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Administration. À l'heuredu non stop
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Administration. À l’heuredu non stop
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Par Chadwane Bensalmia

Administration. À l’heuredu non stop

Resté cinq ans dans les tiroirs de la Primature, le projet de généralisation de l’horaire continu voit finalement le jour. Courage politique pour les uns, révolution sociale pour les autres… et (sans doute) ajustement économique pour tout le monde.


Lorsqu’en 2000, alors ministre de la Fonction publique, Mohamed Khalifa avait soumis au gouvernement le projet de généralisation de l’horaire continu, une bonne partie de ses confrères avaient crié au drame. Les réticences se sont alors très vite transformées en une multitude d’inconvénients, sur
fond de guéguerre politique entre l’Istiqlal et l’USFP.
Ahmed Lahlimi reprochait au projet une approche un peu légère de l’horaire continu. Le ministère de l’Intérieur y avait opposé des craintes sécuritaires. Avaient rejoint la liste des sceptiques, le ministère des Finances et celui de l’Enseignement supérieur. L’avalanche d’arguments antagonistes a finalement débouché sur un report "jusqu’à nouvel ordre" du projet. La raison invoquée alors par le Premier ministre, Abderrahmane Youssoufi est une raison logistique liée à "la restauration des fonctionnaires". Le coût, en effet, d’un repas avait été estimé à quelques 20 DH et jugé trop lourd pour le budget des administrations. Près de 5 ans plus tard et alors même qu’aucune de ces contraintes précitées n’a été levée, le gouvernement de Driss Jettou décide de l'adopter. Pourtant, aucune nouvelle étude n’a été réalisée ; aucun nouvel élément ne semble justifier l’accélération du dossier. Qu’est ce qui a changé, alors ?

Apprendre en marchant
"Avant, on se disait qu’il valait mieux attendre que le pays soit prêt, avec une logistique adéquate, pour se lancer. Aujourd’hui, on a compris qu’on ne serait jamais suffisamment prêt. Alors on se lance et on gère sur le tas", répond-on au sein du ministère de la Fonction publique. Serait-ce la résignation d’un gouvernement qui pense ne pas en avoir fait assez ? Probablement. Il n’en demeure pas moins qu’il fallait un certain courage politique pour se jeter à l’eau. D’ailleurs, l’expérience a d’ores et déjà été tentée, depuis quelque temps, au sein de quelques administrations. Les douanes et l’ONE , en particulier, ne s’en plaignent pas aujourd’hui. "Il y a eu bien sûr une petite période de flottement de 2 ou 3 mois, mais les nouvelles habitudes se sont vite installées" commente-t-on dans le cas de l’administration des douanes. En 2000, une étude avait démontré que dans la ville de Rabat, les économies sur la seule électricité s’élèveraient à près de 90 millions de dirhams. Ce n’est pas négligeable.

Bouée de sauvetage
Les exemples de l’égypte et de la Grande Bretagne sont également pris comme référence pour appuyer le bien fondé de l'option horaire continu : meilleure compétitivité économique, mais surtout véritable mutation sociale. Toutefois, même si on retient plus souvent le premier point pour débattre de l’opportunité de cette mesure, c’est bien au niveau social ou plus largement socio-économique que réside le plus gros du chantier. Les fonctionnaires pourront désormais accumuler deux emplois, à l’instar des deux pays précités. Cela donnerait donc une nouvelle tournure au débat sur les salaires dans la fonction publique et sur de nouveaux débouchés pour les salariés. Ce qui en soi est déjà beaucoup. Sur ce point, Mohamed Boussaïd, le ministre de la Fonction publique, ajoutera même : "avec l’horaire continu, on pourra envisager plus simplement la formation continue ou la formation professionnelle. Les fonctionnaires auront en tout cas plus de disponibilité". Deuxième conséquence et non des moindres, avec 3 ou 4 heures de liberté en plus, c’est la consommation qui se verra accroître. Dans les conditions actuelles, et en l’absence de structures de divertissement et d’occupations, beaucoup avancent sur un ton ironique que "c’est le chiffre d’affaires des cafés qui grossira". Tel est le cas de ce commissaire de police de la préfecture casablancaise qui, même en reconnaissant les bienfaits des nouveaux horaires, reste sceptique sur leurs conséquences. "De deux choses l’une, ou bien nos agents passeront leur temps sur les terrasses des cafés comme tout le monde. Ou alors, c’est totalement le contraire qui se produira. On devra renforcer la police. L’oisiveté n’a jamais servi la sécurité, vous savez". C’est vrai en un sens, mais ce ne sera probablement que temporaire, le temps que les nouvelles habitudes s’installent. Il faut dire d’ailleurs que les réserves n’ont pas fini d’être émises.

Les écoles, hors du coup
Le problème des cantines est de ce point de vue le premier à être évoqué par les fonctionnaires. "Dans notre pays, ce sont les habitudes culinaires qui résistent le plus au changement. A midi, on a besoin de rentrer chez soi. De déjeuner, de s’étendre devant la télé et de boire son café ou son thé. Désormais, il nous faudra adopter le sandwich", lance cette fonctionnaire d’un arrondissement du centre ville. Le propos fait sourire au ministère de la Fonction publique "c’est énorme comme changement. Cela va créer une révolution (dans les habitudes, s’entend)". Dans les faits, aucune solution n’a été envisagée pour accompagner l’application du nouvel horaire. Au sein du ministère de tutelle, on commence cependant à regarder de près du côté du marché de la restauration collective. Reste le dernier point faible de cette mesure : la scolarité. Là-dessus, ce haut responsable du ministère est catégorique : "il n’y aura pas d’horaire continu pour les enfants. La scolarité répond à des contraintes qui n’ont rien à voir avec les administrations". Comment, donc, concilier les deux ? Pas de réponse. Au ministère, on préfère insister sur les avantages. "Désormais, les villes s’étendent. Avec ce nouvel horaire, la contrainte du transport ne se posera plus avec une si grande acuité. Habiter à 20 ou 30 km de la ville ne posera plus problème".

Le privé aussi…
Posé ainsi, l’horaire continu présente bien des avantages. Seul hic dans l’affaire : la mesure n’est pas généralisée. Elle n’est appliquée que dans le public. Cela risquerait de créer, du moins économiquement, une société à deux vitesses. Une première pour les administrations et une autre pour le privé. Les banques et les assurances ne sont en effet pas liées par cette nouvelle loi. Leur activité, si. Idem pour toutes les entreprises. Encore une fois, le ministère reste confiant. "Dès que la mesure sera entrée en vigueur, que le machine sera lancée, elles suivront. Par la force des choses, elles y gagneront aussi. Il faudra attendre cinq ou six mois avant que l’effet boule de neige ne se déclenche, mais tout suivra à moyen terme". Six mois d’attente donc, avant de pouvoir effectuer la moindre estimation chiffrée des effets de l’horaire continu et pour percevoir des changements dans les habitudes sociales ou socio-économiques des Marocains. Pour le moment, la seule donnée évidente reste l’économie d’énergie. Pour le reste, les sociologues auront du pain sur la planche. Et si tout va bien, c’est le gouvernement Jettou qui aura trouvé le fil conducteur pour un projet de société.

 
 
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