Zakaria Boualem a fait connaissance avec la khoroto attitude, version musicale
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem, homme de culture s'il en est, a décidé de son plein gré de se rendre au Boulevard des Jeunes Musiciens, histoire de découvrir la production nationale alternative. Et sa plus grande découverte n'a pas été artistique, mais bien sociale. Il a fait connaissance avec la khoroto attitude, dans sa version musicale. Précisons pour être clair que la catégorie de public dont il sera question dans cette chronique, (les deuxièmes classes de la khoroto connection en fait) ne représente ni les jeunes Casablancais, ni bien sûr le public du Boulevard. Mais cette catégorie existe, Zakaria Boualem l'a rencontrée, et elle mérite d'être analysée. Prenons à présent un individu représentatif de cette khoroto attitude, appelons le Hirigawi, et observons le évoluer lors d'un concert
Première information importante, le concert est gratuit. Il n'y a donc aucune raison objective de se battre à l'entrée. Pourtant, la seule idée de patienter quelques minutes avant l'ouverture des portes, sachant que la musique n'a pas commencé, plonge notre Hirigawi dans un état de rage parfaitement absurde. Hirigawi refuse de faire la queue, c'est un principe chez lui (il est plein de principes). Une fois passée la porte d'entrée, Hirigawi découvre qu'il y a une zone VIP. Elle est réservée aux musiciens, aux sponsors, aux techniciens
Bref, il faut avoir un badge. Cette idée d'être exclu d'une zone est insupportable. L'objectif de Hirigawi est donc de forcer ce |
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barrage. Pour ce faire, il y a plusieurs techniques possibles, allant de l'agression pure et simple à la fabrication de faux badges, en passant par l'exhibition d'un document quelconque, de préférence n'ayant aucun rapport avec le couscous : carte d'adhérent à la jeunesse de l'Istiqlal ou au club de boxe de Aïn Sebaâ, carte de visite d'un médecin, ticket de caisse de Marjane ou n'importe quoi d'autre. Voilà, Hirigawi est dans la zone VIP. Il est déçu, et ce pour deux raisons. La première est qu'il n'y a pas de différence majeure avec la zone ordinaire : il n'y a ni distribution de bière, ni son de meilleure qualité, ni danseuses du ventre en quantités abondantes. Hirigawi est encore plus déçu lorsqu'il découvre qu'il y a une nouvelle zone d'exclusion : la loge des musiciens. Par les mêmes stratagèmes, il parvient ensuite à s'y glisser pour consacrer toute son energie à déranger ceux qui y travaillent.
Ce n'est pas fini, il y a un nouveau challenge : monter sur scène, l'objectif suprême. Pour y faire quoi ? Rien de spécial, ou plutôt n'importe quoi. Se faire remarquer par les autres Hirigawis du public et devenir une star pendant quelques jours. C'est l'escalade du Hirigawi, dans les deux sens du terme, escalade physique, escalade en débilité.
Hirigawi se lasse rapidement, il invente de nouveaux jeux à chaque instant. Une fois qu'il a fait le tour des zones à badge, il lui faut une nouvelle activité.
L'escalade de toit, l'équilibre sur barrière, les tractions sur panneau publicitaire... étonnant, mais véridique (Hirigawi déborde d'imagination). Lorsque Hirigawi a soif, il récupère une bouteille de limonade distribuée gratuitement par un sponsor, en avale deux gorgées avant de se rendre compte qu'il y a beaucoup mieux à faire avec une bouteille. La balancer au hasard, et le plus haut possible pour faire mal à l'arrivée. Cette formidable capacité à transformer une bonne idée comme une distribution gratuite de limonade en arme offensive est une des caractéristiques les plus remarquables du Hirigawi.
Pour contenir le Hirigawi dans ses débordements, il faut des forces de sécurité, publiques ou privées. C'est là que l'affaire se complique, puisque les forces auxiliaires, pour ne citer qu'elles, comptent également de formidables Hirigawis dans leurs rangs.
C'est ainsi que pour quelques dirhams, le Hirigawi en uniforme laisse le Hirigawi civil pénétrer à peu près n'importe où, pour y faire n'importe quoi. Encore une fois, le système devient logique, cohérent et les deux côtés défendent les même valeurs.
À part ca, côté musique, c'était super ! Zakaria Boualem a bien aimé, surtout Azul. |