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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"La culture, c'est la richesse du pauvre"

Antécédents
Mohamed Merhari, dit "Momo"
Co-organisateur du Boulevard
des Jeunes Musiciens
1972. Naissance à Casablanca
1994. Travaille à la Fédération des œuvres Laiques (FOL)
1999. Le premier Boulevard, alors "tremplin des jeunes musiciens", voit le jour
1999. Premier concert de rock à Casablanca
2003. Obtient son diplôme de directeur pour centre de vacances et de loisirs
2004. Naissance de sa fille, Ines
Smyet Bak ?
Lâaddi Merhari.

Smyet mok ?
Fatema Akkaoui.

Nimirou d'la carte ?
BE 612 733, elle est dans un état lamentable.

Refaites là, tant que vous êtes chez nous…
J'y penserai. Je suis allergique aux commissariats, je trouve ça sinistre. Ce sont, avec les hôpitaux, des lieux que j'évite.

Nous avons fait un tour dans votre "Boulevard", samedi. Nous avons trouvé des drogués, des homosexuels, des filles de joie. Qui vous a donné l'autorisation, avec tout ça ?
La préfecture de Hay Hassani. Mais il n'y avait pas qu'eux. Il y avait aussi du beau monde, des gens bien. C'était même la majorité. Mais bon, comme on manquait de barrières de sécurité, nous n'avons pas pu filtrer l'entrée.

Vous cultivez une image Woodstock, alors que vous êtes un père de famille tranquille. Vous avez une vie trop installée pour un agitateur, c'est louche !
Non, c'est essentiel. Tout se passe dans la tête. Je me suis marié à 30 ans, pas à 20 ans non plus. J'ai besoin de stabilité, je mets la famille (parce qu'il y a ma mère aussi) d'un côté, et tout le reste de l'autre. C'est important.

Plusieurs fois sur scène, lors de la dernière édition du boulevard, des organisateurs ont dit, en voulant calmer le public, que le Boulevard risquait d'être interdit à la première bavure. Qui risque de vous interdire ?
On vit dans un pays de réactionnaires, ils me font plus peur que les islamistes d'ailleurs. Les islamistes au moins, ils sont visibles et brassent du vent. Ils font du tapage, c'est tout. Les réactionnaires peuvent être partout, et pas forcément là où on les soupçonne. Ce sont eux le véritable danger pour ce festival. Ils oublient toute la valeur culturelle et éducative de l'événement pour s'attarder sur des considérations morales ou d'aspect vestimentaire.

Le Boulevard a le même âge que le festival d'Essaouira. Mais vous traînez toujours une image d'adolescents, ça vous passera un jour ?
Le festival d'Essaouira est l'un des rares pour lequel j'ai beaucoup d'estime au Maroc. Contrairement à Essaouira maintenant, nous n'avons pas un gros soutien officiel, nous tournons avec un petit budget. Sans les bénévoles, le Boulevard doit normalement coûter dix fois son prix.

Certains "jeunes musiciens" invités au boulevard en sont à leur deuxième album. Ils ne grandiront donc jamais ?
Si, cette année d'ailleurs, nous les avons classés "têtes d'affiches marocaines" à côté des invités étrangers. Ce sont des musiciens que nous avons accompagné et qui tiennent debout aujourd'hui. Tant mieux.

Pourquoi vous n'avez jamais fait de musique, vous ?
Par manque de temps.

Pas de talent ?
Je ne sais pas. Je joue à l'oreille et je sais que si je m'y mettais, j'y arriverais.

Il mène où, votre Boulevard ?
Je sais d'où est partie l'aventure. Maintenant, le contexte est imprévisible. J'évite les pronostics.

C'est très amateur, tout ça...
Tant mieux. Il y a du bon dans l'amateurisme aussi. C'est ce qui donne un esprit familial à cette aventure, c'est ce qui est à l'origine de tout cet engagement. L'argent va corrompre l'événement, mais on va y arriver dès l'année prochaine, peut être. Je ne suis pas dupe, mais je n'en fais pas une obsession.

Vous irez voir Adil Imam ?
Non, je suis allergique à tout ce qui vient d'Orient. En plus, les tickets sont trop chers. Mettez-moi un concert de Hendrix à 400 dirhams, je n'irai pas ! C'est une question de principe. La culture fait partie de l'éducation du peuple, c'est la richesse du pauvre. Il nous arrive, parce que l'entrée est gratuite, d'avoir des bagarreurs, parmi le public. Beaucoup d'entre eux reviennent l'année d'après pour s'éclater et écouter de la musique. Ça fait partie de l'éduction dont je vous parle, nous n'avons pas une culture du Live et du concert.

 
 
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