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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Par Mehdi Sekkouri Alaoui

Football. Sortir de la misère

(AFP)
Le football marocain s'apprête à entrer au bloc pour une longue opération chirurgicale. 15 centres de formations, 300 joueurs d'élites, 1000 terrains de proximité… L'état et la fédération en ont fait le vœu conjointement, par écrit. Il est permis d'espérer.


Cette fois-ci sera la bonne ! L’année 2005 sera vraisemblablement une année charnière pour le paysage footballistique marocain. C’est en tout cas ce que laisse espérer la signature du contrat programme entre le gouvernement, les collectivités locales et la fédération royale marocaine de football
(FRMF) avec pour objectif la mise à niveau de notre football. La rue reste cependant perplexe et désintéressée. Un scepticisme à mettre sur le dos d’années d’attente et de gestion hasardeuse. "Cela fait plus de deux décennies que l’on nous gave avec le professionnalisme, tant d’annonces, de projets…", souligne Hassan, chauffeur de taxi et fervent supporter d’un club casablancais. Il en est de même pour Brahim qui pour seul commentaire a un sourire désabusé, qui en dit long sur ce qu’il pense. Néanmoins, tous les professionnels du secteur, s’accordent à dire avec plus qu'un chouïa d’optimisme que "nous avons franchi un grand pas vers le professionnalisme". À première vue, on pourrait passer notre chemin et invoquer le divin, ce que nous savons si bien faire, pour tout ce que nous font subir nos dirigeants, nos clubs… Mais il se pourrait aussi que Hassan et Brahim aient tort. Et tant mieux ! Le gouvernement contribuera au financement du projet par une enveloppe budgétaire de 280 millions de dirhams. C’est la première fois qu'il s’engage clairement en mettant sur la table une manne financière conséquente. "Je veux insister sur le fait que l’état n’a jamais accordé des budgets aussi énormes" souligne Driss Jettou. Cette volonté d’accompagnement et d’entreprenariat est néanmoins doublée d’une certaine lucidité puisque désormais "on ne parle plus de professionnalisme mais plutôt de mise a niveau" souligne ce dirigeant. D’après de nombreux intervenants, Driss Jettou serait pour beaucoup dans ce recadrage.

Gardons les pieds sur terre
Aujourd’hui, chaque partie s’est engagée à entreprendre des actions concrètes, jalons d'une mise à niveau qui devrait aboutir au professionnalisme en 2010. Il en découle, enfin, un intérêt particulier pour la formation. La fédération promettant de construire 15 centres de formation, pour un investissement annuel de vingt millions de dirhams. Le tout pour former l’élite de demain ! Et pour cause, il s'avère que 65,2 pour cent des joueurs de l'équipe nationale viennent de centres de formation étrangers. Ces centres devraient générer près de 300 joueurs d'élite en plus des entraîneurs et des arbitres de qualité, dans le cadre d'un programme sport étude. Quand on voit le massacre provoqué par certains arbitres, on ne peut que saluer et encourager cette opération. Les clubs, eux, devront se retrousser les manches. D'une part en réformant leurs statuts, puisque l'on parle d'une adaptation progressive et au bout, d'une mutation en société sportive ou anonyme. Cela est censé révolutionner les modes de gestion qu'ils ont connus jusque-là.
D'autre part, les dirigeants devront revoir leur façon de travailler, en faisant face à des exigences très strictes notamment pour tout ce qui a trait au statut des joueurs, des entraîneurs… "Dès 2005 les clubs qui ne suivront pas se verront reléguer" nous affirme ce responsable fédéral, tout en nous confiant prudemment "qu’aujourd’hui seulement 2 ou 3 clubs répondent au cahier des charges". Va-t-on se retrouver l'année prochaine avec une poignée d'équipes en D1 ? Ce qui est sûr, c'est que cette histoire va faire beaucoup parler d'elle en début de saison. à ce sujet, la réponse du président du Chabab de Mohammédia, M. Allali est surprenante, tout en sachant que le club qu'il dirige est loin de répondre au cahier des charges. "S'il faut qu'on soit 6 équipes en D1 pourquoi pas, si ça peut faire décoller notre football".
Par ailleurs, Mohammed Aouzal, vice président de la FRMF, qui souligne que l'on va probablement se retrouver à 12 ou 14 équipes l'année prochaine, annonce qu'un système de prime sera appliqué pour rendre notre championnat plus attrayant et plus compétitif. Le champion 2005 devrait donc remporter 1,5 millions de dirhams. Des primes devraient être allouées aussi au vainqueur de la Coupe du trône, au finaliste, aux demi finalistes,…ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
On apprend par la même occasion que le Maroc devrait s'activer pour se porter candidat à l'organisation de compétitions internationales, notamment la coupe d'Afrique 2010 ainsi que la coupe Mohammed V, notre fierté d'antan. Pour ce qui est du Trophée Hassan II, il devrait avoir lieu en 2006. La France aurait confirmé et l'Italie aurait émis le souhait d'y participer.
Troisième volet mis en avant : l'infrastructure. L'état, à travers les collectivités locales, s'est engagé à développer et réhabiliter les stades déjà existants, notamment les aires de jeu, l'éclairage, l'accès au stade…avec un but précis : une certaine qualité de jeu et plus de confort pour les spectateurs. Est prévue également la construction de 16 terrains en gazon artificiel pour l'entraînement et l'achèvement d'un programme national de 1000 terrains de proximité.
On nous annonce ensuite la mise en service comme convenu des grands stades de Tanger, Marrakech et Agadir – ceux-là même promis pour la Coupe du monde 2010. à ce sujet la déclaration de Driss Jettou, qui stipule qu'au "lieu de construire de nouveaux stades, il faudrait d'abord commencer par rentabiliser et bien gérer ceux qui existent" est très pertinente, quand on sait que nos stades sont sous exploités. Quand on sait qu'à Casablanca une dizaine de stades (complexe Larbi Ben Barek, Moulay Rachid, Tessema…) sont fermés depuis belle lurette. Quoi qu'il en soit, et à en croire les apparences, la volonté étatique est pour une fois crédible. La présence des ministres de la Culture, de l'éducation, du Secrétaire d'état à la jeunesse, lors de la signature, laisse présager une plus grande coordination entre leurs ministères respectifs. à eux maintenant de nous confirmer nos impressions. Le Boulevard des Jeunes Musiciens admirablement organisé au RUC et au COC est un exemple et une voie à suivre pour une gestion adéquate et appropriée de nos infrastructures. Cela prouve que nos stades peuvent servir à beaucoup d'autres choses que taper dans un ballon.
L'état a fait le premier pas. Dirigeants des clubs et de la fédération, les projecteurs sont braqués sur vous.

 
 
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