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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Hassan Hamdani

Festival gnaoua. Krakeb electro

Le festival d'Essaouira a franchi le cap de l'âge de raison, à savoir 7 ans. Il fête ses 8 ans. Le bambin se porte bien, merci pour lui. Couvé par Baba Azoulay, il fera d'ailleurs à nouveau risette au public du 23 au 26 juin avec les gimmicks qui ont fait son succès : la liberté, la gratuité, la fusion. Le bébé souiri risque même de charmer un nouveau public : les amateurs d'electro. Ainsi, l édition 2005 du festival s'ouvre encore davantage aux musiques du monde avec une scène animée par Cheb I Sabbah et DJ U-Cef sur la plage. Les festivaliers ne dormaient déjà pas beaucoup, avec ces afters électriques, les nuits seront encore plus courtes et le réveil du lundi encore plus
abrupt. Cheb I Sabbah, DJ californien d'origine juive et berbère né en Algérie, est un melting pot à lui tout seul. Musicien iconoclaste, il a traversé le swinging london, mai 68, Essaouira dans les années 60, avant de se perdre sur les chemins de Katmandou. Un modèle pour une génération souirie de cœur qui a mythifié cette époque de foisonnement artistique, politique et social ? La cuvée 2004 du festival gnaoui est à marquer d'une pierre blanche. Le concert des Wailers, messe profane reggae, avait cristallisé dans le public d'aficionados de Bob Marley une montagne d'émotions contradictoires : un coup je ris, un coup je pleure, une fois je me recueille, puis je m'égare hagard. Youssou N'dour saura-t-il surpasser, ou tout du moins égaler, ce moment d'anthologie lors du concert de clôture de l'édition 2005 ? That's the question. Réponse dimanche 26 sur la scène de Bab Marrakech.


Danse. La femme et la mer

La danseuse de butô, Regina Boerger est de retour à Rabat. Après avoir subjugué un public nombreux venu la suivre "hors les murs", sur la jetée de Salé, dans sa performance libre et sophistiquée à la fois, elle redonne une performance le dimanche 19 juin à la Casbah des Oudayas à 19h15. Le butô, danse des ténèbres avant-gardiste d'origine japonaise, Regina la pratique depuis 2000 dans des espaces ouverts sur des océans ou des rivières en France et au Portugal. à partir de 2005, elle entame un projet étalé sur 10 ans concentré sur le littoral africain. Au Maroc, première étape, elle s'est déjà produite à la source d'Oum er'bia puis au cap Beddouza à Safi. La performance qu'elle propose met en scène une femme frêle, absente et présente, à peine drapée d'un manteau noir, qui enjambe les pierres, rocs et autres obstacles naturels dans une descente libératoire vers l'eau, l'océan, le néant. C'est un cri, une expression du corps, qui transcende sa matérialité.


Spectacle. Nichane sans escale

La danse contemporaine est à la fête lundi 20 juin à l'IF Casa. D'abord, dès 20h30, Nichane ni rien de la compagnie Numidia. Les musiciens et danseurs mélangent avec joie leurs expériences. Fusion des musiques et des espaces pour une jeune compagnie qui entame une tournée à travers le royaume cet été. En deuxième partie, Amal Hadrami montera sur scène pour Safar… ce monde au goût de terre avec Abderrahim el Alaoui qu'elle a rencontré en marge du festival d'Essaouira. C'est l'occasion pour la chorégraphe de tisser des liens entre sa formation contemporaine et l'art populaire qu'elle étudie. Qui a dit que les voyages ne formaient pas la jeunesse ?


Rock. Enivrant Dionysos

"When I was a child, I was a Jedi" Vous connaissez le refrain. Ce morceau de Dionysos est devenu célèbre à sa sortie en 2002, consacrant la formidable jeunesse d'un groupe rescapé de la période creuse du rock français. Titre phare de leur avant-dernier album Western sous la neige, énorme succès commercial, salué unanimement par la presse musicale, Song for Jedi nous plonge dans l'univers surréaliste créé par les cinq de Valence. En rockers qui se respectent, ils donnent le meilleur d'eux-mêmes sur scène : l'Olympia, le printemps de Bourges, Le festival des vieilles charrues, et deviennent un des groupes phares des dernières années. Avant d'entamer en octobre la tournée de leur prochain album, ils s'arrêtent à Meknès pour un concert au théâtre de l'IF, mardi 28 juin à 19 h dans le cadre de Maroc'n'roll. Puis à Casa, le 30 à 20h30 dans la cour de l'école Molière.


Théâtre. Dar Lamane chez Lorca

La troupe régionale de Rabat que dirige avec maestria Mohamed Zouheir a enfin accès au théâtre Mohammed V. Le lundi 20 juin à 20h, aura donc lieu la première de Dar Lamane, adaptation qui restitue l'esprit tragique de La Maison de Bernarda Alba, texte signé par le poète et dramaturge espagnol, Federico Garcia Lorca. Cherchant à servir d'abord d'intermédiaire entre l'auteur et le public, Zouheir a pris l'habitude d'intervenir essentiellement au niveau de la transposition du texte en darija de la métropole (casablancaise) mais aussi dans la création d'une ambiance scénique qui serve le drame joué. Il a réussi le pari en adaptant Un homme est un homme de Bertold Brecht. Rééditera-t-il l'exploit avec Lorca ? Allez-y et jugez sur pièce !


Cinéma. Winnie l'ourson

En salle, actuellement, le dernier Disney. Cette fois, pas d'effets spéciaux, ni d'images de synthèse. Retour aux dessins épurés des débuts. La narration emprunte au conte, avec une morale toute trouvée mais efficace. Petit Gourou se réveille un matin au son d'un effroyable barrissement, Ses amis Winnie, Tigrou et Porcinet sont très inquiets. Conseil pris auprès de Coco Lapin, la troupe décide de partir chasser l'éfélant. Trop jeune, Petit Gourou est évincé. Il sort alors seul et traverse la forêt des rêves bleus. Là, il fera la rencontre de Lumpy, petit éfélant "mignonnesque". Les péripéties servent à tisser la trame d'un message de tolérance. Allez le voir, et ne faites pas attention au sourire narquois de la caissière si vous n'êtes pas accompagnés d'un bambin !


Expo. Ich liebe Fussball

L'Institut Goethe de Casablanca donne à voir l'exposition "Weltsprache Fussbal"l. L'expo fait le tour des instituts allemands de par le monde. En français, ça donne "La planète football". Une sélection des œuvres de photographes célèbres de l'agence Magnum, dont Abbas, Bruno Barbey et Henri Cartier-Bresson. Quand l'objectif de l'artiste rencontre l'émotion ou l'insolite, il saisit des instants qui se déposent aussitôt dans la mémoire du spectateur. On sourit, en se posant des questions, comme en passant. Des jeunes Iraniennes voilées se disputent un ballon, Marilyn en robe décoche un tir terrible du droit. à Grenade, sous occupation en 83, un homme intrépide défie un tank en dribblant, alors on en redemande. L'entrée est libre jusqu'au 26 juillet.


Littérature. Assia immortelle

L'algérienne Assia Djebar a été élue jeudi 16 juin à l’Académie française, devenant le premier écrivain d’origine maghrébine à accéder à l’immortalité littéraire, en France du moins. Cinéaste, militante de l’émancipation féministe, elle a été la première historienne à enseigner à Alger en 1962. Assia Djebar, aujourd’hui professeur de littérature française à New York, espère que cette élection facilitera, "de l'autre côté de la Méditerranée, en Algérie mais aussi au Maroc et en Tunisie, la traduction en arabe de tous les auteurs francophones, pas seulement de mes livres". L’auteure de Quatuor algérien est également pressentie pour le prix Nobel.


Concert. Jazz yiddish

Klezmer Nova est un joyeux groupe de musiciens issus du rock, du jazz, du classique et de la variété. Les huit compères dépoussièrent de manière festive le klezmer, musique traditionnelle des juifs d'Europe de l'Est, jouée par des musiciens itinérants lors de cérémonies religieuses. Le résultat de leur bidouillage est un mix groovy de sons tziganes, bulgares, russes, orientaux et hébraïques trempés dans le bain de jouvence du jazz du début du siècle. Forts de 300 concerts donnés en France et à l'étranger, ils seront le 21 juin à 20h à l'Espace Balzac de Kénitra. Le 22 juin à 20h30, cours de l'école Molière (derrière l'IFC).


Gad à la rentrée

Gad el Maleh devrait monter sur scène à Casablanca en septembre prochain avec son dernier one-man-show "L'autre, c'est moi", spectacle très physique de près de deux heures qui mêle performance sportive et séance de domptage. Difficile de mobiliser les spectateurs en septembre, sauf quand on s'appelle Gad.


Haïfa : viendra ? Viendra pas ?

La bomba libanaise devait donner un concert sponsorisé par LG en juillet dans la ville blanche, mais la wilaya n'a toujours pas donné l'autorisation au fabricant d'électroménager. Un retard dû à "la personnalité de Haïfa" précise une source proche de la wilaya. Elle n'en manque pas, c'est un fait.


L'exception US

La France, le Brésil, le Canada se félicitent de l'accord obtenu sur la Convention de l'UNESCO à propos de la diversité culturelle. Réunis le week-end dernier à Madrid, les représentants de plus de 70 pays ont approuvé le texte. Devant l'hostilité des états-Unis, le défi reste la ratification en octobre prochain.



Humeur : No comment (par Hassan Hamdani)

280 millions de dirhams de subventions pour le football national. Le gazon ne sera plus marron caca d'oie, les gradins seront classés 5 étoiles et les supporters sentiront bon l'after-shave. Hosni Benslimane pourra même s'acheter un ballon mikasa tout neuf. Voire un sourire Nike en solde. Toutefois, le téléspectateur est le grand oublié de cette pluie d'argent qui s'est abattue soudain sur le football marocain. Il reste condamné à regarder son match du dimanche, filmé par une caméra de surveillance de supermarché, esseulée et posée "wora chems". Pas un centime pour les images, rien pour les paroles. Aucun programme d'alphabétisation pour cet étrange perroquet plus communément appelé commentateur sportif. Mourad Moutawakil continuera donc de désarticuler la langue française, Lino Bacco persistera à bougonner dans sa barbe devant les borborygmes du premier. Et Choukri Alaoui restera à jamais lui-même : un gentil garçon trop enthousiaste, persuadé qu'Andy Garcia est un joueur du Barça. à cheval sur son imparfait du subjonctif, le commentateur ne crie jamais "Biiiiitt" comme le commun des supporters. Il préfère s'exclamer devant cette "réalisation de la plus belle facture qui vient ponctuer une superbe phrase footballistique écrite avec les pieds et qui a revêtu ses plus jolis atours." Qu'ouïs-je ? se demande le téléspectateur. Les footballeurs seraient-ils devenus lettrés ? Non, c'est juste papagayo qui amortit son dico.



Le livre

Lorsque des jeunes de Sidi Moumen vont s'exploser au centre ville, qui prend le relais ? Les commissaires de police. Lorsque des jeunes filles se font balafrer par des jeunes frustrés des marges urbaines, qui réagit ? Les anti-islamistes. Lorsqu'un nouveau citadin, à peine débarqué de sa campagne aride, se retrouve dans un ghetto de malfrats, qui pense à lui ? Certainement pas le ministère de l'insertion sociale, parce qu'on n'en a pas. D'où l'utilité de cet ouvrage du sociologue Yves Pedrazzini. Spécialisé en violence urbaine et en phénomènes de peur et de rejet de l'autre dans les villes du sud, son ouvrage est suffisamment étayé en chiffres et en exemples pour servir de référence.

Yves Pedrazzini. La violence des villes ; Ed. Tarik (Le livre équitable)




Agenda

Adil Imam en tournée pour Bodyguard. Casa : les 19 et 20 juin au Complexe Mohammed V. Rabat : les 24 et 25 juin au Complexe Moulay Abdallah.

La rue reprend ses droits avec la fête de la musique, mardi 21 juin. À Casa, plusieurs scènes avec Jil Jilala, Bouazzaoui, Lemchaheb, Tagada… à Rabat, les groupes Numidia, Zambra, Mahmoud and friends et Syncop animeront le CC de l'Agdal de 15h à 19h, avant de laisser la place en soirée à des formations de blues. Ne ratez pas la performance de Majid Bekkas !

Projection du film Les choristes avec Gérard Jugnot, à l'IF Rabat. Allez-y au moins pour la musique ! Deux séances : dimanche 19 juin à 17h30 et mercredi 22 à 19, salle Gérard Philipe.

L'institut français de Marrakech accueille H-Kayne. Du rythme et des textes : les Meknassis mettent le feu au théâtre de plein air jeudi 23 juin à 21h. Tarifs : 30 et 60 DH.

L'opération Allons au théâtre se poursuit : Hdit o Maghzel le 22, Al Moudakirat Achaytania les 23 et 24 et Diablogues le 25. Toutes les pièces au CC d'Anfa à 20h30. Comptez 10 à 20 DH.

Suite des pérégrinations de Xavier (L'auberge espagnole) dans le dernier film de Cédric Klapisch. Les poupées russes, actuellement au Megarama.

Spectacle pour enfants "Félix ! Viens voir ici, j'ai à t'parler…", vendredi 24 juin à 19h au chapiteau du SEL, 6 rue Moulay Bouchaïb.

Le collège Lasalle organise le 23 juin son traditionnel défilé de promo. Caftans et haute couture internationale au Hyatt à 20h. Tél : 022 27 53 20.

 
 
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