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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Étude. Quels consommateurs sommes-nous ?

Ahmed Lahlimi,
haut commissaire au plan (DR)
L’enquête du Haut commissariat au Plan sur la consommation des ménages dégage les tendances des dépenses. Les plus importantes maintiennent les produits alimentaires en pole position. à eux seuls, ils accaparent la moitié des revenus.


Le Haut commissariat au Plan rend publique sa dernière enquête sur la consommation des ménages. Elle date de 2001 et son actualisation sera finalisée début septembre. Ahmed Lahlimi, Haut commissaire au Plan, estime que l’actualisation maintiendrait les tendances de l’enquête sur la consommation. Quelques taux seront modifiés certes, mais la tendance globale
ne risque pas de bouger d’un iota. Cette enquête constitue donc une référence statistique indéniables. Ces chiffres, joints à ceux du recensement général réalisé en 2004, donneront la mesure (plus ou moins exacte) des habitudes de consommation des ménages. Lahlimi promet qu’à partir de là, des sondages périodiques permettront de suivre, annuellement, les tendances de la consommation. Mais le Haut commissaire au Plan indique d’ores et déjà que le poids de la consommation finale des ménages dans le PIB a représenté 60,4% en 2004, soit presque 3 fois les exportations et 2,4 fois les investissements. Et d’ici septembre prochain, le point de départ restera l’enquête de 2001. Que dit celle-ci ?
Le Marocain est propriétaire. En 2001, le pourcentage des ménages citadins résidant dans leur propre logement à atteint 61,5% contre 56,5%, soit une hausse de 5 points. Cela n’empêche que l’accès à l’électricité et à l’eau potable demeure une tare nationale. En milieu rural, 35,1% de la population a accès à l’électricité. Cela constitue le double par rapport à l’enquête de 1998, mais le taux de pénétration reste en dessous du seuil de développement établi par les instances internationales, surtout le Pnud. Côté eau, la tendance est encore plus faible. La moyenne nationale ne dépasse pas 52,7% en 2001. Et encore, dans le milieu rural, seul 7,8% des ménages sont connectés au réseau de distribution en eau potable. L’actualisation de l’enquête changera certainement le taux de pénétration de l’eau et de l’électricité. Depuis début 2002, le gouvernement a accéléré le programme dit Pager qui table sur l’alimentation des zones rurales avec une cadence accélérée, ce qui pousse à considérer ces taux avec circonspection.
Côté dépenses, la tendance est déclinée en panier de la ménagère et en dirhams courants. Ainsi, exprimée en dirhams courants, la dépense annuelle moyenne par personne est passée de 3.623 DH en 1985 à 7.823 DH en 1998 puis à 8.280 DH en 2001. En revanche, la dépense annuelle de consommation par ménage, relative à la période allant du premier novembre 2000 à fin octobre 2001 (la période de l’enquête de terrain), est estimée à 49.333 DH, soit 4.110 DH par mois. Et attention, en milieu urbain, la moyenne est de 4910 DH contre 2830 DH en milieu rural. Ce qui donne une dépense journalière de 137 DH en moyenne nationale. Les deux indicateurs débouchent sur le même résultat. Une famille marocaine est constituée en moyenne de 5 à 6 personnes, ce qui donne une dépenses mensuelle par tête de 690 DH. Ce montant inclut le loyer ou la traite de logement, les biens consommables et les dépenses de santé et de loisir. Mais pour mesurer la pertinence de cette appréciation, il faut ramener l’enquête à son contexte. En 2000/2001, la campagne agricole a été très moyenne, subissant les aléas climatiques. Une forte sécheresse avait frappé le pays en 2000. En revanche, l'indice du coût de la vie avait, quant à lui, évolué de 0,8% en 2001 contre 1,9% en 2000. Cette situation était due essentiellement à la diminution de 0,5% de l'indice des prix des produits alimentaires. Les chiffres du ministère des Finances de l’époque établissaient la croissance économique à plus de 3,5% du PIB hors agriculture. Les secteurs industriels et les services avaient soutenu la dépense des ménages.
Justement, pour appréhender la dépense des ménages en produits alimentaires, il faut éviter, selon les observateurs de faire une appréciation par personne. Ainsi, une dépense de 23 DH par jour n’est qu’un indicateur qui sert à des comparaisons au niveau international (dépense par habitant et par pays). L’analyse devrait se focaliser sur la dépense par ménage. La solidarité familiale et le taux de chômage conduisent vers une approche par famille et non pas par individu. Le Commissariat au Plan ne s’est pas empêché, tout de même, d’établir des comparaisons pour faire ressortir les disparités qui résultent des dépenses par personne. Ainsi, les dépenses par individu sont classées en dix rubriques selon le pouvoir d’achat. Entre la première rubrique et la dixième, l’écart est accablant. Un Marocain de la classe pauvre dépense 6 DH jour alors qu’un cadre passe en moyenne à 73 DH. Les disparités existent certes, mais la structure de la dépense est relativement similaire. En gros, l’alimentation accapare 41,3% du budget. l’habitat et l’énergie 22,1%. les transports, communication ainsi que l’hygiène et soins médicaux se situent pratiquement dans le même niveau avec plus au moins 7,5% du budget de dépenses. Malicieusement, les statisticiens du Haut commissariat au Plan établissent une comparaison selon le coefficient budgétaire alimentaire par pays. Ainsi, au Canada, le poste alimentaire n’occupe que 11% du budget contre 14,6% en France et 38% en Tunisie. Au Maroc, un pays à vocation agricole, les bourses des ménages sont lourdement plombées par les dépenses alimentaires. Habitude de consommation ou manque de corrélation entre les revenus et le niveau de vie ? Le Haut commissariat au Plan ne s’avance pas là-dessus. Il n’en demeure pas moins que la structure des dépenses alimentaires est presque inchangée depuis des décennies. Une légère baisse est cependant constatée au niveau des produits classiques. Les céréales, sucres, corps gras… passent de 39,1% en 1985 à 33,4% en 2001. Ce petit changement s’est fait au profit des protéines. Apparemment, les Marocains consomment plus de viandes et de produits laitiers. Les légumes et les fruits ont également pris du poids dans la dépense des ménages (+ 3 points).
En outre, le coefficient des autres dépenses relatives à la santé, à l’enseignement, à la culture, au transport et aux loisirs, a réalisé une progression sur 16 ans. De 18,8% en 1985, la part de ces dépenses est passée à 28% en 2001, soit une hausse de 9,2 points. Chez les ménages plus aisés, le taux passe à 36,1% alors qu’il chute à 14,6% chez les moins aisés.
Sur le plan équipement, le taux de pénétration s’améliore. La part des ménages disposant d’un appareil réfrigérant a atteint 49,5% en 2001 contre 39,3% en 1998. Concernant l’accès à certains biens de loisir, l’enquête fait ressortir la large diffusion des téléviseurs avec un taux d’équipement de 81,2%. La radio, elle, reste dominante avec 91% de taux d’équipement. Les antennes paraboliques ont pénétré 29% des ménages. Cette tendance se maintiendra pour les années qui viennent. La raison en est la force d'attraction des sociétés de crédit à la consommation.



Opinions. Les ménages craignent l’avenir

L'enquête du Haut commissariat au Plan véhicule les opinions des chefs des ménages. Ces derniers sont 47,1% à estimer que leur niveau de vie s’est détérioré, 27,4% jugent que leur condition s’est améliorée et 23,7% reconnaissent une stagnation de leur niveau de vie. Sur les possibilités de progression à l’avenir, ils sont 25,5% à craindre la cherté de la vie et son impact sur le pouvoir d’achat. 21,5% appréhendent les effets de la sécheresse, 18,7% pointent le chômage des jeunes et 12,8% les maladies et les invalidités.

 
 
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