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Administration. À l'heuredu non stop
Monde. La France europhobe ?
Fès. Musiques sacrées et pensées profondes
Rabat / Tanger. Ça jazze !Rabat / Tanger. Ça jazze !
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Administration. À l’heuredu non stop
Monde. La France europhobe ?
Fès. Musiques sacrées et pensées profondes
Rabat / Tanger. Ça jazze !

Par Youssef Aït Akdim et Hassan Hamdani

La saison des festivals
Rabat / Tanger. Ça jazze !

Omar Sosa New Quintet dans
une composition très enlevée (DR)
Tanjazz et Jazz aux Oudayas se sont tenus le week-end dernier autour d’un genre musical qui ne déplace pas les foules marocaines : le jazz. Ces deux manifestations tentent cependant de le populariser avec des recettes différentes. Et avec plus ou moins de bonheur.


Si depuis quelques années Rabat n’est plus la ville de province où rien ne se passe, c’est en grande partie grâce à des événements festifs comme Jazz au Oudayas. Il en va de même pour Tanger, bien que Tanjazz fasse office d’arbre cachant le
vide culturel dont souffre toujours la ville du détroit. Deux festivals donc autour d’un genre musical à la réputation "faussement élitiste et intellectuelle" selon Philippe Lorin, initiateur de Tanjazz. Tanger l’anarchique et Rabat la sage, deux villes antinomiques, voient se dérouler en leur sein deux manifestations aux antipodes l'une de l'autre. Pour compliquer les choses, l’identité de chaque ville influe de manière contradictoire sur l’esprit des deux festivals. Ainsi, Jazz aux Oudayas, manifestation officielle, organisée par la communauté européenne, aurait dû être la plus guindée. Elle s’est révélée être la plus populaire aussi bien par les prix pratiqués (30 dirhams pour les adultes, 10 dirhams pour les étudiants) que par le concept : les concerts étaient ouverts à tous les publics. "Il ne s’agit surtout pas de faire un festival pour les coopérants, mais de s’ouvrir au public marocain", explique Majid Bekkas, directeur artistique du festival. L’influence record cette année a cependant étonné tous les organisateurs de Jazz aux Oudayas. Les deux premiers soirs, des dizaines de spectateurs sont restés dehors faute de place. Cela étant dit, en matière de jazz, la popularité est une notion toute relative : "nous avons en moyenne à chaque édition, un public de 800 personnes par soirée. Mais cette année, nous avons eu beaucoup de jeunes. Le bouche à oreille fonctionnait pendant les concerts de la scène jeune Envol" explique Safaa Kaddioui, chargée de communication à la délégation européenne. Sur les estrades du Chellah, Mourad, membre d’Overdose un groupe de métal, est venu spécialement pour la batterie. Comme tout musicien qui se respecte, Mourad s’intéresse à la technicité de l’artiste qui transcende le style musical : "un batteur de jazz, c’est forcément un bon !" Manque de chance pour Mourad, ce lundi soir, lui et ses amis n’ont pas eu droit au solo de batteur fou tant attendu. Le duo finlandais Jussi Kannaste et Ville Herralda jouaient pépère de la contrebasse et du saxo, sans trace de boum boum percutants. Pas très concentré sur le sujet, Mourad discutait avec son voisin des avantages comparés de Deep Purple et Iron Maiden et de l’arrivée de Kreator, groupe de métal, au boulevard des jeunes musiciens cette année. "C’est du jazz pour poissons rouges, ce soir" constatait de lui-même un membre de l’organisation du festival. Du jazz expérimental, pas très accessible, il y en a toujours eu aux Oudayas. Mais la tendance est de plus en plus à la fusion pour s’ouvrir à un plus large public. Pari réussi, pour les soirées précédentes, en tout cas. "On est venu tous les soirs depuis le début. La soirée du vendredi était géniale" nuance d’ailleurs Hicham, un ami de Mourad, en perfecto de cuir, le baladeur mp3 branché depuis le début du concert du duo finlandais. Cette fameuse soirée de vendredi, qui restera dans les annales, a vu Nguyên Lê retrouver le public marocain, après une prestation en 2003 au festival gnaoua d’Essaouira. Leader de la formation "Celebrating Hendrix" dédiée au grand Jimi, son quatuor a fait vibrer le public, avec une prestation exceptionnelle de maîtrise et de décontraction, comme sur Purple Haze. Annonçant l’entrée en scène de Abdelkébir Merchane, Nguyên Lê et ses comparses laissaient place au grand maître gnaoui. Pas pour longtemps, Michel Alibo, le bassiste ne résistant pas à l’appel du Guembri, Karim Ziad revenait à la batterie, rejoint par le reste du groupe. Presque timidement, l'alchimie prenait. La reprise de Voodoo Child restera, à coup sûr, un grand moment de fusion musicale. Des jeunes rastas aux cadres BCBG, tous se sont levés. Et une piste de danse s’est spontanément créée devant la scène. Pas de débordement, seulement une haïha bien de chez nous. Le batteur Karim Ziad ne cachait pas son bonheur d’être là. En coulisse, Majid Bekkas lui donnait l’accolade. Ils avaient réussi leur pari, malgré un déménagement de dernière minute des Oudayas à Chellah afin de laisser place au dîner de gala de la Fondation Mohamed VI pour la réinsertion des détenus.
L’esprit qui guide Tanjazz se nimbe, quant à lui, de cette nostalgie surannée où Tanger, l’internationale bouillonnait d’une vie culturelle trépidante. L’ambiance est très franco-française. Avant les concerts de la Mandoubia, des déjeuners jazz sont organisés, entre autre, au bar de l’hôtel Menzah, haut lieu de la nostalgie européenne, au milieu des bruits de fourchettes. Après les concerts de la Mandoubia, des afters se tiennent dans les pubs de la ville. "Les festivaliers voulaient s’amuser après les concerts à la Mandoubia. On a donc organisé des bœufs dans plusieurs pubs de la ville" explique Philippe Lorin. Le bilan artistique est cependant mitigé. Le mélange des genres n’est pas le vecteur du festival. Philippe Lorin reproche même le caractère "ethnocentré musicalement des Marocains". Essaouira ou Jazz des Oudayas démentent chaque année cette idée. Les Marocains bougent quand on les fait bouger. Et à Tanger, c’est au petit bonheur la chance. On pouvait tout aussi bien se retrouver un samedi soir à la Mandoubia face au Sextette de Ronald Baker, Nina Von Horn et the Midnight Wolf Band, très en forme, chauffé à blanc, face à une alchimie qui prenait. Et le lendemain, au même lieu et au même endroit, mais dans une ambiance plus zen avec Sequana Swing, un quintet français en pantalons à pinces, chemises avec col à boutons et manches courtes, venus s’amuser à Tanger. Et assez bizarrement, c’est la pluie inattendue qui a rendu sympathique ce groupe. Un pianiste qui continue de jouer sous une bâche en plastique est forcément sympathique comme dirait l’autre. Tanjazz a tenté comme les Oudayas de s’ouvrir à un public plus large en programment cette année, Darga, Hoba Hoba Spirit et H.Kayne. "Une animation pour les jeunes de Tanger, qui n’ont jamais l’occasion des les voir sur scène" explique Philippe Lorin. Si l’idée était bonne, l’organisation ne le fut pas. La scène jeune Envol était excentrée au niveau de la gare de Tanger-ville coincée entre un bout de terrain vague et la chaussée, avec un panneau de La Vache qui rit, en fond de scène. Pas très heureux !

 
 
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