Monde. La France europhobe ?
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Les spectacle sont autant
esthétiques que spirituels.
La magie ne peut qu'opérer.
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Très remontés contre leurs dirigeants, méfiants à légard dune Europe "libérale" qui sest élargie un peu trop vite à leur goût, excédés par le marasme social, les Français ont dit non à la Constitution européenne.
Le chiffre tombe comme un couperet. En ce dimanche 29 mai tant attendu, on sait enfin ce que les Français ont décidé de répondre au référendum promis par le président Jacques Chirac. Cest une gifle pour tous ceux qui se sont engagés pour le "Oui". 55% des inscrits sur les listes électorales ont en effet voté contre la Constitution européenne. |
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Sur les plateaux de télévision, cest la consternation des leaders politiques. Parmi les invités abattus par la nouvelle, Dominique Strauss-Kahn, pour la gauche, et Michèle Alliot-Marie, pour la droite, ont le visage fermé, le regard sombre.
Dans les différents quartiers généraux du non, en revanche, les militants sont en liesse. Leuphorie règne du siège du Front National à celui du Parti Communiste, en passant par lespace Confluences, où se sont réunis les partisans du socialiste dissident Henri Emmanuelli. Au début, pourtant, les "emmanuellistes" nosaient croire aux prédictions des sondages. Aux alentours de 20 heures, sur fond de Zebda et de Manu Chao, des militants avouaient nerveusement : "Pour être francs, nous navons pas encore mis le champagne au frais". Deux heures plus tard, cest lexplosion de joie. à lannonce des résultats, les jeunes Parisiens hurlent et sembrassent au milieu de roses rouge sang, emblèmes du socialisme.
La réponse du premier défenseur du "oui" ne se fait pas attendre : à peine trente minutes plus tard, Jacques Chirac sadresse à ses "chers compatriotes". Un sourire plaqué sur les lèvres, son attitude est étrange et irréelle. Il précise que "la France reste dans lUnion" et que cette dernière "va continuer à fonctionner sur la base des traités actuels". Pas question pour lui de démissionner. Pas question non plus de dissoudre lAssemblée nationale. Cest son Premier ministre qui paiera les pots cassés : Jean-Pierre Raffarin, que le président na pas hésité à user jusquà la corde, commence dès le lendemain à faire ses cartons. Il sera remplacé à Matignon par Dominique De Villepin. Chirac annonce également le retour du redouté Nicolas Sarkozy au gouvernement cest dire si la situation est grave.
Un changement de gouvernement après un scrutin sur lEurope peut sembler absurde à tout observateur étranger. Cétait pourtant la seule manière de répondre à la colère des Français. Car ce vote représente bel et bien une sanction pour la droite au pouvoir et pour la classe dirigeante française. Cest le troisième revers électoral consécutif quessuie le gouvernement après son échec aux élections régionales et européennes. En y répondant tardivement de la sorte, le président court le risque de discréditer loutil-même du vote. "Ce nest pas servir linstrument du référendum que de changer de gouvernement aujourdhui", déclare pour TelQuel Florence Deloche-Gaudez, auteur de "La Constitution européenne. Que faut-il savoir ?". En agissant ainsi, Chirac encourage lamalgame quil a dénoncé tout au long de la campagne entre Europe et affaires nationales.
La campagne fut passionnée et passionnante, rythmée par des meetings réguliers et très fréquentés. Le oui, plus défensif quoffensif, a malgré tout eu de la peine à simposer face à un non actif et efficace, même si ce dernier, fragmenté, allait de lextrême gauche à lextrême droite. Le chef de létat, à son habitude, a refusé tout débat avec dautres hommes politiques. Il est entré en campagne avec une émission très critiquée où il a répondu aux questions de jeunes gens triés sur le volet. Ce que lon a retenu de ce fiasco audiovisuel, cest limage dun président abasourdi par les questions des jeunes, leur répétant la phrase fétiche de Jean-Paul II, "Nayez pas peur", sans arriver à les convaincre. Dès lors, le fossé entre les élites politiques et le peuple est devenu plus visible.
La sociologie du vote vient confirmer cette analyse : les catégories populaires se sont prononcées pour le non, les plus favorisées pour le oui. à titre dexemple, les quartiers les plus riches de la capitale ont voté à près de 80% pour la Constitution, tandis que certaines villes au taux de chômage plus élevé que la moyenne nationale ont vu le non tout rafler sur son passage. Une nouvelle dautant plus catastrophique pour les politiques que les électeurs se sont massivement déplacés pour voter.
De ce fait, le oui a pâti dune réputation darrogance dont il nest pas arrivé à se défaire. Soutenu par les deux grands partis français, lUMP et le PS, ainsi que par la majorité des médias influents du pays, le oui a été en quelque sorte victime de son succès. Le quotidien communiste LHumanité dénonce ainsi "lindécent rouleau compresseur politique et médiatique lancé par les partisans du oui". Certains "nonistes" (par opposition aux "oui-ouistes") ont réagi en conséquence : "On me demande de voter et de répondre à une simple question, mais on ne me laisse pas le choix de la réponse", sinsurge Madeleine, une Parisienne de 45 ans. "Rien que pour ça, jai voté non".
Si ce non est donc avant tout un désaveu cinglant de la classe politique française, de droite comme de gauche (qui continue de se déchirer sur cette question), il est également lourd de conséquences pour lEurope. Une Europe dont lélargissement à dix nouveaux pays a été mal accepté par les Français. Le thème du "plombier polonais" travaillant pour quelques euros et celui des délocalisations ont fait des ravages dans lopinion dun pays où le chômage reste très élevé et où le malaise social est prégnant. Vue comme une machine lourde et lointaine, lEurope est la première victime de ce vote-sanction. Les ratifications de la Constitution continueront toutefois à travers lEurope. La France est certes lun des pays fondateurs de lUnion ; son non ne doit pourtant pas marquer un coup darrêt à sa construction, pas plus que celui des Hollandais, intervenu le 1er juin. Si, en novembre 2006, plus de quatre pays sur les vingt-cinq ont dit non, il faudra alors envisager une solution de grande envergure. Affaire à suivre. |