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Par Khalid Tritki
Emploi. Des solutions clés en main
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À droite, Hammad Kessal, président
de la Fédaration des PME (DR),
à gauche, Jamal Belahrach, Directeur
général de Manpower Maroc (DR)
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En automne, le gouvernement annoncera ses mesures pour la création d'emplois. Toutes les propositions (ou presque), viennent des milieux daffaires. Revue des plus importantes.
Créer plus dentreprises
Le recul du chômage est tributaire de la création de nouveaux postes de travail. Les entreprises existantes peuvent apporter une contribution précieuse, mais leurs efforts resteront limités. Le passage par une politique daide à la création de nouvelles entreprises est capital. Des entreprises, il en faut par milliers. |
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Trois options sont proposées à ce titre. Le bénévolat vient en premier. Des organismes, comme la fédération de la PME, préparent des modules daccompagnement. Lidée est simple : la fédération dispose dune convention avec la profession comptable pour la certification des comptes. Elle ambitionne de faire jouer ce levier pour permettre à tout porteur de projet de disposer de conseils et daccompagnement avant et après la création de son entreprise. Cela concerne lanalyse de la nature du projet, lélaboration du business plan et le contrôle de linvestissement. Cette dernière phase est délicate, car elle repose sur la stratification des besoins de financement. Léquilibre entre linvestissement et le fonds de roulement est nécessaire pour mener à bien linstallation de lentreprise. La même démarche est prévue chez le Centre des Jeunes Dirigeants (CJD). Le principe de linitiative du CJD repose également sur le parrainage. Pour éviter un quelconque débordement, le CJD limite son apport à 300 personnes par an.
Le bénévolat, à lui seul, ne peut mener à bien cette mission. Doù loption de lengagement de l'état. Cest la confédération patronale qui en formule la demande. Il sagit de la création de structures dédiées à la création dentreprise. Plus encore, la création dentreprise requiert de largent pour couvrir la phase détude et dinstallation (hors investissement proprement dit). Les calculs de la CGEM révèlent un besoin de 40.000 à 50.000 dirhams par projet. Létat doit mettre la main à la poche pour couvrir les charges détudes et de conseil. Ce nest pas un investissement à perte. Chaque projet est appelé à créer des emplois soumis à limpôt sur les revenus, donc de la consommation soumise à la taxe sur la valeur ajoutée et enfin à dégager des bénéfices soumis à limpôt sur les sociétés. Létat récupère donc, plus que largement son argent.
Donner la primeur aux fonds de garantie
Largent est le nerf de guerre et de la création dentreprise. Pour donner plus de chance aux jeunes entrepreneurs, il est proposé que les fonds de garantie mis en place par létat interviennent en amont. Les projets bien ficelés passent chez lorganisme de garantie. Ce dernier donne son aval, partant de la certitude que le projet est porteur. Puis le dossier passe à la banque qui en assure le financement. Jusquà présent, litinéraire des projets était inverse. Le dossier passait par la banque. Sil franchissait ce cap, chose peu probable, il atterrissait chez lorganisme de garantie.
Éxonérer les premiers emplois
La proposition vise les jeunes diplômés sans emploi. Lidée est que pour chaque premier emploi, lentreprise bénéficie dune exonération de limpôt sur les revenus pour une durée de trois à cinq ans. Lembauche se fera sans charges sociales. Ce qui veut dire que la jeune recrue sera sans couverture sociale, ni retraite ni assurance maladie pendant les 3 ou 5 premières années de travail. Cette mesure sinspire du catastrophique programme de formation- insertion. Les jeunes ont été pris moyennant une partie du salaire versée par létat. Résultat, on a bradé les compétences. Un ingénieur était rémunéré à hauteur de 4000 dirhams par mois, alors que sur le circuit normal du travail, il en vaut au moins deux fois plus. Justement, la nouvelle proposition ne fixe pas de niveau de salaire. Lobjectif est de renforcer lencadrement au sein des entreprises par un ciblage des recrues et donc par un niveau de salaire assez élevé. La proposition ne précise pas, néanmoins, si le jeune diplômé sera intégré définitivement dans lentreprise. Tout dépend de la conviction des employeurs. Sils estiment quil en vaut la peine, pourquoi pas ? Mais rien nempêche ces derniers de le mettre à la porte et de reprendre lexpérience avec un nouveau diplômé. Et ainsi de suite indéfiniment.
Instaurer un Smig régional
Pour réduire le chômage dans les régions où il y a une faible concentration dentreprises, il est proposé de remplacer le salaire minimum industriel (Smig) par le salaire minimum agricole Smag). Cette option prend aussi la dénomination de Smig régional. Lidée est de faire jouer lattrait des salaires bas pour encourager la délocalisation des entreprises hors de laxe Kénitra-Rabat-Casablanca-Al Jadida. LInde et la Turquie sont des exemples cités très souvent pour justifier une telle mesure. Létat devra, dans ce scénario, améliorer les conditions de vie dans les régions cibles. Routes, écoles, hôpitaux et animation culturelle, tout reste à faire.
Accorder une prime à la création demplois
Tout nouveau contrat pour lembauche dun jeune diplômé doit être accompagné par une prime versée par létat. La prime est calculée sur le salaire annuel de la recrue. Mais attention, chaque embauche doit impérativement être liée à un crédit-formation. Cest léquivalent du contrat de qualification en France. Le recrutement se fera par un contrat dintégration en entreprise (CIE) ou CIPH, contrat dinsertion des personnes handicapées. La durée du contrat doit être au minimum de deux ans.
Baisser lIGR
Pour chaque salaire net de 5000 dirhams par mois, lemployé est soumis à limpôt sur le revenu à un taux marginal de 44%. Le salaire est en principe négocié par le salarié en net mensuel. Lentreprise, elle, comptabilise en brut (les charges sociales et IGR compris). Des techniques existent pour détourner le taux marginal (comme les primes de représentation, frais de déplacement ou de logement
). Il nen demeure pas moins que pour un encadrement fort, le taux passe de marginal à réel. En réalité, plus le salaire approche de 5000 dirhams, moins le taux de 44% est appliqué. Mais plus la rémunération augmente, plus le taux fort sapplique. Pour inciter les entreprises à embaucher davantage, le taux marginal doit baisser de manière significative et ne doit frapper que les gros, mais vraiment gros salaires (à partir de 30.000 DH net / mois).
Créer des postes à lexport
Il sagit du contrat à lexport (CE). Lentreprise qui désire se positionner sur les marchés internationaux, embauche un cadre doté dune expérience assez rodée dans le commerce international. Sa mission sera le prospect, lanalyse des marchés et la force de vente à létranger. Il sera entouré, sil le faut, dune équipe dédiée à cette tâche. Son salaire doit être pris en charge à 50% par létat. Vu le souhait de redresser le déficit commercial du pays, un positionnement massif des entreprises vers lexport doit être encouragé et ce faisant, la création des postes à lexport également.
Repositionner lintermédiation publique
LAgence nationale de la promotion de lemploi et des compétences doit être repositionnée. Elle doit être dotée dune structure juridique qui lui assure une autonomie totale. Autonomie dans laction, la durée et dans le financement. Son directeur général sera jugé sur le résultat. Sa mission sera, dans cette optique, le recensement des chômeurs et leur placement. Cela passe par le prospect auprès des clients (sociétés et entreprises individuelles). Il sagit de les convaincre de déposer régulièrement les offres demplois auprès de lAnapec. Lagence aura également pour mission de vendre la politique de létat. Tous les mécanismes daide à la création de lemploi bénéficieront dun effet de publicité par une action "commerciale" de lagence. Son budget découlera en partie de commissions (faibles) perçues auprès des employeurs en plus du budget alloué par létat.
Libéraliser le placement
Le placement des chômeurs ne doit pas être lexclusivité de lAnapec. Cette dernière pourrait signer des conventions avec des cabinets dintermédiation et de placement. Cela augmente les chances de placement. LAnapec disposera de relais sur le marché pour informer sur les offres existantes et potentielles. Linitiative a été lancée en France en janvier dernier. Les résultats ne peuvent pas encore être mesurés.
Requalifier les diplômés-chômeurs
Lidée vise les diplômés chômeurs de longue date, ou encore, ceux fraîchement issus de lenseignement académique. Des modules de formation qualifiante de six mois doivent être dédiés à cette population de demandeurs de travail. La formation devra être financée soit par participation paritaire (létat et lentreprise), soit entièrement par les organismes étatiques. Cest cette dernière formule qui a la cote. La formation sera ciblée et reposera sur des études de terrain qui établissent les besoins par filière. |
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Idée. Un plan Marshall pour lemploi
La plupart des propositions faites par les milieux daffaires partent du constat que les entreprises sont en quête de sang neuf. Or, un recrutement est toujours lié à un besoin réel. On ne recrute pas pour faire plaisir à létat. "Il ny a pas une seule entreprise qui nait besoin de recruter maintenant. Le besoin est énorme. Certains en ont conscience, dautres le sauront quand la pression se fera forte", assure Jamal Belahrach. Laboratoire didée, ce dernier a proposé plus de 34 mesures pour créer et promouvoir lemploi. Certaines visent le court terme, dautres sont pour le long terme. Mais pour les uns comme pour les autres, Belahrach insiste sur un plan Marshall pour lemploi. "Il est clair que cest à létat de prendre linitiative. Cest une décision politique qui a une incidence socio-économique", martèle-t-il. Et cest justement cette initiative qui manque. Les expérience initiées par les gouvernements de laprès indépendance nont pas porté de fruits tangibles. Faute de conviction et donc dengagements financiers, les mesures (pour faire bonne figure sans plus) tombent dans la poubelle de lhistoire. Conséquence : le cumul des défaillances a conduit à une tension sociale (pour lheure tacite) qui explosera et prendra, grâce à une récupération politique, les termes dune opposition au régime. Cest dire que Jettou a tout intérêt à passer ce cap avec succès. |
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