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N° 178
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Emploi. Des solutions clés en main

À droite, Hammad Kessal, président
de la Fédaration des PME (DR),
à gauche, Jamal Belahrach, Directeur
général de Manpower Maroc (DR)
En automne, le gouvernement annoncera ses mesures pour la création d'emplois. Toutes les propositions (ou presque), viennent des milieux d’affaires. Revue des plus importantes.


Créer plus d’entreprises
Le recul du chômage est tributaire de la création de nouveaux postes de travail. Les entreprises existantes peuvent apporter une contribution précieuse, mais leurs efforts resteront limités. Le passage par une politique d’aide à la création de nouvelles entreprises est capital. Des entreprises, il en faut par milliers.
Trois options sont proposées à ce titre. Le bénévolat vient en premier. Des organismes, comme la fédération de la PME, préparent des modules d’accompagnement. L’idée est simple : la fédération dispose d’une convention avec la profession comptable pour la certification des comptes. Elle ambitionne de faire jouer ce levier pour permettre à tout porteur de projet de disposer de conseils et d’accompagnement avant et après la création de son entreprise. Cela concerne l’analyse de la nature du projet, l’élaboration du business plan et le contrôle de l’investissement. Cette dernière phase est délicate, car elle repose sur la stratification des besoins de financement. L’équilibre entre l’investissement et le fonds de roulement est nécessaire pour mener à bien l’installation de l’entreprise. La même démarche est prévue chez le Centre des Jeunes Dirigeants (CJD). Le principe de l’initiative du CJD repose également sur le parrainage. Pour éviter un quelconque débordement, le CJD limite son apport à 300 personnes par an.
Le bénévolat, à lui seul, ne peut mener à bien cette mission. D’où l’option de l’engagement de l'état. C’est la confédération patronale qui en formule la demande. Il s’agit de la création de structures dédiées à la création d’entreprise. Plus encore, la création d’entreprise requiert de l’argent pour couvrir la phase d’étude et d’installation (hors investissement proprement dit). Les calculs de la CGEM révèlent un besoin de 40.000 à 50.000 dirhams par projet. L’état doit mettre la main à la poche pour couvrir les charges d’études et de conseil. Ce n’est pas un investissement à perte. Chaque projet est appelé à créer des emplois soumis à l’impôt sur les revenus, donc de la consommation soumise à la taxe sur la valeur ajoutée et enfin à dégager des bénéfices soumis à l’impôt sur les sociétés. L’état récupère donc, plus que largement son argent.

Donner la primeur aux fonds de garantie
L’argent est le nerf de guerre et de la création d’entreprise. Pour donner plus de chance aux jeunes entrepreneurs, il est proposé que les fonds de garantie mis en place par l’état interviennent en amont. Les projets bien ficelés passent chez l’organisme de garantie. Ce dernier donne son aval, partant de la certitude que le projet est porteur. Puis le dossier passe à la banque qui en assure le financement. Jusqu’à présent, l’itinéraire des projets était inverse. Le dossier passait par la banque. S’il franchissait ce cap, chose peu probable, il atterrissait chez l’organisme de garantie.

Éxonérer les premiers emplois
La proposition vise les jeunes diplômés sans emploi. L’idée est que pour chaque premier emploi, l’entreprise bénéficie d’une exonération de l’impôt sur les revenus pour une durée de trois à cinq ans. L’embauche se fera sans charges sociales. Ce qui veut dire que la jeune recrue sera sans couverture sociale, ni retraite ni assurance maladie pendant les 3 ou 5 premières années de travail. Cette mesure s’inspire du catastrophique programme de formation- insertion. Les jeunes ont été pris moyennant une partie du salaire versée par l’état. Résultat, on a bradé les compétences. Un ingénieur était rémunéré à hauteur de 4000 dirhams par mois, alors que sur le circuit normal du travail, il en vaut au moins deux fois plus. Justement, la nouvelle proposition ne fixe pas de niveau de salaire. L’objectif est de renforcer l’encadrement au sein des entreprises par un ciblage des recrues et donc par un niveau de salaire assez élevé. La proposition ne précise pas, néanmoins, si le jeune diplômé sera intégré définitivement dans l’entreprise. Tout dépend de la conviction des employeurs. S’ils estiment qu’il en vaut la peine, pourquoi pas ? Mais rien n’empêche ces derniers de le mettre à la porte et de reprendre l’expérience avec un nouveau diplômé. Et ainsi de suite indéfiniment.

Instaurer un Smig régional
Pour réduire le chômage dans les régions où il y a une faible concentration d’entreprises, il est proposé de remplacer le salaire minimum industriel (Smig) par le salaire minimum agricole Smag). Cette option prend aussi la dénomination de Smig régional. L’idée est de faire jouer l’attrait des salaires bas pour encourager la délocalisation des entreprises hors de l’axe Kénitra-Rabat-Casablanca-Al Jadida. L’Inde et la Turquie sont des exemples cités très souvent pour justifier une telle mesure. L’état devra, dans ce scénario, améliorer les conditions de vie dans les régions cibles. Routes, écoles, hôpitaux et animation culturelle, tout reste à faire.

Accorder une prime à la création d’emplois
Tout nouveau contrat pour l’embauche d’un jeune diplômé doit être accompagné par une prime versée par l’état. La prime est calculée sur le salaire annuel de la recrue. Mais attention, chaque embauche doit impérativement être liée à un crédit-formation. C’est l’équivalent du contrat de qualification en France. Le recrutement se fera par un contrat d’intégration en entreprise (CIE) ou CIPH, contrat d’insertion des personnes handicapées. La durée du contrat doit être au minimum de deux ans.

Baisser l’IGR
Pour chaque salaire net de 5000 dirhams par mois, l’employé est soumis à l’impôt sur le revenu à un taux marginal de 44%. Le salaire est en principe négocié par le salarié en net mensuel. L’entreprise, elle, comptabilise en brut (les charges sociales et IGR compris). Des techniques existent pour détourner le taux marginal (comme les primes de représentation, frais de déplacement ou de logement…). Il n’en demeure pas moins que pour un encadrement fort, le taux passe de marginal à réel. En réalité, plus le salaire approche de 5000 dirhams, moins le taux de 44% est appliqué. Mais plus la rémunération augmente, plus le taux fort s’applique. Pour inciter les entreprises à embaucher davantage, le taux marginal doit baisser de manière significative et ne doit frapper que les gros, mais vraiment gros salaires (à partir de 30.000 DH net / mois).

Créer des postes à l’export
Il s’agit du contrat à l’export (CE). L’entreprise qui désire se positionner sur les marchés internationaux, embauche un cadre doté d’une expérience assez rodée dans le commerce international. Sa mission sera le prospect, l’analyse des marchés et la force de vente à l’étranger. Il sera entouré, s’il le faut, d’une équipe dédiée à cette tâche. Son salaire doit être pris en charge à 50% par l’état. Vu le souhait de redresser le déficit commercial du pays, un positionnement massif des entreprises vers l’export doit être encouragé et ce faisant, la création des postes à l’export également.

Repositionner l’intermédiation publique
L’Agence nationale de la promotion de l’emploi et des compétences doit être repositionnée. Elle doit être dotée d’une structure juridique qui lui assure une autonomie totale. Autonomie dans l’action, la durée et dans le financement. Son directeur général sera jugé sur le résultat. Sa mission sera, dans cette optique, le recensement des chômeurs et leur placement. Cela passe par le prospect auprès des clients (sociétés et entreprises individuelles). Il s’agit de les convaincre de déposer régulièrement les offres d’emplois auprès de l’Anapec. L’agence aura également pour mission de vendre la politique de l’état. Tous les mécanismes d’aide à la création de l’emploi bénéficieront d’un effet de publicité par une action "commerciale" de l’agence. Son budget découlera en partie de commissions (faibles) perçues auprès des employeurs en plus du budget alloué par l’état.

Libéraliser le placement
Le placement des chômeurs ne doit pas être l’exclusivité de l’Anapec. Cette dernière pourrait signer des conventions avec des cabinets d’intermédiation et de placement. Cela augmente les chances de placement. L’Anapec disposera de relais sur le marché pour informer sur les offres existantes et potentielles. L’initiative a été lancée en France en janvier dernier. Les résultats ne peuvent pas encore être mesurés.

Requalifier les diplômés-chômeurs
L’idée vise les diplômés chômeurs de longue date, ou encore, ceux fraîchement issus de l’enseignement académique. Des modules de formation qualifiante de six mois doivent être dédiés à cette population de demandeurs de travail. La formation devra être financée soit par participation paritaire (l’état et l’entreprise), soit entièrement par les organismes étatiques. C’est cette dernière formule qui a la cote. La formation sera ciblée et reposera sur des études de terrain qui établissent les besoins par filière.



Idée. Un plan Marshall pour l’emploi


La plupart des propositions faites par les milieux d’affaires partent du constat que les entreprises sont en quête de sang neuf. Or, un recrutement est toujours lié à un besoin réel. On ne recrute pas pour faire plaisir à l’état. "Il n’y a pas une seule entreprise qui n’ait besoin de recruter maintenant. Le besoin est énorme. Certains en ont conscience, d’autres le sauront quand la pression se fera forte", assure Jamal Belahrach. Laboratoire d’idée, ce dernier a proposé plus de 34 mesures pour créer et promouvoir l’emploi. Certaines visent le court terme, d’autres sont pour le long terme. Mais pour les uns comme pour les autres, Belahrach insiste sur un plan Marshall pour l’emploi. "Il est clair que c’est à l’état de prendre l’initiative. C’est une décision politique qui a une incidence socio-économique", martèle-t-il. Et c’est justement cette initiative qui manque. Les expérience initiées par les gouvernements de l’après indépendance n’ont pas porté de fruits tangibles. Faute de conviction et donc d’engagements financiers, les mesures (pour faire bonne figure sans plus) tombent dans la poubelle de l’histoire. Conséquence : le cumul des défaillances a conduit à une tension sociale (pour l’heure tacite) qui explosera et prendra, grâce à une récupération politique, les termes d’une opposition au régime. C’est dire que Jettou a tout intérêt à passer ce cap avec succès.

 
 
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