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Scandale porno d'Agadir. Sur la piste du coupable
Environnement. Tchernobyl à Zagora
Chronique. Un Marocain à Singapour
Jacques Attali. "Etre riche n'est pas un péché pour les juifs"
N° 180
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Scandale porno d’Agadir. Sur la piste du coupable
Environnement. Tchernobyl à Zagora
Chronique. Un Marocain à Singapour
Jacques Attali. "Etre riche n'est pas un péché pour les juifs"

Par Abdellatif El Azizi

Environnement. Tchernobyl à Zagora

Une mine désaffectée met en danger les populations de la région de Zagora. Des études datant de 2000 mettent en cause l’ONA. Les promesses de la holding royale de rétablir les torts sont restées lettre morte. Enquête.


"Tous mes arbres sont morts, la palmeraie tout autour agonise, j’ai perdu toutes mes bêtes en 2000 et aujourd’hui, pour boire je suis obligé d’aller chercher de l’eau à vingt kilomètres d’ici". Ce fellah qui habite à quelques vingt kilomètres d’Agdz n’a pas pu quitter la région. "Je n’ai pas les moyens de partir mais la
plupart des paysans de la région ont fui le pays" rappelle-t-il. Arbres morts, bêtes essoufflées à la limite de la syncope, étendues blanchâtres et en toile de fond derrière ce paysage apocalyptique, des montagnes de résidus de cuivre. Un décor que n’aurait pas renié Zola pour son Germinal.
La Somafer a quitté le petit village de Bleida en 1997 mais la fermeture de la mine de cuivre n’a pas mis fin au calvaire de la population. Aujourd’hui, les montagnes de résidus hautement toxiques abandonnés à l’air libre par la filiale de l’ONA polluent d’une manière directe l’eau, l’air et le sol de la région. Conséquence, le mercure, le chrome et l’arsenic ont provoqué au fil des ans la mort d’un nombre incalculable de têtes de bétail et des centaines voire des milliers d’arbres fruitiers tels que les palmiers, oliviers et autres grenadiers.
Une étude élaborée en 2000 par le secrétariat d’état chargé de l’environnement tirait déjà la sonnette d’alarme. Sur le terrain, les experts ont d’abord constaté la présence de terrils constitués de 4 millions de tonnes de déchets de sulfures de cuivre stockés à proximité de la mine.
De l’analyse des eaux usées rejetées par l’activité de la mine, il ressort que "ces eaux très acides sont rejetées sans traitement préalable dans une excavation près de l’usine".
Les conclusions du rapport du Laboratoire Public d’Essais et d’Etudes (LPEE), réalisé durant la période d’exploitation de la mine, vont encore plus loin. Elles nous apprennet que "ces eaux représentent sans aucun doute, une source importante de contamination aussi bien en surface qu'en profondeur". Les conséquences, les habitants les vivent au quotidien. "Nous avons été contraints de faire venir l’eau par camions-citernes pour éviter que les gens ne soient empoisonnés", précise aujourd’hui Kamili Mohamed, le président de la commune rurale de Bleida. Les rares paysans qui ont encore le courage de se battre pour survivre ne se font pas d’illusion. Pour eux, "non seulement la nappe phréatique profonde est en danger, mais qui plus est, les métaux toxiques dissous et emportés par le ruissellement des eaux ou des crues contaminent les kettaratz utilisées par la population pour l’irrigation".
Voilà qui met en péril la fameuse palmeraie de Zagora, grâce à laquelle vivent des milliers de familles. Selon les experts, le danger vient de toutes parts. D’abord, "les résidus concassés de minerai contiennent une quantité importante de soufre et leurs eaux de lessivage sont extrêmement toxiques". Ensuite, ces eaux polluées charrient des métaux lourds en suspension comme le plomb, le mercure et l’arsenic. Par ailleurs, le concassage du minerai produit une grande quantité de poussière. Enfin, cerise sur le gâteau, pour faire fondre le métal, il est nécessaire d’utiliser une grande quantité de combustible fossile, essentiellement du charbon. Or, le charbon dégage une grande variété de polluants atmosphériques tels que les NOx et les SOx, responsables des précipitations acides.
Outre les conséquences sur la faune et la flore étalées sur des centaines de kilomètres autour de la mine, la vapeur toxique qui se dégage de ces métaux affecte la santé des gens. Près de 80% des fumées inhalées subsistent dans les poumons où elles deviennent solubles avant d’être absorbées par les voies sanguines, ce qui entraîne, des coliques, des vomissements, des gastro-entérites, des entérites aiguës, une ulcération des gencives et toutes sortes d’allergies. L'inhalation pendant une longue période de ces résidus entraîne un empoisonnement chronique. Et la mort par "asphyxie par poussière de minerai de cuivre", explique cet infirmier qui a eu souvent à traiter de multiples cas d’eczémas sur des personnes qui se sont lavées avec l’eau de la région.
Dans ses recommandations, l’étude cible autant la Somafer que les pouvoirs publics. Elle conseille à la société "de réhabiliter le site par la décontamination des bassins" et à l’état, de "prendre ses responsabilités pour sauvegarder l’environnement et la santé des populations". En guise de réponse, la Somafer s’est contentée de commander trois mois plus tard, au cabinet de recherche Réminex une "étude de la qualité des eaux dans la région de Bleida". Si les conclusions de l’expertise ne sont pas aussi alarmistes que celle du Département de l’environnement, elles reconnaissent néanmoins que "les métaux lourds ne se régénèrent pas facilement. Et même s’ils sont bénéfiques pour les plantes, ces mêmes métaux deviennent toxiques à fortes concentrations dans les sols".
Il est même fait état, dans cette expertise, de la volonté de la Somafer d’entreprendre différentes actions pour atténuer les effets de la pollution générée par l’exploitation des mines. Au menu, "la mise en place d’un système de suivi de la qualité des eaux des puits avoisinant la mine, le nettoyage des installations industrielles, la couverture des digues, la protection des carrières, etc". Ces conclusions datent de mai 2000. Or, des puits qui vont jusqu’à 200 mètres de profondeur sont toujours béants, les eaux polluées continuent leur inexorable descente et les poussières toxiques s’évaporent tranquillement dans les airs.
Le 20 mars 2005, l’association des amis de l’environnement de Zagora a rendu public un communiqué dans lequel elle dénonce le silence des pouvoirs publics et appelle "la Somafer à dédommager les habitants de la région pour toutes les maladies et autres nuisances provoquées par l’exploitation de la mine". Quand aux mineurs de la Somafer, minés par la silicose, ils ont fait comme les éléphants qui se cachent pour mourir, ils ont quitté petit à petit, la région pour aller vivre leurs maladies ailleurs, les uns à Zagora, les autres à Ouarzazate ou d’autres encore à Agadir.

 
 
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