Boualem, fatigué de se battre contre le délire généralisé, décide d'y participer
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria boualem est retourné au bureau plein d'amertume. La seule idée que son patron ait songé à placer une annonce dans Le Matin du Sahara pour lui trouver un remplaçant l'a profondémment vexé. Pire encore, le patron en question s'est déclaré capable de payer le fameux remplacant le double de ce que touche Zakaria Boualem. Autrement dit, la Banque Nationale Marocaine Pour le Client est capable de payer 7000 dirhams par mois, plus le coût du cabinet de recrutement, sans oublier Le Matin du Sahara, pour le seul plaisir de ne plus voir la tête de Zakaria Boualem. Comment ne pas se vexer, devenir encore plus négatif ?
Zakaria Boualem a donc décidé de rencontrer son patron... pour lui demander une augmentation. Il a bâti son argumentaire sur le concept suivant : "plutôt que de recruter un nouvel employé qui fera mon boulot, et qui vous coûtera plus cher, je vous propose de le faire moi même. Mais comme je sais que vous êtes prêts à casser la tirelire pour le premier venu, merci de le faire pour moi. Quant à mon attitude négative, je vous garantis qu'elle ne sera plus qu'un mauvais souvenir. à douze mille dirhams par mois, soyez convaincu que je m'engage contractuellement à vous raconter trois blagues par jour, à applaudir aux discours débiles du président et à tout ce que vous voulez". Allez savoir pourquoi, cette démarche a reçu un acceuil mitigé auprès de sa hiérarchie. Du coup, notre homme |
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s'est braqué. Et personne n'a remarqué de différence flagrante avec son comportement habituel. Sa sur Zoulikha Boualem l'appelle alors pour lui faire part d'un problème. Je sais, il n'y a aucune espèce de transition entre Boualem qui s'est braqué et sa sur qui a un problème mais c'est comme ça, c'est la vie, il n'y a pas toujours de transition dans la vie. La sur en question, donc, est étudiante à Rabat. Depuis plusieurs années, elle est passionée de tennis. Elle souhaite s'inscrire dans un club, Ryad de son prénom, et le club refuse l'adhésion de la demoiselle. Elle appelle son grand frère à la rescousse. N'écoutant que son instinct et n'ayant rien de mieux à faire les trois heures suivantes, Zakaria Boualem prend son téléphone et appelle le club Ryad :
- Allo, bonjour, club Ryad ?
- Oui monsieur
- Voilà, je voudrais inscrire ma sur dans votre club de tennis. Elle est très forte, elle est championne de Guercif.
- Bien sûr, monsieur... euhhh.... votre sur ?
- Quoi, ma sur ?
- Disons... elle est mariée, bien sûr.
- ça te regarde ?
- Disons... on ne prend que des femmes mariées, de préférence avec des enfants, dans notre club.
- Mais c'est un club de tennis, non ? Elle veut jouer au tennis, pourquoi tu me parles de mariage ? Qu'est ce que c'est que ce délire ?
- On ne prend pas de célibataires...
Ni homme, ni femme.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est un club familial. On ne veut pas de problèmes.
- Quel type de problèmes peut poser un célibataire ?
Moi, j'ai l'impression que les célibataires n'ont justement pas de problèmes.
- Hmm... en plus, vous savez, il y a un bar dans le club.
- Et pourquoi il y a un bar, si c'est un club familial ?
- C'est comme ça qu'on finance nos activités, ça permet d'avoir des droits d'entrée raisonnables.
- Et quel est l'interêt d'avoir des cotisations raisonnables, si on ne peut pas s'inscrire ?
- Euhh, bon... c'est une décision du comité, nous refusons les célibataires.
Devant cette nouvelle manifestation de la débilité profonde de notre système de valeurs, Zakaria Boualem baisse le drapeau, se replie et tire le rideau.
Il ne comprend plus rien, tout simplement. Il est fatigué de se battre contre le délire généralisé. Il décide aussitôt d'y participer, au délire généralisé. Il appelle aussitôt sa sur :
- Allo, Zoulikha ?
- Oui, Zakaria...
- Pourquoi tu n'es pas mariée, toi d'abord ??! |