Sujet
Actu Économie
Reportage. Settat après Basri
Télé réalité. Y a-t-il une vie après 2M ?
Parcours. Marquise d'un jour
Portrait. Kan ya ma kan
N° 178
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Rien de tel qu'une rémunération motivante pour motiver Zakaria Boualem

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Ce n’est un secret pour personne, Zakaria Boualem s’ennuie ferme dans son boulot d’informaticien bancaire. Les journées se ressemblent, les cravates aussi. Il est intéressant de constater qu’il est le seul employé dont le bureau soit placé face à un mur, ce qui constitue un bon résumé de ses perspectives de carrière. Le problème, c’est qu’il s’ennuierait tout autant dans un autre poste, ou une autre société. Mais, évidemment, il ne le sait pas encore.
Suivons le donc dans son raisonnement, qui le conduit naturellement à parcourir d’un œil morne les annonces du Matin du Sahara. L’oeil s’éclaircit vaguement à la lecture d’une annonce rédigée en ces termes :
IMPORTANTE SOCIETE DE LA PLACE CHERCHE INFORMATICIEN - rémunération motivante. Adresser lettre de motivation et CV au Cabinet Lahlou...
Notre homme se dit alors qu’il est grand temps de tenter sa chance, et il se lance aussitôt dans la rédaction de la fameuse lettre de motivation. Très rapidement, il est amené à se poser la question suivante : comment peut-on être motivé pour travailler dans une entreprise qui refuse de donner son nom ? Le seul truc qui le motive, Zakaria Boualem, c’est l’histoire de la rémunération motivante, justement.
évidemment, on ne peut pas leur balancer un truc cash comme ça. Il faut expliquer qu’on crève d’envie de travailler dans une
importante société de la place, parce qu’il n’y a que dans une importante société de la place qu’on peut s’épanouir, et que ladite société importante de la place bénéficiera comme une folle de l’expérience acquise par le Zakaria Boualem.
Il télécharge donc sur Internet une lettre de motivation type, à laquelle il adjoint un CV légèrement mensonger, et il envoie le tout à Monsieur Lahlou.
Surprise ! Il reçoit aussitôt un coup de fil qui l’invite à se présenter chez Monsieur Lahlou. Il se pointe au rendez-vous et commence par poser des questions. Oui, vous avez bien compris, c’est lui qui pose les questions :
- Pour qui est-ce que vous passez cette annonce ?
- Je ne peux pas vous dire le nom pour l’instant. Vous savez, les sociétés n’aiment pas étaler dans les journaux qu’elles recrutent.
- Ah...
- Et vous, vous travaillez où ?
- Je ne peux pas vous dire, question de confidentialité...
Zakaria Boualem se demande si ces mystères sont le fruit de la superstition. Comment une société sérieuse peut-elle croire en pareilles sornettes ? C’est un peu comme ces entrepreneurs du bâtiment qui vous expliquent toute la journée qu’ils traversent une crise. Depuis trente ans, ils traversent une crise. Et depuis trente ans, ils achètent des 4X4 monstrueux, des villas par paquets de douze et des semaines aux Seychelles. Bizarre, comme crise. Il y a aussi ceux qui aiment bien préciser :
"Vous savez, cette année, ça marche pas bien. C’est pas comme il y a deux ans. Il y a deux ans, ça bougeait plus". Deux ans plus tard, ils tiennent le même discours : "Rien à faire, c’est la crise, c’est pas comme il y a deux ans"… Zakaria Boualem ne sait pas si le mauvais œil porte la poisse, mais il est convaincu qu’il rend légèrement débile.
Monsieur Lahlou explique à Zakaria Boualem le poste à pourvoir. Miracle, notre héros Guercifi a le profil requis. Monsieur Lahlou est très content, Zakaria Boualem est très content, Lino Bacco est très content (mais là c’est parce que Milan vient de coller trois buts en une mi-temps à Liverpool). Et c’est là que ca dérape.
- Mon client compte vous proposer un salaire de 15.000 DH nets mensuels. Evidemment, il me reste d’autres candidats à voir, mais vous semblez parfaitement convenir au poste. Maintenant, je peux vous le dire, l’employeur, c’est la Banque nationale marocaine ; pour le client, la seconde banque du pays.
- Mais, c’est là que je travaille !!
- Ya latif, ils m’ont dit qu’ils voulaient remplacer un type négatif et sans avenir !
- Mais, c’est moi !!!

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2005 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés