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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem adore la coupe du monde pour la "foda" généralisée qui la caractérise

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem vous envie. Oui, parfaitement, vous qui lisez ces lignes : Zakaria Boualem vous envie. Parce qu'il est très probable qu'en ce moment même, le match Kenya Maroc soit terminé depuis belle lurette. Donc, forcément vous connaissez le résultat.
Zakaria Boualem, non. En résumé : si on gagne, on a le droit de continuer à espérer aller en Coupe du monde. Sinon, rien n'est foutu, mais c'est mal parti. On a alors le choix entre plusieurs attitudes :
1. L'hypocrisie : il n'y a pas de problème, nos frères Tunisiens vont représenter le Maghreb. C'est comme si on y allait nous-mêmes... il n'y a aucune différence. Bonne chance ! Allez la Tunisie !!
2. La déprime : dans le cas Zakaria Boualem, il est clair qu'il se jettera corps et âme dans l'attitude numéro deux, dans sa version la plus noire (la numéro 1 est impossible, il préférera toujours souhaiter bonne chance au Lesotho ou au Kazakhastan plutôt qu'à la Tunisie, ce qui est en soi une démonstration évidente de l'échec de l'Union du Maghreb Arabe).
C'est que, pour Zakaria Boualem, il est très important d'aller en Coupe du monde. Déjà, pour situer l'ampleur du problème, sachez qu'une année sans Coupe du monde constitue, pour notre héros Guercifi, une année de transition. Rien de plus. Un esprit avisé pourrait faire remarquer que cela donne trois
années de transition pour une année normale, ce qui est un peu bizarre comme conception de la vie. En effet, c'est bizarre, c'est même difficile à vivre, mais nous n'avons jamais affirmé que Zakaria Boualem avait une vie facile. Donc, il s'ennuie ferme devant les exploits d'El Guerrouj (qu'il surnomme El Ferrouj, en raison de sa grande modestie), il attend la Coupe du monde pendant quatre ans, et espère fermement que le Maroc y participera. Pourquoi est-ce si important ? Sans doute parce que, durant toute la période qui précède la fameuse compétition, Zakaria Boualem a l'impression d'exister. On parle du Maroc dans France football, dans Infosport, un peu comme quand Barthez avait craché à la face de l'arbitre El Achiri. Donc, le Maroc existe, il est important, et donc Zakaria Boualem aussi. L'esprit avisé, s'il est toujours là, pourrait nous faire remarquer que Zakaria Boualem se contente de peu. L'esprit avisé, encore une fois, aurait parfaitement raison. Une Coupe du monde avec le Maroc, donc, c'est l'assurance d'exister pendant quelques semaines, c'est également l'assurance de pouvoir suivre les matchs des Lions de l'Atlas commentés par de vrais professionnels. Un plaisir rare... Il y en a d'autres. Supposez que nous gagnions un match en Coupe du monde… Vous verriez alors déferler sur le pays une vague collective d'amour du prochain, presque un truc hippie. Moustachus, policiers, rasta, guerbouz, beznassa, gardiens de parking, chanteur syndiqués, moqqadems et Zakaria Boualem... tous unis dans une même joie sincère et fraternelle. Avec juste ce qu'il faut de bordel généralisé pour se rappeler qu'on est au Maroc et qu'au Maroc, la seule façon connue de manifester une émotion collective, c'est la "foda" généralisée. Vous pouvez vérifier : ça marche pour les enterrements, les concerts, les victoires du Raja, les défaites du Raja, etc.
Pour toutes ces raisons, et d'autres encore, Zakaria Boualem adore la Coupe du monde. Et il espère très fort qu'on va battre le Kenya, le Bostwana et enfin la Tunisie, pour aller danser l'Aâloui en Allemagne. En attendant ce jour béni, il vit dans cette horrible angoisse que seuls les vrais fans de foot connaissent.
Cet espèce de mal au ventre diffus, mélangé à de la rage de se voir réduit à un état aussi piteux. Une rage qu'il s'empresse de reporter sur les joueurs au moindre contrôle loupé, d'ailleurs. Ce n'est que le début de l'angoisse. Et je vous préviens tout de suite : ça va être comme ca jusqu'à la fin des éliminatoires...

 
 
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