniche cannoise. Au mieux, les Marocains étaient cloisonnés dans un échange sud sud, au village international. Au pire, ils passaient leurs soirées devant leur écran télé, dans les appartements loués par le CCM. D’autres ont dû lever les voiles très tôt, au lendemain même de la journée marocaine, comme a été le cas de l’actrice Sanaa Alaoui. Logées à trois ou quatre sous le même toit, les actrices devaient faire dans la composition pour se gérer les unes les autres. Avec un défraiement de 300 euros pour le séjour, et des fortunes personnelles inexistantes, elles ne pouvaient certainement pas se permettre la chambre d’hôtel au Carlton, ou au Majestic - là où les rencontres et les accords se font- ni même les petits 2 étoiles de la ville (tarifés à 100 euros la nuit). La vie festivalière coûte très cher. Et puis, il y a les petits caprices des uns et des autres. Un Abderrahman Tazi qui s’attire les foudres de tous en enregistrant sa femme comme actrice pour pouvoir l’emmener avec lui – elle ne viendra pas finalement. Un Ahmed Boulane zappé de la liste de la délégation marocaine, mais qui fera le voyage à ses frais, décidé à ne compter que sur lui-même pour vendre ses films et se trouver des financements – il aura tout de même droit à un appartement en cohabitation avec Younès Megri. "J’avais l’intention de dormir sur la plage" commente-t-il, drôlement sérieux. Nabyl Ayouch atterrit dans la ville, mais sera absent de tous les rassemblements marocains. Il assistera tout de même à la projection de l’enfant endormi. Moralité. Ici, et en l’absence d’une grosse structure d’organisation, on ne peut que faire dans la figuration… et un peu de tourisme. Sinon, on joue sa carte personnelle.
D’ailleurs, en faisant preuve de réalisme, on comprend que le CCM ne peut pas à lui seul garantir l’éclat marocain, ou un simple stand au village international, face à celui de la Boznie-Herzégovine. On ne se comparera pas non plus le novice festival international de Marrakech au festival du Caire - qui lui, avait droit à une digne représentation- mais on reste en droit de s’interroger sur l’absence d’un geste quelconque du ministère de la Culture ou du ministère de la Communication. Cette année, alors qu’on en est à la troisième présence marocaine au festival de Cannes, il était probablement temps de passer à la vitesse supérieure. Pourquoi, l’Office National du Tourisme a-t-il été le seul à apporter sa contribution ? "Peut-être l’année prochaine" lance N. Saïl, sans donner le sentiment de croire à un engagement de nos deux ministères. Rendez-vous l’année prochaine ?


Marrakech. L’exception touristique

Linka, une Tchèque installée à Marrakech, a ouvert son enseigne de piercing en plein Gueliz. Situé au rez-de-chaussée d’un centre commercial, "Tatoo piercing" affiche clairement la couleur. Les piercings se pratiquent dans les conditions d’hygiène adéquates et les mineurs doivent être accompagnés d’un parent. Linka fait même de la pub dans un magazine marrakchi, Fashion addicted. Elle avait également essayé les flyers dans les boîtes, mais a arrêté jugeant cette forme de publicité inefficace. Le microclimat touristique marrakchi explique sans doute cette exception culturelle et cette "bienveillance des autorités". Ainsi, 50 % de la clientèle de Linka est composée de touristes étrangers. Ils profitent de leurs vacances pour s’offrir un tatouage ou un piercing comme souvenir de vacances. Les clients marocains amateurs de piercings sont pour l’essentiel des Casablancais, des Rbatis ou des Gadiris en week-end à Marrakech. Certains prennent rendez-vous 15 jours à l’avance, les fins de semaine étant de grande affluence dans la ville ocre. Quant aux autres, ce sont des étudiants et étudiantes des lycées Victor Hugo et Hassan II accompagnés de leurs parents. Parmi ces Marocains, des prostituées également. Amatrices de piercing fluos sur la langue, ces dernières payent le plus souvent en euros.

 
 
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