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Reportage. Settat après Basri
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Par Abdellatif El Azizi

Reportage. Settat après Basri

(AEA / Telquel)
Settat a connu ses années fastes grâce au grand vizir qui a joué la carte du âroubi. Une fois le "grand homme" tombé, sa ville aussi a connu la déchéance. Regard indiscret sur une capitale régionale victime d’une ascension forcée.


Nids de poules, rues défoncées, chantiers permanents, il suffit de quitter l’avenue principale pour tomber sur ce spectacle désolant. "Beyrouth sans les libanaises", ironise ce chauffeur de taxi. Settat côté cour, c’est une avenue nette, des devantures clinquantes, de la verdure à tour de bras. Côté jardin, le vernis
qui couvrait les façades principales de la ville a craqué sous les coups de boutoir d’une gestion de proximité qui laisse à désirer. Settat après Basri agonise. "Les hommes de Basri ont massacré la ville quand il était puissant, aujourd’hui ils l’ont abandonnée à son triste sort", s’indigne ce cafetier.
Ici, on attend avec impatience l’ouverture du procès de Tourabi, l’ex-président de la municipalité de Settat qui a été arrêté il y a quelques semaines de cela après la plainte d’un entrepreneur. Le dossier est entre les mains du juge Abdelhak Serhane, (à ne pas confondre avec l'écrivain) celui-là même qui instruit l’affaire Laâfora et Slimani.
L’opinion publique locale qui n’aimerait pas que ce procès épargne l’entourage de Basri en redemande. On se pose d’ailleurs la question de savoir si les accusés vont désigner nommément les frères et cousins de Basri, citer des noms de gouverneurs, de secrétaires généraux, bref montrer du doigt les véritables "donneurs d’ordre".

Souvenirs de clientélisme et de Gabegie
Tout le monde sait, ici, que la nomination des présidents de commune et de leurs adjoints se faisait à Rabat, à l’époque où Basri occupait le poste d’ingénieur en chef des élections. En témoignent quelques succédanés électoraux glanés çà et là. En effet, en 1993, quand l’ex-député Abdellah Benhaïda a été empêché par les électeurs de la gauche de gagner à Settat son strapontin parlementaire, Basri l’a consolé en le nommant directeur de l’école des cadres du ministère de l’Intérieur. Quand le frère du puissant ministre de l’Intérieur, Mhammed Basri a été débouté par la population du quartier des Abattoirs, situé non loin de la Kissaria Basri, du même nom, cela ne l’a pas empêché de se retrouver sous la coupole du Parlement par le biais du suffrage indirect.
Véritables écoles de malversations, de détournements et de mauvaise gestion, le conseil de la ville comme les autres communes étaient sous la coupe directe des walis des gouverneurs et autres secrétaires généraux. Les collectivités locales avaient mis au point un vaste programme de dilapidation de l’argent public par le lancement de projets faramineux qui devaient faire de Settat la première ville du pays. Basri avait ainsi donné ses instructions pour le réaménagement du boulevard Hassan II, la destruction du principal jardin de la ville, le financement d’un complexe culturel qui n’a jamais vu le jour, la construction d’un complexe touristique qui a été transformé en bar pour saoulards désoeuvrés. Une enveloppe de plusieurs dizaines de milliards destinées à la lutte contre les effets de la sécheresse a été dilapidée, le patrimoine foncier de l’état à Sidi Rahal a été liquidé en l’espace de quelques années. Le siège de la municipalité qui a coûté quelques milliards a nécessité la destruction de l’un des rares monuments historiques de la ville puisqu’il fait partie des 19 sièges construits dans différentes villes du Maroc par la Résidence, au cours des années 20.
Pour l’anecdote, le cheval de bronze qui trône sur le boulevard Hassan II avait été commandé par un obscur intermédiaire à des artistes roumains. On raconte qu’il avait été remis aux autorités de la ville avec des attributs génitaux bien pendants. Ce qui avait provoqué la colère de Basri, qui avait alors exigé une émasculation, en bonne et due forme. On imagine aisément ce que ça a dû coûter en déplacements et autres fausses dépenses. Les langues ont encore du mal à se délier, mais un conseiller de la gauche rappelle que "c’est grâce à l’opposition des militants du PPS et de l’USFP que le conseil de la ville a pu éviter la dilapidation de deux milliards de centimes que le wali Moujahid voulait à tout prix débloquer pour restaurer le tronçon de route qui menait au cimetière de Lamnasra, où est enterrée la mère de l’ex-ministre".

État des lieux d’une ville orpheline
Après le départ en novembre 1999 de Driss Basri, même les chantiers lancés en grande pompe ont été stoppés net. On peut citer le complexe sportif, le complexe culturel et commercial situé en plein centre de la ville, l’extension à 18 trous du Golf Universitaire Royal et l’hôtel quatre étoiles qui devait y être bâti , le lotissement de la municipalité s’étendant sur 120 hectares, etc. Depuis lors, la malédiction s’est abattue sur la capitale de la Chaouia. Tous les hommes d’affaires qui se pressaient jadis à la porte de Basri pour quémander un petit bout de terrain à Settat se pressent dès lors pour plier bagages. Il y en a même qui se dépêchent de changer de résidence et même de carte nationale. Le fameux W accolé par les bons soins de Basri à la carte nationale pour les résidents locaux et qui ouvrait toutes les portes à l’époque est devenu embarrassant. Les hommes d’affaires qui devaient faire le pied de grue pour avoir le privilège de postuler à un rendez-vous censé leur ouvrir la porte de Settat cherchent aujourd’hui le moyen de s’éclipser en catimini.
En 1979, il n’y avait qu’une petite usine à Settat, Basri a fini par faire venir plus de 307 unités, qui ont investi un volume global d'investissement de 4 milliards de dirhams. Citons à cet effet Cristalstrass, Setta Vex, Merlin Gerlin etc. Pour attirer les investisseurs, Basri a manié tour à tour la carotte et le bâton. La carotte, c’est la couverture politique et toutes les exonérations et acquisitions de terrains qui vont avec. Et le bâton, c’est l’impossibilité, pour eux, en cas de refus, d’investir ailleurs. Aujourd’hui, ce sont ces mêmes hommes qui se dépêchent de renier leur ancien protecteur. L'ancien responsable du Polisario et actuel wali de Settat Omar Hadrami, appelé à la rescousse, a du mal à faire le ménage. La villa de Basri est désespérément vide. Ses frères et cousins rasent les murs et ses hommes ont déserté la région. Seul "Sissi", le cireur clame toujours haut et fort son allégeance à Basri. à demi-clochard, le vieux cireur qui n’a jamais oublié "la générosité sans pareille de Basri" glisse fièrement "j’ai été parmi les rares personnes à l’accompagner, il y a un mois de cela à la visite au tombeau de sa mère à Lemnasra" !


Grandeur et décadence. Sidi Kacem aussi

Contrairement à Basri qui voulait faire de Settat la nouvelle Fès du Maroc, Dlimi n’a pas fait grand-chose pour Sidi Kacem. Culte de la personnalité oblige, en matière de privilège, il n’y en avait que pour la petite famille. Ce qui n’a pas empêché Hassan II de punir Sidi-Kacem pour punir Dlimi. Après l’exécution maquillée en accident du général en 1983, la capitale des Chrardas a été inscrite sur la liste noire. Non seulement les proches du général qui avaient été nommés à des postes de responsabilité au niveau du ministère de l’Intérieur ont été débarqués après avoir subi des interrogatoires serrés, pilotés par un certain Driss Basri. Mieux encore, il fallait donner une leçon à la ville qui a enfanté le général félon. Le fait d'appartenir à cette communauté guerrière qui vient du Sahara et qui a soutenu le trône alaouite durant toute son histoire n’a pas plaidé en faveur de la région. Les Ouled Dlim devaient payer pour Dlimi. Les gouverneurs qui se sont succédé à la tête de la province avaient des instructions précises "rien ne devait bouger au niveau de la ville". Conséquence, la raffinerie, seule ressource industrielle de Sidi Kacem est à l’abandon et d’une manière générale et la ville est en décadence.

 
 
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