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Par Khalid Tritki
Regime Foncier. État cherche partenaires
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Driss Jettou,
Premier ministre (DR)
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Les grandes institutions comme les domaines et les habous disposent de réserves foncières colossales. Elles peuvent, et elles veulent les mettre à la disposition des opérateurs. Il suffit dy mettre le prix et de sengager sur un investissement ferme.
Le Premier ministre veut sattaquer au foncier, mais il a les mains liées". Cette confidence, émanant dun proche de lentourage de Driss Jettou, résume à elle seule toute lampleur de la problématique du foncier. Des terrains, on en trouve partout diriez-vous. Certes, mais cette constatation est dépassée par la complexité du problème. Il ny a pas un seul |
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opérateur économique qui ne citera pas le problème du foncier comme un facteur de blocage de linvestissement. Dautres encore préfèrent utiliser le terme "rareté", car selon eux, les terrains destinés à la concentration industrielle sont rares. Soit. Mais deux exceptions remettent en question ce cliché très en vogue dans les discussions daffaires. Tout le monde se souvient du lancement de la stratégie touristique (10 millions de touristes à lhorizon 2010). Début 2001, au moment de lémergence de lidée, les professionnels du tourisme craignaient que le foncier ne mette à plat tous leurs efforts. à lépoque on parlait des trois F : foncier, financement, formation. Quatre ans après, le seul F qui ne bloque plus est le foncier. Pour preuve, pas moins de 2075 hectares ont été mobilisés pour la réalisation de quatre stations : Saïdia, Mogador, Lixus, Mazagan.
Deuxième exemple, et pas des moindres, le projet de laménagement de la baie du Bouregreg na pas buté sur des questions de foncier. Et pourtant, la terre en question est du ressort des Habous, lun des régimes les plus compliqués de larsenal juridique et coutumier du Maroc. Comment cela a-t-il été possible alors que les Habous ne peuvent vendre des terrains voués à une cause pieuse ? Comment le tourisme a-t-il pu trouver du foncier aussi rapidement ? La raison économique est la réponse, cest sûr, mais à elle seule ne suffit pas. Pour certaines mauvaises langues, une telle célérité a été dictée par lintervention du Palais. Le tourisme étant le projet chéri du roi et laménagement de la baie de Bouregreg est né dans lentourage du roi. Dans les deux cas, la Caisse de Dépôt et de Gestion est partie prenante, et donc la main de Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi. Il y a peut-être du vrai dans cette interprétation, mais force est de constater que ces deux opérations denvergure répondent à une logique. Khalil Dinia, directeur des Habous, explique que son ministère est prêt à sengager avec tout opérateur qui désire lancer un projet économique. Il a ses conditions cependant. "Nous pouvons mettre à la disposition du promoteur un terrain sans contrepartie financière, mais il sengage à nous compenser par des biens qui amélioreront nos recettes et nous permettront de poursuivre notre mission de solidarité", propose-t-il. En clair, il nest pas exclu de transposer le modèle du Bouregreg dans dautres projets. Sauf quil nest pas donné à tout le monde de présenter un projet de plus de 20 milliards de dirhams.
Dans le cas du tourisme, cest la Direction des domaines qui a pris en main le dossier du foncier. "Dès quil sagit de projets porteurs et surtout sûrs, nous pouvons intervenir pour régler le problème du foncier", confie Abderrahmane Chaoui Roqai, directeur des domaines. Cette entité gère le foncier qui appartient à létat. Les terrains sur lesquels sont construits des écoles, des hôpitaux ou des stades de foot viennent de la réserve des domaines. Depuis lindépendance, létat a récupéré les terrains des colons, puis au début des années 70, les domaines ont repris les terres des étrangers résidant au Maroc. Mais depuis, lexploitation de cette réserve a conduit à une saturation dans les grands centres urbains. Ce qui pousse actuellement à revoir les schémas directeurs de certains conglomérats comme Casablanca. "Ce quil faut surtout, cest mettre à la disposition des opérateurs le terrain requis et réfléchir ensuite sur le schéma directeur", confie Mouad Jamaï, directeur du Centre Régional dInvestissement de Casablanca. Sauf que le tracé urbain, à lui seul, ne résoudra pas totalement le problème. Selon le directeur des domaines, certains opérateurs nacceptent pas lidée dinvestir dans des zones aménagées. "Ce quil veulent, cest un terrain de leur choix et selon leurs prix", poursuit-il. Or, les domaines ne peuvent satisfaire cette demande. La loi leur interdit de brader la valeur du terrain et impose la valeur vénale (réelle). Ensuite, lexpérience leur a démontré que le réflexe de la spéculation prime toujours. "Au lieu de vendre à une personne avec le risque quelle spécule sur la valeur du terrain, nous préférons vendre à des aménageurs spécialisés", martèle Chaoui. Les domaines viennent en effet dacquérir un terrain à Jorf Lasfer à 13 dirhams le mètre carré. Il le vendra au même prix à la société qui le transformera en zone industrielle. Chaque année, 400 millions de dirhams sont alloués à lachat de terrains. "Nous achetons car nos réserves sont soit non mobilisables, soit frappées de contentieux", précise le directeur des domaines. Quant à la vente, les opérateurs reprochent au domaine de pénaliser linvestissement en pratiquant des prix exorbitants sur des biens qui appartiennent à létat. Faux, rétorque Chaoui. Et de conclure : "Il suffit que la loi me dise de vendre au dirham symbolique, je le ferai".
En attendant, il ny a pas que les opérateurs privés qui souffrent de la rigidité de la loi. Taoufiq Hjira, le ministre de lHabitat, a également buté sur la valeur réelle imposée par le domaine et malgré lintervention de Driss Jettou sest plié face à lintransigeance de Chaoui. Au bout de ce va-et-vient, il a obtenu des terrains Jmouâ et Guich pour construire les villes nouvelles de Tamansourt à Marrakech et Zaërs à Rabat. Mais là encore, il sagit dun gros clients, un ministère en loccurrence. Pour les autres promoteurs de moindre envergure, immobiliers, industriels et autres investisseurs en quête de terrains, il faudra attendre une réforme de la loi pour obtenir gain de cause. Mais, rien nest moins sûr. |
Guich. Le prix de la guerre
| Les terres guich, du nom arabe Aljaïch (armée), sont des terres qui appartenaient au Makhzen dont il a concédé lexploitation à des tribus guerrières. Les sultans davant le protectorat navaient pas darmée au sens moderne du terme. Ils disposaient de troupes régulières de faible effectif. Au moment dune guerre de grande envergure, ou dune portée politique très importante (guerre entre héritiers du trône par exemple), les sultans faisaient appel à des tribus alliées. Celles-ci participaient à la guerre en contrepartie dune rémunération en nature. Les guerriers disposaient de terres agricoles pour lexploitation uniquement. La propriété demeurait à létat. Ce type de terre dune superficie globale de 350.000 hectares, se situe dans les localités de Rabat, Marrakech, Meknès, Fès et Kénitra. La particularité de ces terres est quelles ne peuvent être vendues à une personne ou à une société privée. En revanche, la transmission de lexploitation par voix héréditaire est possible. Ce qui explique que les exploitants de père en fils ne disposent pas dactes dimmatriculation, des documents nécessaires pour la vente dun bien foncier ou immobilier. Cest ce que dit la loi. Dans la réalité, les choses se passent autrement. Des terres guich sont vendues par actes adoulaires. La tendance est forte dans les régions agricole rattrapées par le tracé urbain. La valeur de la terre passe de 50 dirhams le m2 à 10 fois plus. La tentation de vendre est grande dans ce cas. |
Jmouâ. La loi de la tribu
| Tenez-vous bien, les terres Jmouâ représentent plus de 12 millions d' hectares. Cest la plus forte concentration foncière dont dispose le pays. à linstar des terres guich, elles ont un statut particulier. Lorigine des Jmouâ remonte à lépoque davant lislam. Selon des universitaires, le régime des Jmouâ est à lorigine de la propriété privée au Maroc. à lorigine, la terre appartenait à une seule famille. Mais lexploitation se fait de manière collective, impliquant ainsi toute la tribu. Lévolution historique sest faite au détriment de la famille et la propriété de la terre est revenue finalement et définitivement à la tribu. Selon la définition du professeur Mohamed Assoualhi, "ces terres sont dédiées à la collectivité pour en tirer profit à travers une activité agricole ou par la location via les mandataires sous tutelle du ministère de lIntérieur". Les dahirs régissant ce type de foncier remontent à 1919 et ont étés révisés à plusieurs reprises. Pour lessentiel, ces terres ne peuvent être vendues au privé. Seul létat ou toute entité publique dotée de la personnalité morale peuvent lacheter. Le flou juridique entoure ces terres, les laissant ainsi au libre arbitre du ministère de tutelle. Selon des sources fiables, au moment fort du ministère de lIntérieur, des terres Jmouâ ont été cédé à des particuliers, surtout à des notables civils ou militaires, par lentremise de létat, afin de de sauver les apparences. Actuellement, les terres collectives sont régies sous le regard vigilant de la Direction des affaires rurales relevant du ministère de lIntérieur. Selon un opérateur agricole, le souci de cette direction est de gérer les conflits entre copropriétaires et héritiers des terres. Les tribunaux regorgent de contentieux sur les Jmouâ. |
Habous. Les terres de la solidarité
| TLe régime des habous est strictement religieux. Il repose sur le principe de la donation. Une personne destine une partie de son patrimoine à financer ou à servir une cause de solidarité. Cela peut être une terre, un immeuble ou une machine, le bien en lui-même ne compte pas, cest la qualité qui lui donne le qualificatif de bien habous. Le mot Habous vient de lacte légal qui met le bien à la disposition de laction pieuse. Il y a deux sortes sorte de habous, le privé et le public. Le habous public est constitué des terres qui ont été transmises à lautorité en charge de la solidarité religieuse (ministère des Affaires islamiques actuellement) en guise de solidarité. Il peut s'agir d'une terre pour la construction dune mosquée ou dun orphelinat ou des revenus dun commerce destinés au financement dune mosquée
Ces terres ne peuvent être vendues pour des raisons commerciales. Dans lesprit de la tutelle, il y a toujours le souhait de coller au testament du légataire. En revanche, le habous privé est une affaire compliquée. Il sagit en fait de la transmission de patrimoine qui déroge à la règle de lhéritage, mais qui demeure légale du point de vue religieux. Par exemple, une personne peut transmettre une terre à son petit fils. Dans la moudawana, cest le fils ou la fille qui hérite. Pour sauter un degré de la succession, la personne met le bien sous la tutelle des habous pour que ce dernier le transmette à son héritier testamentaire. Dans cette logique, le tuteur ne peut vendre la terre, ni même intervenir dans son exploitation. Son rôle est la sauvegarde du bien et lexécution du testament. Au lendemain du protectorat, des caïds, ayant le bras long, ont pris des terres de force et les ont mises sous le régime du habous privé. Le but était déviter que les ayants droit ne contestent larbitraire du caïd et ne demandent la saisie de la terre. Les habous ne peuvent être saisis. Mais depuis, un éminent fqih a trouvé la parade pour rendre le bien aux personnes lésées. Sous le prétexte de recenser les terres du habous privé et den déterminer lorigine, il a commencé par établir larbre généalogique des propriétaires. En remontant l'ascendance du caïd et en arrivant à un certain palier, larbre s'interrompu. Et, cest alors une autre famille qui apparaît. Du coup, il vérifie si la terre, en question, a été confisquée ou transmise légalement. Astucieux, non ? |
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