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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Karim Boukhari

Sahara. Chaude semaine à Laâyoune

(DR)
Laâyoune vient de passer une semaine sous haute tension. à l’origine, le transfert d’un prisonnier de la prison civile de la ville vers une autre destination. Une mesure banale pour les détenus condamnés à de longues peines, vu la petite capacité de la prison civile de Laâyoune. Sauf que voilà, ni le détenu ni la date ne sont banales cette fois-ci. Sidi Ahmed Ould Heddi (c’est le détenu), rappelez-vous, avait demandé à être déchu de sa nationalité marocaine alors qu’il purgeait une peine de 12 ans de prison pour "insulte aux institutions et trafic de stupéfiants à l’intérieur de la prison". L’individu commençait sérieusement à semer la zizanie à l’intérieur de la prison. Problème : son
transfert est intervenu la veille du 20 mai, date anniversaire de la création du Polisario. Les activistes sahraouis profitent de la bêtise des autorités et trouvent prétexte à leurs manifestations à l’occasion du 32ème anniversaire du front. Cela commence par un sit-in devant le domicile de Heddi, vite encerclé par les forces de l’ordre. Des enfants commencent à jeter des pierres. Quelques voitures sont touchées, les GUS chargent et font quelques blessés, dont, c’est révélateur de l’arbitraire de l’intervention, une équipe de la télévision régionale. Le deuxième jour, le quartier "Maâtallah", à forte dominance sahraouie, est carrément encerclé par plus de 400 policiers. Les entrées y sont encore contrôlées à l'heure où nous passons sous presse. La situation s’est relativement calmée, mais le siège n’a toujours pas été levé.


Négociations. Le Hamas au Maroc ?

Le chef du Hamas et le leader du Hezbollah pourraient participer à une rencontre avec des responsables américains au Maroc. L’information n’est pour le moment pas confirmée officiellement, mais des sources font état d’un "mouvement" au département d’état américain qui aurait chargé des intermédiaires "arabes" de convaincre à Beyrouth Hassan Nasrallah et le leader du Hamas de s’asseoir autour de la même table avec les émissaires de George Bush, à l’instar de ce qui s’était passé avec les responsables islamistes syriens et irakiens à Marrakech il y a quelques semaines. Après le retrait des Syriens, les Américains invitent le Hezbollah à collaborer pour couper l’herbe sous le pied de la Syrie.


Sahara. Le temps des lobbyistes

Le lobbying américain pour "la marocanité du Sahara" reprend du poil de la bête. En témoigne la conférence de presse tenue au Congrès, en présence d’anciens détenus dans les camps de Tindouf, et la lettre que le sénateur McCain a adressée au Polisario pour la libération de tous les prisonniers marocains. Sans oublier Edward Gabriel, l’ex-ambassadeur des états-Unis, qui garde toujours une résidence au Maroc, et qui vient de monter le Morrocan American Center Of Policy uniquement pour défendre la cause marocaine. "À titre bénévole" tient à rappeler une source diplomatique américaine.


Retards. Quand sidna s'envole

Le jeudi 26 mai, le roi Mohammed VI est venu d’Agadir à Casa par avion. À l’aéroport Mohammed V, un avion en partance pour la capitale du Souss devait décoller à 11h. Il sera retardé jusqu’à 14h en attendant que l’avion royal, empruntant le même couloir aérien, atterrisse. Les passagers du vol retardé apprenaient, à leur corps défendant, que "quand sidna passe", même dans le ciel, on attend. Sauf que dans le lot, il y en a qui paieront cher cette attente. Exemple, cette jeune lycéenne qui passait son bac à 14h à Agadir. Elle aura droit à une année blanche, parce que l’avion du roi d’abord.


Affaire Ben Barka. Chtouki, connais pas !

Selon des sources judiciaires dignes de foi, le juge Claude Choquet, responsable jusqu’à la rentrée 2004 de l’instruction de l’affaire Ben Barka en France, a envoyé une commission rogatoire (questionnaire transmis à un juge marocain) à Rabat sur le dénommé " Chtouki ", alias Miloud Tounzi, l’un des principaux concernés par l’affaire. La commission rogatoire est restée sans suite puisque les autorités marocaines auraient répondu, nous expliquent nos sources, " qu’il n’existe guère de Miloud Tounzi à l’adresse indiquée (par le juge Choquet) ". Il est bien loin, le chemin qui mène vers la vérité.


Oualalou. La caisse noire en question

Le ministre des Finances, Fathallah Oualalou, a passé un sale quart d’heure le mercredi 25 mai au Parlement. Lors de la rituelle séance de questions orales, le député haraki Mohamed Zarouf (ancien colonel de la gendarmerie) interpelle l’argentier du pays sur la source intarissable qui permet à ses directeurs centraux de recevoir des primes semestriels de 210.000 DH, à son secrétaire général 260.000 DH et à lui-même 540.000 DH. Il s'est demandé pourquoi d'autres fonctionnaires, dépendant des services de sécurité, n'avaient pas droit aux mêmes largesses. Il a enfin demandé pourquoi les informateurs ne perçoivent pas les 40% de la valeur des saisies prévue par la loi. La réponse du ministre, inspirée des textes de loi, n’a convaincu personne.


Solidarité. Une caravane à Tamassint

Plusieurs associations, emmenées par l’AMDH et ATTAC, et autres personnalités indépendantes, ont décidé d’aller en caravane de solidarité, le samedi 28 et dimanche 29 juin, dans le Rif, au village de Tamassint. Après les affrontements dramatiques du 19 mai, une certaine accalmie a été enregistrée suite à la libération de 25 personnes détenues à tort. à l’hôpital d’Al Hoceima, on comptait par ailleurs une vingtaine de représentants des forces de l’ordre blessés par les jets de pierre des manifestants. Par ailleurs, 9 membres de l’association défendant le droit des sinistrés du village sont toujours recherchés par la gendarmerie. Le gouverneur d’Al Hoceïma a invité des militants d’Annahj à tenter une médiation avec les insurgés de Tamassint. Peine perdue. Aujourd’hui, si les habitants de la région sont solidaires de la cause des militants recherchés, c’est bien à cause des termes utilisés par les forces de l’ordre. "Aoubach", "fils de Abdelkrim" rappellent aux habitants de sinistres souvenirs datant de 1958.


Amnesty. Un rapport, deux lectures

"Amnesty exige du Polisario la libération immédiate de tous les prisonniers marocains", ainsi titrait l’agence MAP, relayée par les télévisions nationales, mercredi dernier. En fait, dans son dernier rapport sur la situation des droits de l’homme, Amnesty rappelle que "le Polisario aurait dû libérer les prisonniers sans délai, après la fin des hostilités, en 1991, à la suite du cessez-le-feu". L’ONG ne manque pas de signaler, au passage, que le "gouvernement marocain n’a pas traduit en justice les personnes présentes sur son territoire et soupçonnées d’atteintes aux droits humains dans les camps du Polisario". ça, c'était pour les nombreux chefs du Polisario qui ont rallié le royaume. Mais la MAP n'en a rien dit.


Presse. Khali Henna dérape

C'est à coups de pieds que Mounir El Ktaoui, journaliste à El Bidaoui, a été sorti d’une réunion de notables sahraouis pro-Maroc, tenue dans un hôtel de Rabat le 24 mai et animée par Khali Henna Ould Errachid, président du conseil municipal de Laâyoune. L’objet de la réunion était de contrer les indépendantistes, de plus en plus visibles médiatiquement. El Bidaoui aurait le tort d’être une tribune qui leur donne la parole. C’est ce qu’a expliqué Khali Henna avant de jeter théâtralement à terre un exemplaire d’El Bidaoui qu’il tenait à la main, et de dire à ses hommes (en hassani) de sortir El Ktaoui de la salle. Si c’est comme ça qu’ils veulent convaincre la presse de la justesse de leur cause...


Foot. Laâyoune sous pression

Après avoir annoncé son retrait du championnat du Groupement National de Football, lundi dernier, le comité dirigeant de la Jeunesse Sportive d’ El Massira semble s’être finalement rétracté en fin de semaine. à l’origine de ce surprenant désordre, l’équipe de Laâyoune se plaignait de l’arbitrage qui l’aurait défavorisée lors de son dernier match disputé contre l’OCK (Khouribga). C’est tout ? D’après des sources locales, "la JSM ne peut pas quitter le championnat national comme ça. Des pressions l’auraient de toutes façons ramenée à le réintégrer". Pour le bien du foot (et de tout le reste).


Affaire Sarfati. Deux nouvelles victimes

Le scandale des photos pornographiques d’Agadir continue de faire des victimes. Deux nouvelles filles ont été arrêtées, en fin de semaine dernière. Il s’agit, comme nous l’indique cette source sur place, de deux soeurs, originaires de Temsiya dans la région d’Agadir. Les deux sœurs, dont les photos figurent sur le fameux CD du prétendu touriste belge Philippe Sarfati ont été présentées en début de semaine devant le tribunal de 1ère instance d’Agadir. Verdict : 1 an de prison et une amende de 3.000 DH, chacune. Ce qui porte le nombre total des filles arrêtées et condamnées, pour le moment, à neuf. Et toujours rien sur le mystérieux Philippe.


Salafiya. Possible révision des procès

Ce sont près d’une vingtaine de grévistes de la faim qui sont conduits chaque jour à l’hôpital à partir de la prison de Kénitra. Abou Hafs et Hassan Kettani ont d’ailleurs été hospitalisés respectivement dans les hôpitaux de Fès et de Rabat. Il semble pour le reste établi que des contacts ont lieu avec les grévistes pour essayer de casser le mouvement de grève qui n’est pas aussi homogène qu’on le pense (150 détenus, sur un total de 541 grévistes, ont repris une alimentation normale) Certaines sources assurent qu’un feu vert royal a été donné pour trouver une solution à la crise. Reste à savoir quelle est cette solution : la réouverture du seul procès Kettani, ou celle de tous les autres ?


Royal. Cortège en panne

Casablanca, jeudi 27 mai, 15h. C’est en pleine sortie officielle de Mohammed VI que ce superbe van du cortège royal est tombé en panne, sous l’œil inquiet de la sécurité. Comme quoi, les gens du Palais peuvent avoir les mêmes soucis que nous, parfois…


3 questions à Bichr Bennani (Fondateur de l’Association de solidarité Maroc-Palestine)

Encore une association de soutien à la Palestine ! N’allez-vous pas faire doublon avec les deux autres ?
Non. Même si nous étions une centaine, ce ne serait jamais assez. Au vu du nombre d’associations pro-sionistes, on ne pèse pas lourd dans la balance. En plus, notre association est composée à 50% de Marocains et 50% de Palestiniens. Elle est à 75% féminine et les membres s’y engagent à titre individuel. Enfin, nous préférons nous concentrer sur des projets concrets d’appui à la construction de l’état palestinien.

En quittant une association marquée par la représentation partisane, attestez-vous que ce modèle de soutien à la Palestine a échoué ?
Ce n’est pas vraiment notre objectif. Ce qui compte pour nous est d’apporter un appui réel en concertation avec les Palestiniens. Actuellement, nous menons un projet de construction d’une école à Jéricho et nous sommes en contact permanent avec la direction, en discussion sur les programmes. C’est de l’action concrète.

Sur quel réseau vous appuyez-vous pour la logistique et le financement de ces actions ?
Nos actions reposent sur des engagements personnels mais nous arrivons déjà à sensibiliser plusieurs entreprises et organismes. Nous préparons un concert pour collecter des fonds mais pour l’école, l’objectif est déjà atteint. Nous recevons des dons allant de mille à cent mille dirhams.



Billet : L’agenda monolithique (par Driss ksikes)

C'est dorénavant une constante, le Palais s’emploie à devancer les partis politiques pour mieux les tenir en laisse. Et puisque ce rôle de faiseur d’agenda politique ne lui est pas contesté, le roi tente à chaque fois d’améliorer son offre. Trois dossiers illustrent merveilleusement bien cette mise au pas. Le premier, la Moudawana, lui a permis de se positionner comme l’équilibriste du pays, celui qui évite le clash idéologique. Depuis, le problème de la femme n’est plus juridique et le débat politique à son égard est clos. Le plan d’intégration de la femme, brandi timidement par le gouvernement d’alternance, comportait certes un pan social et économique. Mais il a suffi que l’arbitrage royal circonscrive le débat dans les textes de lois pour que les partis de gauche se terrent et fassent le dos rond. Le second dossier, en lien avec les années de plomb, a été l’occasion rêvée par le Palais, pour se montrer plus libéral que les partis traditionnels. Grâce à l’IER, l’entourage royal s’est montré apte à accepter des témoignages contredisant la propagande officielle. En face, aussi bien l’Istiqlal que l’USFP se sont montrés frileux face à des thèses qui ne convergeaient pas avec leurs versions "sacrées" du passé. La différence est que le Palais commence à avoir une stratégie pour assumer ses erreurs passées sans trop se mouiller, alors que les partis sont trop liés à des symboles passées pour oser leur auto-critique. Le dernier dossier en date est celui du développement humain. À travers l’INDH (projet encore incertain), le Palais réussit la totale. Il délimite aux partis politiques, islamistes officiels inclus, les contours de leur engagement futur, voire leur programme électoral. Difficile, après ce cadrage strict, de se démarquer du lot. Le Maroc politique devient monolithique.



Billet : Leçon de chantage (par Karim Boukhari)

On peut avoir un cœur de pierre ou de veau mais, quand on nous dit que quelqu’un a entamé une grève de la faim, on ne peut s’empêcher de penser : "Son estomac risque une perforation, le cœur peut lâcher, il risque de garder des séquelles cérébrales…Va-t-il mourir ?". On peut s’interroger : "Mais pourquoi diable a-t-il opté pour cet acte aussi suicidaire que désespéré ?". On peut aussi penser, en étant, comme le commun des Marocains, un peu cynique, un peu sceptique : "Mais non, c’est du bluff, il mange au moins du sucre ou il prend des vitamines en cachette !". Il se trouve qu’il y a des policiers, des politiciens et quelques amis journalistes qui pensent autrement. Ces gens sont beaucoup plus intelligents que la moyenne nationale. Quand on leur dit grève de la faim, ils répondent d’une seule voix : "C’est du chantage !". Stupéfiant comme réflexe. Cela veut dire, par exemple, que lorsque votre voisin menace de se jeter du 10ème étage, il vous fait du chantage. Quand il penche sa tête, sort son pied et s’apprête à plonger dans le vide, il n’est pas en train de mettre fin à ses jours mais de faire chanter tout le quartier, y compris l’élu local ou l’arrondissement de police. On peut facilement transposer ce type de discours à l’actualité politique, et sociale, du royaume. Les prisonniers de la salafiya, les émeutiers de Laâyoune et d’Al-Hoceima, les mineurs d’Imini, les pêcheurs de Dakhla, ou les innombrables associations qui multiplient les grèves et les sit-in, sont des maîtres-chanteurs. Comme les opposants d’hier, ces gens n’ont d’autre but que de faire chanter le pays entier. Ben Barka, par exemple, en se faisant enlever et liquider en France, nous a beaucoup fait chanter. Pratiquement tous nos morts, ou ceux dont la vie est en péril (cancers, grèves de la faim, comas éthyliques, etc), surtout pour les plus célèbres d’entre eux, nous font du chantage. Pauvres de nous !



Vite !

Mounir Majidi a tenu une réunion avec les conservateurs des palais la semaine dernière. La rencontre a permis au chef du secrétariat particulier du roi de transmettre un message très clair : "le roi n’est pas content de l’administration des palais". Dans la même semaine Majidi a procédé à un dégraissage massif dans le personnel de certains palais.

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Révolution au ministère de la Pêche. Rhanmi Tijani, le mythique secrétaire général du département, a été enfin remplacé. Il était parmi les artisans de la création du ministère de la Pêche. Il connaît le secteur comme sa poche, mais il n’a rien fait pour arrêter son massacre. On lui prête même une connivence avec des armateurs peu orthodoxes.

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D'après plusieurs sources patronales, le secrétaire général du gouvernement, Abdessadek Rabiaa, serait sur le départ pour raisons de santé. Rabiaa, pour rappel, est en poste depuis le gouvernement Karim Lamrani en 1993. Nouredine Bensouda, actuel directeur général des impôts serait, d’après les mêmes sources, déjà pressenti pour le remplacer.

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Pour la première fois, un sit-in sera organisé devant l’ambassade algérienne à Rabat, le 4 juin. à l’origine de cette initiative, l’Association des familles des prisonniers et disparus militaires au Sahara. Parallèlement, 2 autres ONG (dont Espoir Maroc au Canada) organisent le 5 juin un sit-in devant l’ambassade algérienne à Montréal et en Suisse.

 
 
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