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Par Driss Bennani
Reportage.
Laâyoune. Que sest-il passé ?
ou comment des confrontations entre manifestants et forces de lordre sur une seule rue du quartier Maâtallah sont devenues "les seconds événements de Laâyoune", après ceux de 1999.
Insurrection, Intifada, reprise en main difficile, confrontations sanglantes, drapeaux brûlés, journalistes refoulés, cocktails Molotov lancés contre les forces de lordre
Les médias en ont-ils trop fait ou Laâyoune était-elle vraiment au bord de lexplosion la semaine dernière ?
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Lundi 30 mai en tous cas, la situation est plutôt calme à laéroport Hassan Ier. Là même où une équipe dAl Jazeera et un journalise dAssahifa ont été refoulés, il y a quelques jours seulement. Les procédures policières sont vite expédiées et une tension devenue habituelle, presque banale, se lit sur les visages des militaires présents dans le hall darrivée. Le long des avenues menant au centre ville, rien à signaler non plus. En cette fin daprès-midi plutôt fraîche, les habitants investissent tranquillement les terrasses des cafés et les avenues commerçantes.
Puis rapidement, un bruit court dans toute la ville. "Rahoum yhassrou Sahet Dchira" (ils encerclent la place Dchira). Située au centre de Laâyoune, cette place sépare les quartiers résidentiels et dhabitation de la partie administrative et "touristique" de la ville. Le lieu de toutes les contestations, de tous les sit-in, etc. Elle est maintenant totalement encerclée. Le dispositif sécuritaire mis en place est impressionnant. Des membres des brigades anti-gang, des hommes armés avec boucliers, des militaires, des lances à eau, une vingtaine destafettes, de jeep militaires, et plusieurs officiels qui devisent, lair grave, à proximité
à la tombée de la nuit, vers 20 heures, deux avenues bordant la place sont carrément fermées à la circulation des véhicules. Et sur les trottoirs, des membres des brigades dintervention rapide paradent, matraque à la main, au milieu des passants.
Quand ces forces ont-elles eu le temps de se mettre en place ? Pourquoi ? Une source officielle explique que les autorités ont eu "des renseignements faisant état déventuelles manifestations partout dans la ville durant la soirée". Il nen sera rien finalement et le "siège" sera levé aux premières heures de la matinée. Au passage, cela na étonné personne. à croire certains habitants, le même scénario se répète quotidiennement depuis plus dune semaine. "Une journée calme commence, puis, dès le milieu de laprès midi, létat dexception sinstalle avec, selon les jours, des confrontations ou des escarmouches éparses".
Casting et timing
Pour comprendre ce qui se passe à Laâyoune, il faut revenir au 21 mai. Les "événements" ont commencé par un sit-in à la porte de la prison civile de la ville. Lobjectif ? Protester contre le transfert vers la prison dAgadir dun droit commun (Sidi Ahmed Heddi) condamné à plus de 10 ans de prison pour "trouble à lordre public, offense aux sacralités et trafic de stupéfiants". Banal ? Pas tant que ça. Le "droit commun" en question a demandé, il y a moins de trois semaines seulement, à être déchu de sa nationalité marocaine, se présentant comme un citoyen sahraoui, détenu dopinion (lire encadré, page ci-contre). Puis il y a la date. Le 21 mai est le lendemain de lanniversaire de la création du front Polisario. Un anniversaire célébré chaque année, de manière plus ou moins visible, partout dans le Sahara par des sympathisants du front (port de la draâ (habit traditionnel) dans les écoles et dans les lycées, réunions de célébrations dans les maisons, sacrifice de chameaux, etc.). Faut-il, dès lors, interpréter le transfert de Heddi comme une provocation faite aux indépendantistes ? à cette idée, ce responsable sécuritaire fronce les sourcils pour affirmer que "lapplication dune décision judiciaire souveraine ne tient pas compte de ce genre de considérations". Cest pourtant "ce genre de considérations" qui sera à lorigine d'une surchauffe de toute la zone sud.
Après le sit-in devant la prison, des activistes indépendantistes rejoignent (naturellement) la famille. Le dimanche, un sit-in est organisé devant la maison familiale des Heddi au quartier Maâtallah, à quelques mètres de la place Dchira. Le dimanche se passera sans heurts, mais la tension devient palpable. Lundi, rebelote. Plus de 160 personnes se retrouvent sur lavenue "Sidi Mohamed Dadech" (officiellement avenue El Mamoun). Changement notable : les forces de lordre encerclent le lieu. Les habitants perçoivent la présence des GUS comme une provocation. Ils répondent en brûlant le drapeau marocain. Les militaires respectent à la lettre la consigne de ne pas intervenir. Mais ils sont chauffés à blanc par les manifestants. Mardi, ces derniers passent à létape supérieure. Ils jettent des pierres aux militaires par-dessus les toits des maisons, scandent des slogans à la gloire de Mohamed Abdelaziz et du front. Un jeune ira même jusquà porter le drapeau de la RASD et défiler sous le nez des militaires. Après une première tentative échouée, il sera arrêté, tabassé, hospitalisé puis relâché. La situation saggrave et le risque de dérapage est maintenant sérieux. La wilaya appelle des renforts qui arrivent dAgadir et dautres régions avoisinantes.
Mercredi, cest lexplosion. Depuis les premières heures de la matinée, létat de siège est total autour du quartier Maâtallah. Les manifestants brûlent des pneus, lancent quatre cocktails Molotov et une petite bonbonne de gaz qui explose à côté dune camionnette militaire. Les slogans appellent clairement au départ du Maroc du Sahara ("Fuera Marueccos") et chantent la gloire du front Polisario. Pour les autorités de la ville, "la situation devient intenable" et les forces de lordre sont autorisées à charger. Les militaires investissent alors les maisons, arrêtent plusieurs jeunes manifestants (beaucoup seront relâchés après) détruisent tout sur leur passage (télévisions, réfrigérateurs, chambres à coucher, etc.) mais surtout, commettent "lirréparable" dans cette région saharienne. Ils insultent et attaquent des femmes. Chauffés à bloc pendant plusieurs jours, les agents dintervention se vengent sur les salles de bains, les cuisines ou les téléviseurs. Le tout non sans propos racistes : "Vous vous douchez, vous ? vous savez ce quest une douche ? Chbaâtou w dsartou a wlad lklab (vous vous êtes gavés et désobéissez, fils de chiens) ; Qarrinakoum bach derbouna blahjar ? (on vous a éduqués pour que vous nous jetiez des pierres ?)". Dans la nuit de mercredi à jeudi, beaucoup de dérapages seront enregistrés. Au moment de lintervention, certaines maisons attaquées étaient vides. Dautres hébergeaient un couple de vieux et ses petits enfants, etc. "Les militaires disaient que les manifestants les attaquaient par-dessus le toit des maisons. Le problème de larchitecture ici au Sahara, cest que tous les toits sont communicants et les portes des maisons dans ce genre de quartiers populaires restent toujours ouvertes", explique un habitant.
La fronde populaire
Jeudi matin, la colère est générale dans le quartier. Beaucoup dhabitants ont dû quitter leurs maisons (certains ny sont toujours pas revenus) et une manifestation est spontanément organisée. Des personnes lambda y prennent part. Salka en fait partie. Cette jeune sahraouie de 25 ans na pas de positon politique spécifique. Si elle a participé à la manifestation, cest "parce quon a violé sa maison, effrayé ses jeunes frères, cassé ses meubles et tabassé son vieux père". Elle en veut aux policiers mais également au pays. "Quavons-nous fait ? Ce pays nous a menti quand on nous a promis un dédommagement suite aux événements similaires de 1999. On na rien eu finalement mais nous nous sommes dit que, au moins, de pareils événements ne se répèteront pas. Aujourdhui, nos maisons sont saccagées par létat pour la deuxième fois, nous sommes insultés devant nos parents, cen est trop". La solution ? Salka hésite un moment puis lance spontanément et dans une langue simple "que cet état nous laisse tranquilles une fois pour toutes". Lélan de solidarité gagne plusieurs quartiers de la ville. Sans forcément manifester dans la rue, beaucoup parmi les gens interrogés se disent indignés par "lintervention barbare et raciste" des forces de lordre. Vendredi, des étudiants sahraouis sortiront en manifestation à Rabat. Ils seront violemment dispersés. Même chose à Marrakech et à Agadir.
A Laâyoune, la situation restera plus ou moins calme jusquau dimanche 29 mai. Après avoir refusé laccès à la ville à une équipe dAl Jazeera (soupçonnée dêtre pro indépendantiste !) et à un journaliste dAssahifa, le ministère de la Communication "se rattrape" en organisant un voyage de presse officiel (lire édito, page 4). De nouvelles manifestations sont improvisées et la confrontation devant les objectifs des caméras (surtout espagnoles) est évitée de justesse. Lundi, dautres manifestations plus ou moins contenues par les forces de sécurité sont organisées à Smara, Dakhla et Tan Tan. La tension reste vive... |
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Ahmed Heddi, alias El Kinnane. L'homme-prétexte
En hassani, El Kinnane veut littéralement dire "lhomme qui mord". à lorigine de ce pseudo, la carrure dAhmed Heddi. Un grand gaillard, fort comme deux hommes, connu pour sa brutalité. Son premier fait darme, un accrochage qui tourne mal avec un policier de la circulation. Il sera condamné pour insulte au roi et offense à un fonctionnaire. Dans la prison, Heddi sagite et sème la zizanie. Il sera (injustement, crient ses défenseurs) recondamné pour "trafic de stupéfiants". En tout, il en a pour 12 ans maintenant. Désabusé, il envoie sa carte didentité au procureur du roi et demande à être déchu de sa nationalité. Le prisonnier devient trop encombrant pour la petite prison de Laâyoune et sera transféré à Agadir. On connaît la suite. |
Enquête.
Indépendantistes. Qui sont-ils ?
Les indépendantistes ont un visage et lindépendantisme un mode opératoire plus ou moins bien rodé. Qui sont-ils ? Que veulent-ils et surtout, comment sy prennent-ils ?
Quy a-t-il de commun entre les événements de Laâyoune en 1999 et les dernières manifestations de 2005 ? Logiquement, rien. Alors que les premières ont embrasé plusieurs parties de la ville sur fond de revendications sociales et économiques, "les manifestations de mai" se sont limités à un seul quartier de la ville et ont été éminemment politiques (droit à lautodétermination ou appel à lindépendance du territoire). |
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Pour preuve, aucun corps des traditionnels mécontents (habitants des camps Al Wahda, Al Ashbal, diplômés chômeurs, etc.) ny a pris part. Pourquoi, dans ce cas, le parallèle avec 1999 sest-il imposé, même à certains responsables de la ville ? Pour deux raisons, essentiellement. Depuis 1999 dabord, Laâyoune na pas connu une mobilisation sécuritaire aussi spectaculaire. Puis il y a les médias. Ceux du front pour commencer. Très vite, les sites Internet du Polisario utilisent le mot "Intifada". Médiatiquement, cest un joli coup. "LIntifada" en question éclate le lendemain du 32ème anniversaire du front. Toute une symbolique. Le mot sera ensuite repris par plusieurs médias internationaux qui tardent à se déplacer sur place. Du coup, pendant plusieurs jours, les sites du Polisario seront la seule source dinformation disponible et actualisée toutes les demi-heures. Les autorités de la ville nayant communiqué (très officiellement du reste) quen fin de semaine
après avoir refoulé deux journalistes.
Les signes avant la tempête
La revendication sahraouie a donc franchi un pas. Désormais, lappel à lindépendance du territoire nest plus accessoire dans le cadre d'une revendication sociale ou droit de lhommiste. Cest le cur même de la nouvelle revendication politique sahraouie. "Nous avons en face des ennemis qui se sont auto identifiés comme une minorité exprimant clairement ses choix politiques et qui se dit persécutée par le régime marocain et demande la protection internationale", diagnostique un haut responsable de la région.
Signes dune nouvelle étape dans la revendication indépendantiste : pour la première fois, le drapeau marocain a été brûlé, celui du Polisario porté par un jeune devant les forces de lordre tandis que des slogans étaient scandés à la gloire de Mohamed Abdelaziz et appelaient au départ du Maroc du Sahara. Une nouveauté ? Peut être, mais elle nétonne personne. La démarche était prévisible. "Depuis linstauration de lIER et la création de la télévision régionale, la tension sociale et droit de lhommiste nest plus un sujet tabou. Elle na peut être pas été contenue, mais les problèmes sociaux et ceux relatifs aux libertés sont aujourdhui ouvertement débattus. La machine indépendantiste sest ainsi trouvée privée de deux de ses principaux chevaux de bataille. Elle navait dautre choix que de jouer sa dernière carte. Celle de la revendication indépendantiste au nom de louverture démocratique", analyse un observateur local. Durant la première moitié du mois de mai, deux associations peu anodines (non reconnues officiellement) ont dailleurs vu le jour. Il y a dabord "lAssociation des victimes des atteintes aux droits de lhomme commises par létat marocain au Sahara occidental". Elle rassemble essentiellement les anciens bagnards dAgdz et de Qelâat Meggouna et affiche clairement ses choix indépendantistes. Puis il y a cette commission initiée par Mohamed Dadach et qui revendique le "droit à militer pour lindépendance du Sahara à lintérieur du Maroc". Entre les deux, il y a les discours de Bouteflika et dAbdelaziz. Le premier réitérait son soutien au front, le deuxième disait ne plus écarter le retour aux armes.
Transférer, dans ces conditions, un prisonnier, devenu une icône indépendantiste, le lendemain du 20 mai est alors un prétexte tout indiqué pour le Polisario. Les indépendantistes ne lont pas raté. Létat a marché, sest emballé et comme toujours, a fait dans lexcès. Naturellement, la presse sest à son tour emballée, amplifiant la manifestation et accentuant les dérapages (répétitifs) de létat.
De qui parle-t-on ?
Le Maroc les appelle grossièrement les "séparatistes". Ils ne sont pas forcément membres du Polisario, mais une majorité écrasante parmi eux affiche publiquement sa sympathie pour les thèses du front. A différentes échelles, ils militent ou croient à lindépendance du territoire. Ils rêvent de létablissement dun Etat sahraoui au Sahara occidental. Combien sont-ils ? Personne ne le sait, mais une distinction sommaire est possible. Il y a dabord "les activistes". Une cinquantaine à tout casser. Des anciens bagnards et prisonniers politiques devenus aujourdhui les icônes du mouvement. Ceux là se déplacent dans tout le Sahara, assistent aux meetings, prennent part aux sit-in, etc. Parmi eux, il y a les symboles, les plus médiatisés comme Mohamed Dadach ou Ali Salem Tamek. Puis il y a les hommes et les femmes de terrain. Ceux qui organisent, ameutent, fédèrent, etc., mais qui ne se mouillent jamais, ou rarement. Lors des dernières manifestations, ils sont restés invisibles poussant - cest la version policière - femmes et adolescents au devant de la scène. Pourquoi croire à une thèse pareille ? Simplement parce quaucun de ces meneurs, pourtant identifiés par les services, na été arrêté ou interpellé suite aux manifestations, faute de preuves.
à la base, le mouvement devient plus flou. Un tout compact où on commencera par distinguer les étudiants sahraouis. Présents en force dans les campus de Rabat, Marrakech et Agadir, cest le relais du Sahara à lintérieur du Maroc. Au moindre incident à Laâyoune, Assa ou Smara, ils sortent dans la rue, organisent des manifestations de solidarité, rédigent des communiqués, etc. Dans la littérature indépendantiste dailleurs, les campus universitaires sont des "positions" ou "des avant-postes universitaires".
évidemment, il y a les purs et durs, les militants de la cause. Mais à côté, il y a toute la base peu politisée ou défavorisée. Politiquement, les indépendantistes visent "tout un chacun qui na pas clairement revendiqué sa marocanité". Vu de Rabat, lindépendantisme est au Sahara ce que lextrémisme est au reste des régions du pays. Un Sahraoui à la situation précaire est un indépendantiste potentiel qui ne demande quà être encadré. Et pour cela, il ny a que lembarras du choix.
Il y a dabord les séances de thé. "Le Sahara est une région hyper politisée. Tout le monde suit avec attention les moindres développements du dossier. Du coup, autour de la traditionnelle séance de thé, on se concerte, on commente et on encadre", souligne un observateur. A Laâyoune comme un peu partout au Sahara, les cyber cafés fleurissent à tous les coins de rue. En labsence dun portail dinformations pro-marocain, les Sahraouis consultent régulièrement les pages de SPS (lagence de presse du Polisario) et des innombrables sites dinformation dont dispose le front. Toujours sur le plan médiatique, et malgré la création de Laâyoune TV, Radio Polisario continue dexercer un attrait certain sur les populations locales. La station du front est brouillée à Laâyoune, mais accessible à 25 Km de la ville. Les Sahraouis ne sen privent dailleurs pas. Radio Polisario joue sur la corde sensible, celle de lattachement familial. De lautre côté de la frontière, chaque Sahraoui a forcément un père, un cousin, une tante ou un proche. La radio donne régulièrement des nouvelles des sahraouis de Tindouf et laisse croire que seule lindépendance du territoire permettra les retrouvailles familiales.
Le Front ne se contente pas de "lattachement sentimental". Il dispose carrément dun "ministre des territoires occupés" et dun chargé des Sahraouis de cette région qui réside à Las Palmas, à une demi heure d'avion de Laâyoune. Son rôle ? Maintenir le contact avec les cellules actives du Polisario au Maroc. De laveu dun grand responsable sécuritaire à Laâyoune, "ces cellules sont nombreuses, clandestines mais amateurs. Cest pourquoi elles restent incontrôlables". Dorganisation très superficielle, ces "cellules" sauto-organisent et restent très sensibles aux messages et orientations directes ou indirectes du front. "Il suffit que la radio du Polisario considère un ministre marocain venu au Sahara comme indésirable pour quune cellule perçoive le message et organise un sit-in, une manifestation ou publie un communiqué sur Internet", assure le même responsable sécuritaire. Linformation (surtout sur Internet) est dailleurs lun des principaux chevaux de bataille du Polisario. Lagence de presse du front dispose de correspondants partout dans le Sahara et un site comme "Les cahiers du Sahara" était mis à jour toutes les 20 minutes lors des dernières manifestations de Laâyoune. Autre exemple, le correspondant de Radio Polisario à Dakhla a retransmis live, grâce à son téléphone portable, la manifestation qui y a été organisée la semaine dernière. Les milieux sécuritaires au Sahara nexcluent dailleurs pas que certains indépendantistes disposent de téléphones satellitaires. Ahmed (cest un faux prénom) est dailleurs le photographe attitré des sites du Polisario. Il réside à Laâyoune et parcourt tout le territoire. Sans complexe, mais après avoir été mis en confiance, il dit disposer de plus de 400 photos des dernières manifestations de Laâyoune (nous lavons vérifié) et finalise le montage dun film vidéo qui sera bientôt mis en ligne.
La hantise des autorités régionales ? Le financement. Beaucoup de responsables se disent certains que les mouvements indépendantistes reçoivent un financement de létranger mais aucune trace na jamais été enregistrée. "Normal, explique un connaisseur, les échanges de toute nature se font de la main à la main à Las Palmas ou en Espagne". Si le financement des mouvements indépendantistes inquiète les autorités marocaines, cest en partie à cause du "virage guerrier" que prend le mouvement indépendantiste.
Les néo-indépendantistes
De nombreux indépendantistes sahraouis ne sont pas restés insensibles au message de Mohamed Abdelaziz faisant allusion au retour à laction militaire. Un groupe de jeunes rencontrés dira dailleurs que "la résistance militaire naurait jamais dû sarrêter". Un autre, étudiant à Rabat celui-là, renchérit, "je suis prêt à me sacrifier pour le front. Je ne serai ni le premier ni le dernier". Sagit-il dune interprétation erronée ou dun mot dordre distillé par le Polisario ? Ce militant indépendantiste rappelle que lun des 16 principes fondateurs du Polisario est "la violence et la violence révolutionnaire". "Un retour aux sources" inquiétant, dautant que cet autre indépendantiste menace : "nous exploiterons nimporte quel incident pour provoquer létat marocain et le pousser jusquau bout de sa pseudo logique démocratique". Voilà qui est clair, mais pourquoi attendre un incident pour "passer à lacte" ? "Pour que le peuple (ashaâb) suive", répond le même militant. "Les sympathisants sont nombreux. Les militants sont peut être minoritaires numériquement, mais cest une minorité active et légitime face à une majorité passive et hésitante", explique un observateur.
Pour le moment en tous cas, lEtat marocain reste perplexe. De source officielle, on affirme "quune réflexion sérieuse est menée au plus haut niveau de létat". Faut-il, dans le respect de la ligne démocratique, tolérer désormais une expression indépendantiste au Sahara ? Ce grand responsable aura cette réponse, plutôt correcte, "tant que lindépendantisme ne touche pas à lordre public, il ne me dérange pas". Problème, lordre public est une notion vague et modulable selon les conjonctures. De plus, lindépendantisme sahraoui (lexpérience la démontré) nattire lattention des médias et de lopinion publique internationale quen cas de confrontations ou de dérapages. Après les manifs de Laâyoune, le Polisario na-t-il pas appelé la communauté internationale à protéger les minorités du Sahara occidental, allant jusquà proposer lélargissement des prérogatives de la Minurso dans ce sens ? Que faire dès lors ? "Constituer un véritable front unioniste national, loin de la langue de bois qui sensibilise aux réels enjeux économiques, sécuritaires et politiques de laffaire du Sahara", préconise un responsable de lautorité administrative dans le sud. Soit, mais qui fera cela ? Les élites démissionnaires du Sahara ? Un conseil de région sest tenu lundi 30 mai à Laâyoune. à lordre du jour
les programmes de formation professionnelle et de généralisation de leau potable. Lindépendantisme a encore de beaux jours devant lui. |
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Stratégie. Le Polisario drague les élites marocaines
Dans une lettre ouverte publiée le jeudi 2 juin dans le quotidien algérien à fort tirage Al Khabar, Mohamed Abdelaziz sadresse, pour la première fois, aux "élites du peuples marocain". Il y désigne nommément des hommes politiques, des écrivains, des militants associatifs et des journalistes quil appelle à uvrer pour "éviter un éventuel nouveau conflit armé". Dans un style "fraternel" et flatteur, le président de la RASD appelle ces élites à "condamner, au nom de la liberté et des droits humains, les dépassements enregistrés au Sahara et soutenir vivement le droit du peuple sahraoui à lautodétermination", et prédit "une entente parfaite entre les deux peuples marocain et sahraoui". Le Polisario déplacerait-il son front à lintérieur du Maroc ? |
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