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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Chadwane Bensalmia et Rim Zaïdi
Reportage-photos : CB et RZ/TelQuel, AIC PRESS et Mohamed Reda Bahou

Reportage. Itoube !

Itoube l’Boulevard !

Merci d’exister. Merci pour la bouffée d’oxygène insufflée à des milliers de jeunes qui étouffent sous le poids d’une société allergique à l’individualité. Merci pour avoir ouvert les portes d’un espace où la jeunesse peut enfin s’exprimer, se connaître ou se retrouver. Merci de rendre justice, chaque année depuis sept ans déjà, à la véritable force vitale de ce pays dont (on a tendance à l’oublier) 70% de la population a moins de 30 ans. Dans cet espace où l’incroyable énergie brûlée pendant quatre jours n’a d’égale que la douloureuse frustration accumulée des mois durant.
Merci de donner la parole à une génération dont les mots d’ordre pour le présent et l’avenir sont liberté, respect et épanouissement. Des jeunes qui aiment leur pays et qui attendent encore le jour où il le leur rendra. Qui patientent tant bien que mal jusqu’au jour où ils pourront enfin dire à ce pays ce qu’ils disent aujourd’hui au Boulevard : Llay hefdek !


Le Boulevard des Jeunes Musiciens, festival organisé à Casablanca du 2 au 5 juin derniers, a permis, pour la 7ème fois consécutive, de révéler des jeunes talents de la nouvelle musique marocaine. Mais il a surtout permis à près de 35.000 jeunes de respirer librement, loin de tous les carcans sociaux et idéologiques. TelQuel a rencontré cette nouvelle génération dont le cri de ralliement est :


14 heures à peine sous une chaleur de plomb. Le soleil est encore accroché à son zénith et pourtant la rue qui longe le
stade du Raja noircit à vue d’œil, grouillante comme une fourmilière en mouvement. Un déferlement de silhouettes juvéniles en panoplie sombre et métallique s’agite à l’entrée du Racing universitaire casablancais (RUC) qui, depuis l’avant-veille et pour quarante-huit heures encore, accueille les après-midi du septième Boulevard des jeunes musiciens. Les arrivants s’entassent tranquillement le long des trottoirs, certains droits comme un I dans leur longue veste en cuir sombre, d’autres jouant du piercing pour patienter. De l’intérieur parviennent les échos des dernières balances – rifs de guitare furtifs et essais de voix incertains – des groupes candidats à cette journée rock metal, J3 de ce festival de plus en plus aguerri et attendu. Puis le silence. Attentivement maîtrisées par une poignée de policiers, les portes s’ouvrent finalement sur le couloir d’entrée, paré aux couleurs bleues du partenaire officiel de l’évènement. En quelques secondes, un déferlement de jeunes de quinze à vingt-cinq ans s’introduit dans l’enceinte, le peloton de tête fonçant droit vers les barrières près de la scène, la plupart s’éparpillant par grappes plus ou moins mixtes sur toute la surface du carré vert.

Notre place au soleil
"Le Boulevard, c’est notre place au soleil", lance Badr, jeune R'bati de 23 ans, dont le visage d’ange n’enlève rien à sa lucidité. L’expression fait sourire, sous cette chaleur étouffante, dont la majeure partie du public cherche instinctivement à s’abriter en allant peupler les ombres des arbres, tout autour du terrain. Mais Badr a tout dit. Sous les rayons ardents de cet après-midi de juin, cet échantillon de la jeunesse marocaine laisse exploser sa personnalité comme la plante verte son taux de chlorophylle. Et le Boulevard des jeunes musiciens de s’affirmer, plus qu’hier et sûrement moins que demain, comme LA bouffée d’oxygène annuelle et salutaire d’une génération plus que vitale pour le pays, mais toujours bridée et rabrouée par la société.
"Ici, on ne me regarde pas comme une bête de cirque. On ne critique pas ma tenue, mes tatouages ou mes piercings. On ne me juge pas. C’est cela le Boulevard. Notre grande chance d’être nous-mêmes, tout simplement" confesse Ahdelhaq du haut de ses vingt ans et de sa demi douzaine de piercings.
Itoube ! à la fois cri de guerre pacifiste et mot de passe fraternel, l’expression condense à merveille l’esprit magique du Boulevard, à la fois espace de revendication culturelle et arène joyeuse de convivialité générationnelle. Si dans les gradins s’agitent, certes, quelques trouble-fête énervés, l’ambiance est au plaisir, au carpe diem et, aussi, à l’oubli des jours moins roses. S’il donne parfois l’impression d’être le rassemblement d’une jeunesse insouciante et hédoniste, ce festival des "esprits libres" est bien davantage l’occasion d'une trêve passée avec le quotidien et un véritable affranchissement de la pesanteur sociale. Quatre jours comme suspendus dans le temps mais durant lesquels travaille, pourtant, un véritable laboratoire pour l’avenir. Un défouloir aussi, délestant toute une génération de ses frustrations ou du moins en partie.
Main dans la main, dos contre dos, bras dessus bras dessous, dansant sans relâche des heures durant ou allongés avec quiétude entre deux concerts, qu’ils soient potes de quartier depuis toujours ou qu’ils se retrouvent après une année entière, qu’ils viennent de Tanger, de Barcelone ou bien d’Oulfa, le public du Boulevard transpire un mot qui en implique bien d’autres: liberté. Ou plutôt prise de liberté. Sans conteste aucun, c’est la première parole qui leur vient aux lèvres dès lors qu’on leur demande d’exprimer ce qu’ils ressentent en ce jour. "Ici, assure Narjiss, dix-huit ans, il n’y a personne pour te dire comment parler, marcher ou t’habiller, ou encore quoi écouter ? Parce qu’on est entre nous et que l’on se respecte. Mais dans la vie, je ne me sens pas libre, surtout lorsque je compare avec ma mère, ma seule référence à vrai dire, qui avait mon âge dans les années 70. Je regrette cette époque que je n’ai pas connue".

Jeunesse cherche liberté
Pourtant, Narjiss est venue au Boulevard de Rabat, par le train, avec un groupe d’amis – quatre garçons et une autre fille – rencontrés pendant l’année sur les nombreux concerts de metal organisés par l’association Nextrock.com, pour soutenir le groupe r'bati Anaconda sur le tremplin metal. Elle porte des bracelets cloutés et des ongles noirs. "Oui je suis en fait assez libre de mes va et vient, mais il ne faut pas s’arrêter à ça. Ce n’est pas parce qu’on n'est pas reclus à la maison qu’on ne se sent pas émancipé. Il suffit que je sorte de ce stade pour ne plus me sentir libre à force de devoir encaisser le sexisme des autres. Ce qui me dégoûte le plus, c’est que ça vient de jeunes de mon âge. Même ici, parfois, certaines réflexions fusent".
Si les préjugés ont la peau dure, ils n’ont, au Boulevard, certainement pas la vie facile. à peine montées sur la scène du RUC, ce samedi après-midi, les rockeuses Mystik Moods, première formation entièrement féminine à se produire au BJM, ont bien dû encaisser quelques vannes, sifflets et autres insanités. "Mais dès que Kenza la bassiste a fait trois accords sur sa basse et gueulé un bon coup, ça les a tous calmés", remarquait, au lendemain du festival, un bénévole lui-même membre d’un groupe de metal.
"À vrai dire, je ne sais pas si je me sens plus libre, ajoute Iman, fan de rock, mais en tout cas je suis dans mon élément, avec des gens qui sont sur la même longueur d’onde et avec qui c’est facile de communiquer". Cette longueur d’onde, poursuit-elle, c’est "l’envie de s’éclater, de croquer la vie à pleines dents, ce qu’on ne peut pas faire au quotidien à cause du poids des difficultés sociales".
Tout le monde, parmi les adeptes du Boulevard ne partage pas forcément ce fardeau – quoiqu’ils soient, sans surprise, les plus nombreux. Reste un ennemi commun : le on-dit. "Ce manque de respect de la diversité est typique de la mentalité marocaine qui trouve cela trop dur d’accepter les différences des autres, que ce soit leur âge, leurs fringues ou leur façon de penser, déplore l’un des participants, avec perplexité. Si on ne me traite pas de Gaouri parce que j’ai la peau claire et que je suis allé en France, on me dit gay à cause de mes cheveux longs". Quant à son amie qui a cultivé un temps un look un peu gothique, c’est seulement en redoublant d’efforts au lycée qu’elle a pu détourner les regards obliques lancés par certains de ses profs. "Finalement, quand les autres donnent l’impression de t’accepter, c’est souvent par hypocrisie", résume Fatim-Zahra, jeune Casablancaise du quartier de la Gironde adossée au grillage du RUC avec une amie qui, à dix-huit ans, assiste à son tout premier concert dans le secret le plus total. Et ce jeune Marrakchi de relever la sauce "En réalité, on ne nous accepte même pas, mais on nous tolère parce qu’on n’a pas le choix. Je ne pense pas connaître un seul jeune de mon entourage qui n’a pas eu à s’arracher la gueule avec ses parents à son premier tatouage. Je me dis parfois que les adultes jugent encore plus que les jeunes par les apparences. Et c’est à nous qu’on reproche de s’attacher aux futilités ?"
Paranoïaques, les jeunes ? Une chose est sûre : contrairement à ce que tendent à penser les bonnes consciences effarouchées devant les adeptes de la musique metal, dont un noyau original arbore – non sans une certaine provocation – un total look gothique évoquant des pensées lugubres, la grande majorité de cette génération prône un discours constructif, une philosophie respectueuse ainsi qu’une culture de la vie. Et malgré les suées de chaud-froid qu’a senties couler le public vêtu de tee-shirts noirs lors de la soirée metal de samedi 4 juin, les invitations au suicide collectif ou autre "fuck religion" du poids lourd Kreator, bien que très folkloriques, ont suscité plus de mépris indifférent que de pseudo adhésion décérébrée. Soirée ô combien mémorable pourtant, secouée de poussées gutturales non-stop pendant une heure et demi de show en rouge et noir devant un stade au bord de la saturation...

Energie vitale
Une énergie qui en dit long sur la frustration accumulée tout au long de l’année. "Il n’y a pas, s’insurge Mehdi, toujours pas d’infrastructures pour la jeunesse qui se trouve tout simplement lâchée sauvagement dans la rue. C’est plus facile de construire sa propre scène pour jouer que d’obtenir une autorisation". Et le Boulevard de surgir comme une échappatoire salutaire. "Chez nous, poursuit-il, une journée qui commence mal, c’est quand tu n’a rien à faire. Au moins là tu sais que jusqu’à dimanche soir, tu as un truc à faire jusqu’à minuit, ça soulage, c’est déjà beaucoup". Dégoûté, Mehdi raconte comment le festival Urban Style, organisé à l’Institut français de Meknès en décembre dernier, s’est déroulé à guichets fermé avec la moitié des places vendues à plus de 250 DH au marché noir… "Le vrai problème de notre génération, assure Dalal, c’est le manque de culture. On devient de plus en plus superficiels". Enfermés dans des moules, rétorquent les autres. Conscients de ne représenter qu’un échantillon d’une génération de surcroît très hétérogène, ces "jeunes du Boulevard", lucides et réactifs, se disent totalement coupés de l’état, ne pas penser voter en 2007 et assurent ne porter d’espoirs qu’en eux-mêmes, ou dans le tissu associatif. Et tous veulent faire leurs études à l’étranger. "Par réalisme, disent-ils. Parce qu’ici, il n’y a que le café qui marche. Si tu montes pas un café, c’est une téléboutique".
Vaille que vaille, l’ambiance ici est au "nachat" et à la folie légère, fruit d’une énergie vitale bouillonnante proche de l’enivrement spirituel. Un besoin de se lâcher très remarqué par la journaliste de Tracks, l’émission culturelle d’Arte en visite spéciale pour l’occasion. Au plus près de la scène, que le spectacle soit un délire rock, une choré hip hop, un trip électro ou une transe fusion, le sol sent le foin fumé à force d’avoir été battu du pied par un public infatigable. Au cœur des gradins, quelques clans bien soudés reproduisent les joutes verbales scandées lors des matchs de foot, version Raja-Wac. Les jeunes filles, altières, arborent fièrement une indépendance encore trop éphémère. Des cris presque enfantins viennent saluer les entrées en scènes des musiciens, qu’ils soient amis du candidat ou têtes d’affiche. Une grappe de Barcelonais d’origine marocaine errent ici et là comme illuminés, sac camouflage juché sur le dos et visages peints au charbon, tout éreintés d’avoir cherché la plage pour y dormir (un peu). Entre l’attente du futur vainqueur fusion Azul, retardé parce qu’un de ses membres était retenu en examen (c’est le cas de le dire) par la police qu’il souhaite intégrer, et l’inattendu hymne national scandé a capella par les Midnight Shems ("Allah, al watan, al malik" en pleine scène underground alternative, quoi de plus intrigant…), suivi d’un "Le Sahara est marocain". Même le Makhzen aura eu sa petite place au sein de ce Boulevard à l’esprit décidément bien ouvert...
Et on se pose la question, naturellement : Où est ce que ces jeunes ont attrapé cette fièvre patriotique ? "Qui a décrété que les jeunes n’aimaient pas leur pays ? Vous savez, ceux qui quittent ou rêvent de partir, ce n’est jamais que parce qu’on leur refuse leur chance ici. Nous aimons notre pays, mais nous attendons que notre pays nous le rende. Alors entre temps, il y en a qui partent, parce qu’ils n’ont pas les moyens de patienter. Et puis ; il y a ceux qui se battent, comme les organisateurs du festival. Organiser ce festival est la plus belle preuve de patriotisme qu’ils puissent donner" martèle Rajaâ, étudiante en faculté de droit.
Au bout de quelques heures sous ce ciel, l’évidence s’impose d’elle même. Notre société a été scindée en deux. Le monde des jeunes et celui des adultes. Deux mondes qu’on a presque sciemment voulu opposer l’un à l’autre. Et des deux mondes (statistiques à l’appui ) c’est celui des jeunes qui est le plus peuplé. Nous sommes indéniablement un peuple jeune. Pourtant, tous les jours dans la rue, ou ailleurs, on ne risque pas de croiser cette faune. Cette Casablancaise de 21 ans n’avait encore jamais mis les pieds au Boulevard. Elle découvre cela en même temps qu’elle s’extasie devant une telle concentration de jeunes. "Je suis venue le premier jour et j’ai automatiquement attrapé le virus. Non pas pour la musique. Bien sûr, il y a un peu de cela, mais c’est surtout parce que c’est la première fois que je me retrouve dans un endroit entièrement dédié à nous autres, les jeunes. Un espace où on peut rencontrer du monde, échanger ou simplement s’allonger au soleil sans avoir à justifier le moindre de nos gestes".

En attendant le prochain boulevard...
"En attendant, j’ai un bac à passer la semaine prochaine. Ensuite, je vais m’inscrire à la fac pour la forme. Mais j’ai bien l’intention de me payer une année sabbatique. J’ai envie de voyager un peu, de connaître le pays, de respirer un bon coup avant de décider de mon avenir" avoue Mounir, un autre des fidèles du Boulevard. Car après cette trêve de quatre jours, la vie reprend son cours et ces jeunes leur chemin. Ce dernier soir, les dizaines de milliers de filles et de garçons s’exalteront devant la scène des "anciens". Ils chanteront avec Hoba hoba ; danseront, endiablés, devant Darga, dégusteront pour les initiés d’entre eux les rythmes savants de Dayzine. Et finalement, ils se remémoreront les succès de Raïna Raï. A la sortie du COC, un parfum d’amertume plane dans l’air. On a d’ores et déjà commencé à conjuguer au passé ses verbes et adjectifs. Mais, on aura emporté avec soi de quoi tenir pendant un an… avant le boulevard 2006. Alors itoub et à l’année prochaine...


Rap Hip Hop. Fête attitude

"Écoutez-nous, nous avons une voix et notre mot à dire". S’il y a un message commun aux groupes de rap et de hip hop, c’est bien celui-là. Là-dessus, la concurrence se fait de plus en plus rude entre les compétiteurs. C’est que la génération Boulevard a beaucoup à dire et l’exprime de mieux en mieux. On n’est donc pas étonné de voir une double nomination pour le premier prix du genre musical. Et les gagnants sont Fès city clan et K libre !!!
Fès city clan, ce sont 5 Mc, un vocaliste germanophone et une chanteuse R ‘n’B pour un rap hautement mélodique et un esprit simplement festif. C’est la recette trouvée par ce groupe fassi qui n’a rien à envier au prodigieux H kayne quant à leur tenue sur scène.
Le groupe a partagé sa première place au podium avec K libre ; des voisins meknassis qui ont d’ores et déjà trouvé écoute auprès d’une maison de disque suisse, DSNSky Record. Meknès qui s’est avérée au rythme des dernières éditions du Boulevard, être une excellente école de rap.


Rock Métal. Le rock n’est pas sexiste

Depuis deux ans, quelques filles se font remarquer dans le monde dit masculin du rock métal. Cette année, elles sont passées à l’étape supérieure. Elles ont joué la carte du rock 100 % féminin. Résultat pour le jury : difficile de trancher. Il a tout de même fallu accorder un premier prix à Anaconda. Sortis tout droit de la capitale, ces rbatis préparent leur entrée sur scène depuis près de deux ans avec un répertoire power métal… chaotique.
Le deuxième prix a été remis aux délicieuses Mystic Moods. Certains ont entendu parler d’elles avant cette édition 2005 du boulevard, d’autres les ont découvertes sur la scène, samedi 4 juin. Mais les uns et les autres ne sont pas près de les oublier. Elles sont le premier groupe de Métal féminin... et ça marche !


Fusion. La paix pour tous

"Prenons la vie avec plus de sérénité et moins de violence", la fusion a depuis longtemps éduit par son message et ses rythmes. Une chose à lui reconnaître en plus, le genre a réconcilié des milliers de jeunes avec un patrimoine musical qu’ils n’écoutaient plus. Aissaoua, Taqtouqa, Hassani : que de rythmes qu’on réapprend à apprécier… et en filigrane, une identité retrouvée.
Cette année, Casablanca et Meknès se sont partagées la première place, portées respectivement par le salam berbère (Azul) et la maison de la paix (Dar Dmana). Les derniers clament haut et fort leur tradition issaouie. Ce qui ne les empêche pas de flirter allègrement avec les rythmes latino, reggae ou funk… prometteur. Le co-finaliste Azul réunit, lui, sous son drapeau des profanes et d’autres initiés qui avaient fait connaissance avec le public sous une casquette rock ou fusion. Bercé par l’expérience musicale des uns et des autres, Azul se veut aujourd’hui la voix d’une jeunesse urbaine… qui se fera entendre.


Boulevard 2005. La vitesse supérieure

à gauche, Hicham Bahou
à droite Momo Merhari
Plus de public, plus d'artistes, plus de son… et plus de problèmes. Entre vertiges de l'adolescence et maturité de l'âge adulte, le BJM fête son septième anniversaire.


Depuis sa création il y a sept ans, le Boulevard des jeunes musiciens grandit à vue d’œil. Mais l’édition 2005 a laissé l’emprunte indélébile d’une forte poussée de croissance. Un peu comme l’adolescent posté aux portes de l’âge adulte, le festival et l’équipe qui le porte auront vécu plus d’un vertige, entre abandon hédoniste et déluré dans un trip non-stop et maturité
nécessaire face aux responsabilités nouvelles. Bref, le Boulevard cette année est bel est bien passé à la vitesse supérieure, avec un budget total atteignant probablement, selon ses organisateurs, quelque 3 millions de dirhams. Se basant sur l’apothéose du concert de Gnawa Diffusion en 2004, Hicham Bahou et Momo Merhari estiment en toute modestie que ce Boulevard a réuni au moins 30.000 personnes par soir, et entre 10 et 20.000 les après-midi. La constance de cette affluence est une première.
Et aura valu quelques flips à une équipe un peu dépassée, le premier soir, par des fans sauteurs de barrières. Ce n’est pas faute d’avoir anticipé. "On se demande si on nous reprendra à compter sur les autorités". Après avoir, pendant des mois, réclamé un total de quatre cents barrières à la Commune, l’équipe du Boulevard n’en a pas vu la moitié. Un détail ? "Tous nos problèmes sont venus de là, explique Hicham. Rien ni personne ne pouvait canaliser les entrées ou fouiller les visiteurs. On n’avait presque pas de quoi sécuriser le back stage". Pour les organisateurs, victimes de sueurs froides jusqu’à la fin de l’évènement, c’est de deux choses l’une : au pire, les forces de l’ordre ne se souciaient pas de la sécurité des gens, au "mieux", "les autorités ne nous prennent toujours pas au sérieux", fulmine Momo. En moins de deux, un bénévole avait réuni une vingtaine de videurs issus d’un club de musculation et sont arrivés en renfort une quarantaine d'agents des forces auxiliaires.
Mais avant toute chose, le Boulevard a surtout atteint une nouvelle dimension qualitative en tant que scène musicale alternative, gagnant peu à peu ses galons de rendez-vous incontournable. Par sa programmation, bien sûr, de Kreator à Raïna Raï en passant par U-Cef et Hexstatic. "On a réalisé plus d’un rêve", sourit Hicham en se souvenant de quelques gros metalleux larmoyants devant leur idole allemande, ou du jeune musicien appelé à jouer avec les mythiques Algériens. "Pour la première fois, il n’y avait pas une si grande différence, sur le plateau, entre la plupart des invités et les groupes marocains. Le niveau a vraiment beaucoup progressé". Le tout sublimé par une qualité sonore excellente, grâce au nouveau matériel rentré au Maroc ces derniers temps et, également pour la première fois, le savoir-faire de quatre ingénieurs du son venus de France et parfaitement rodés à ce genre de scène. "Cette année, on a enfin réussi à obtenir ce son alternatif actuel qui nous manquait".
Une qualité bienvenue, histoire d’assumer la notoriété galopante de l’évènement, à en juger par la présence plus marquée de la presse internationale. BBC radio pour la seconde fois, Beur FM, mais surtout l’équipe de Tracks (Arte), émission phare du monde musical, dont la journaliste Sophie Peyrard s’est dit "impressionnée par l’organisation et par la maturité des groupes" et salue l’esprit d’une équipe "qui ne cherche pas à te vendre un festival à tout prix". Ne jamais perdre de vue que l’esprit original du Boulevard reste donc le principal souci de la Boulevard Team. Pour Momo et Hicham, "c’est juste la famille qui s’agrandit".

 
 
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