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N° 178
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Hassan Hamdani

Casablanca. Football vs. Rock'n'roll

Le groupe Radio Tarifa (DR)
L'institut Cervantès organisait, mercredi, un concert gratuit à la Casablancaise. En première partie, Radio Tarifa, formation espagnole de génie, impressionnante la veille sur la scène du festival Mawazine, assurait le show. C’était pourtant mal parti. L’horaire choisi, d’abord, coïncidait avec la finale de la Champion’s League. Mais l’ambiance, surtout, n’y était pas. Un public fragmenté, en strates. À l’extrême périphérie, il y avait les coureurs du soir qui joggaient, imperturbables, dédaigneux de la scène et des badauds réunis sur les gradins. Ces derniers jetaient, de temps à autre, un œil distrait sur l’inévitable "carré VIP". Pour la convivialité, il fallait repasser. Le groupe s’en est
plaint après le concert. Un spectacle gratuit en plein air avec des chaises cernées de barrières, d’agents moustachus et de mokhaznis longilignes, ça fait trop d’ordre. Pour autant, la foule – modeste, quelques centaines de personnes – n’a pas boudé son plaisir. Les spectateurs ont autant apprécié les compositions arabo-andalouses accompagnées à la flûte traversière que le mariage des guitares et du luth dans les morceaux plus rock. On a même vu des jeunes filles, voilées ou légèrement vêtues, esquisser des pas de danse. Au fil des chansons, l’atmosphère se faisait plus détendue. Les fans en redemandaient, mais les "otra, otra" sont restés sans suite. Après l’entracte, Tarek Batma et son groupe ont pris la relève. Un malheureux contretemps technique a fait fuir ce qui restait du public. Dommage, les Casaouis quittaient les cafés… Liverpool champion.


Maroc-Pays Bas. Ça s’emballe !

Apartir de la fin du mois de mai, le 400éme anniversaire des relations maroco-néerlandaises se traduit en activités culturelles de haute facture. Trois d’entre-elles méritent un intérêt particulier. Les 30 et 31 mai, l’université libre d’Amsterdam invite, à l’initiative de Fouad Laroui, la sociologue Rahma Bourquia, le ministre et écrivain Ahmed Toufiq, l’historien H. Obdeijn et la journaliste Zakya Daoud à parler de religion, tradition et modernité. Du 1er au 5 juin, le théâtre tropique à Amsterdam accueille, dans le cadre du festival de documentaires, Image pour image, trois femmes cinéastes marocaines. Dalida Ennadre, Rahma El Madani et Leila Kilani donneront à voir des documentaires qui évoquent, tour à tour, la position de la femme immigrée, le déracinement au féminin et les droits de la femme au Maroc. Enfin, la ville d’Utrecht dansera le dimanche 5 juin sur le rythme de Maroc Express. Le chanteur rifain Walid Mamoun sera la star de l’événement.


CD. Au-delà de J.Bralt’Art

Agadir décembre 2003, l’équipe d’Uni’sons encadre un atelier hip-hop à l’IF d’Agadir avec des rappeurs marocains et montpelliérains. Au fil des soirées, l’idée germe comme une évidence : faire un CD commun. Au-delà de J.Bralt’Art est un album concept qui fait rimer l’arabe et le français, et, jette un pont entre les deux rives de la méditerranée. Jabal Tarik, sample phare de cet opus, lancinant, oriental, rythmé par des beats épurés et clairs résume bien l’esprit du projet. Tous les participants du projet ( Mafia C. , Masta-Flow, Recidivist, Boss Phobie, Intik, Loubna etc.) y donnent de la voix et de l’esprit autour de ce simple bras de mer qui nous sépare. Sortie prévue en juin.


Sortie. Lila dit ça

Réalisé par Ziad Doueni, ancien caméraman de Quentin Tarantino, sur une B.O. du groupe Air, "Lila dit ça" raconte l’histoire d’amour platonique d’un jeune beur follement amoureux d’une ado blonde comme les blés. Faussement provocatrice, Lila (Vahina Giaconte), est en réalité vierge. Influencé par l’overdose de sexe dans la presse jeune, elle s’imagine que le vocabulaire porno et les attitudes suggestives sont l’unique façon de dire "je t’aime" de nos jours. Chrimo, campé par Mohamed Kouhas, un acteur débutant d’origine marocaine, saura lire entre les lignes le manque d’amour de Lila. Par contre, ce langage ne sera pas compris par les lascars du quartier qui la puniront cruellement de tant de "liberté virtuelle". Le film baigne dans une ambiance tantôt onirique, tantôt réaliste, sous la lumière aveuglante de Marseille. A l’affiche au cinéma Lynx de Casablanca.


Hip Hop. H-Kayne ? houma !

Actu foisonnante pour les cinq avant-gardistes du rap marocain : ces 28 et 29 mai, les H-Kayne tournent dans les rues de leur fief meknassi le clip de leur second opus, (très) attendu pour le 17 juin prochain et en cours de mastering à l’heure actuelle chez Platinium Music. En contrat avec la boîte de production installée il y a tout juste un an, les rappeurs au verbe nasillard et tranchant ont en effet passé l’hiver à Casablanca pour créer et peaufiner cet album qui s’annonce encore plus abouti, caustique et énervé que Le pionnier 1 son 2 bled’art. Non sans une touche d’espoir identitaire… Arborant la date arabe de l’Hégire pour titre, H-Kayne1426 veut passer un message clair exprimé par un de ses membres : "Si en 1426 on a cette longueur d’avance, imaginez ce que ça peut donner en 2005 !". Ils auraient tort de ne pas être ambitieux !


Adieu. Ricœur l’humaniste

Paul Ricœur est mort le 20 mai, à l’âge de 92 ans. Protestant, son œuvre a été profondément marquée par l’existentialisme chrétien. De sa rencontre avec la phénoménologie datent Philosophie de la Volonté et Histoire et vérité. Autour de la psychanalyse et de l’herméneutique, il renoue avec la tradition d’une philosophie chrétienne soucieuse de rigueur scientifique. Doyen à Nanterre après mai 68, humaniste sans engagement politique, on lui doit l’expression : "Les maîtres du soupçon" pour désigner Marx, Nietzsche et Freud, à l’époque qui voit leur héritage triompher avec Foucault, Deleuze et Derrida. Peu médiatique, "oublié", son influence (notamment après Temps et Récit paru en 1983-85) n’en a pas été moins féconde en France et au-delà (états-Unis) ou, plus près de nous, avec Rachid Benzine.


Théâtre. Shakespeare revisité

Un songe, une nuit d’été est une adaptation libre de la pièce de William Shakespeare par la troupe La part des Anges, une ribambelle de jeunes comédiens frais émoulus du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris. Un roi, des amoureux, une forêt ensorcelante, un homme transformé en âne, une nuit magique, tous les ingrédients du conte de fée avaient été réunis par William Shakespeare. Les trublions de La part des Anges ont revisité le tout : les amoureux sont devenus échangistes, la reine zoophile et l’âne priapique. Le songe est aussi fantasme, en résumé. Mardi 31 mai et mercredi 1 juin à 20h30, jardin de l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca. Vendredi 3 et Samedi 4 juin à 20h30 à l’esplanade du Chellah.


Art vidéo. Initiation

Abdelaziz Taleb et Abdellatif Benfaidoul, deux jeunes vidéastes marocains vivant à l’étranger organisent pour la deuxième année consécutive le Média Art Workshop. Ce projet avait permis en 2004 à 16 vidéastes en herbe gadiris (étudiants et artistes indépendants) de s’initier à l’art vidéo au sein d’ateliers de formation dirigés par des vidéastes confirmés. Cette année, l’opération prend de l’envergure avec un appel à candidature au niveau national. Les scénarios de court métrage d’art vidéo doivent être envoyés via e-mail jusqu’au 15 septembre 2005. Les six scénarios retenus feront l’objet d’une pré et post production garanties par Videokaravan lors de sa 2ème édition qui aura lieu à Agadir au mois de novembre 2005. Email : info@videokaravan.org


Arts vivants. Naissance d’une fondation

Lundi dernier était annoncée la création de la Fondation des Arts Vivants. Pour offrir des espaces de création, aller vers le public, tisser des liens entre les personnes et les disciplines. Initiative privée née du constat d’une timide renaissance du théâtre, la FAV porte un programme ambitieux. Du concret, c’est l’opération "Allons au théâtre" du 9 juin au 2 juillet, avec des tickets à 30 DH. Un festival Lorca est prévu pour le mois de décembre. Côté création, un spectacle à base de témoignages est en cours de production, avec la collaboration de Solidarité féminine. De bonnes intentions, c’est sûr. Même si, on le sait, la critique est aisée.


Fès. Un forum œcuménique

En marge des musiques sacrées du monde, Fès accueille dans les jardins de la Batha (les 4, 5 et 6 juin) un forum auquel prendront part autant des alter mondialistes que des habitués de Davos. Durant la première matinée, Jean Daniel, Abdelali Benamour et autres Elisabeth Guigou, entre autres, débattront d’identité et démocratie. Le lendemain, Fatéma Mernissi, Rachid Belmokhtar et autres John Marks et Abdelwahad Meddeb évoqueront l’éducation à la diversité. Le dernier jour, Hassan Aourid, Emmanuel Dierckx de Casterlé (PNUD) et autres Katherine Marshall débattront de diversité et développement (le sujet de l’heure).


Tournage

Inauguration estivale en vue : du 27 juin au 15 août, le remake américain du classique d’horreur The Hills have eyes sera tourné dans les Cla-Studios de Ouarzazate ainsi qu’à Marrakech. à la barre de ce film dont la trame se passe au Nouveau Mexique, le réalisateur français Alexandre Aja.


Tous invités sauf Tarik

La directrice du livre au ministère de la Culture, Mounia Nejjar a réuni et c'est une première, l’ensemble des éditeurs ( à l’exception de Tarik Editions) en vue de trouver des solutions aux problèmes de subvention, de promotion et de diffusion du livre. Les débats ont été houleux. à suivre.


Exposition

Farid Belkahia est talentueux, cela se savait. Désormais, il est consacré. L’Institut du Monde Arabe accueille jusqu’au 17 juillet son exposition La dérive des Continents, une série de 12 mappemondes peinte sur des peaux de vache où les repères géographiques conventionnels sont désorientés.



Humeur : Exception culturelle (par Hassan Hamdani)

TVM diffusait lundi soir un téléfilm marocain pur jus, exemple frappant d’une certaine production nationale en péril depuis les accords de libre-échange avec les états-Unis. Beaucoup n’ont pas du le voir, occupés qu’ils étaient à manger des chips devant un DVD américain piraté. Pour tous ces bienheureux, voici les moments forts de notre culture en danger. Une mère de famille fait ses courses à Acima. Cette dame n°1 sort ensuite dans la rue poussant son caddie plein de détergents. Puis, une dame n°2 ouvre la porte à un vendeur au porte à porte. Elle papote avec lui des avantages d’une crème de jour, puis des vertus d’une crème de nuit. La scène est filmée en temps réel, c’est la proximité dans toute sa pesanteur : aux heures creuses. Ensuite Hanane Hachimi sonne à la porte de la dame n°2. Hanane désire discuter d’un sujet très important avec la mère de famille. Mouhim, certes, mais uniquement pour elles. Hanane Hachimi est filmée en plan fixe, elle joue très juste, au plus près de son tailleur. C’est le seul moment de tension du film. Explosera ou n’explosera pas ? Le tailleur, pas Hanane. Le tailleur finit par sortir du champ de la caméra, la dame n° 2 peut reprendre sa vaisselle. Elle a eu de toute évidence un troupeau familial à déjeuner, les taous sont encore graisseux de sauce au mouton. Et puis c’est The End. La culture en danger face à l’ogre américain, ce n’était que loualida lavant ses assiettes.



Le livre

Miseria a été un recueil de témoignages poignants de mères célibataires. Grossesses de la honte est une analyse multidimensionnelle de la grossesse illégitime avec des témoignages juste en prélude. La violence, physique et morale, permet de cerner le contexte dans lequel se mue la jeune fille. Ensuite vient le romantisme d’adolescentes en quête d’amour qui se trouvent confrontées à des situations de sexe forcé ou qui consentent à l'acte en échange d'une promesse de mariage. Face à un jugement religieux accablant d'un côté et à un cadre juridique assoupli, de l'autre, ces mères célibataires, certes désemparées, forcées parfois à la prostitution, sont de mieux en mieux prises en charge par la société civile. Merci qui ? Merci solidarité féminine.

Soumaya Noamane & Chakib Guessous. Grossesses de la honte : Ed. Le Fennec (40 dh)




Agenda

Le festival I love hip hop fait escale à Marrakech dimanche 29 mai, pour un concert gratuit à 20h30, place du 16 novembre. Avec DJ Key, Style Souss, OFC, Fnaïre, Sha Stimuli.

Rachid Ouettassi expose Errance, un photographe tangérois à Paris, visions de Paris par un émigré temporaire. Jusqu’au 12 juin à la Galerie Delacroix de Tanger.

Programmation internationale à la salle Gérard Philipe de l’IF Rabat. Retour sur Hiroshima avec Femmes en miroir de Kiju Yoshida (2003) le 29 mai à 17h30 et 20h. Film iranien Un temps pour l’ivresse des chevaux mercredi 1er juin à 19h.

En hommage à Jean-Paul Sartre, exposition d’affiches autour de son œuvre à l’IF Casa, du 1er au 21 juin à l’IF Casa.

Jazz aux Oudayas s’associe à Envol pour offrir une scène à de jeunes musiciens : Hept’arab, Numidia, Mahmoud & friends, Zambra, Aboufaress et Syncop. Concerts gratuits samedi 28 et dimanche 29 mai, de 15h à 18h, parc du Triangle de Vue, Rabat.

Les films d’animation du FICAM continuent leur tournée. Corto Maltese : la cour secrète des Arcanes sera mercredi 1er juin à 10h, 15h et 19h, au théâtre 121 de l’IF Casa.

Face à Face de Abdelkader Lagtaâ, avec Sanaa Alaoui et Younès Mégri. Cinéma 7ème art Rabat.

L’IF d’Agadir accueille une exposition photo collective Contrastes d’Ifni du 1er au 18 juin.

Enfin, n’oubliez pas le boulevard des jeunes musiciens du 2 au 5 juin à Casa ! Programme : www.boulevard.ma

Publication de Les islamistes marocains de Malika Zeghal aux éditions Le Fennec. 90 dh.

 
 
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