Sujet
Actu Économie
Procès Yassine - Koukass. L'Etat fait la promo d'Al Adl
Chronique. Le Maroc, malade du Sahara
Lionceaux de l'Atlas. Ah, les bons petits !
Culture. Patrimoine en danger
Essaouira. Le festival, côté VIP
Portrait. Jilala for ever
Cri ! Nous sommes tous des Chinois
N° 183
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Procès Yassine - Koukass. L'Etat fait la promo d'Al Adl
Chronique. Le Maroc, malade du Sahara
Lionceaux de l’Atlas. Ah, les bons petits !
Culture. Patrimoine en danger
Essaouira. Le festival, côté VIP
Portrait. Jilala for ever
Cri ! Nous sommes tous des Chinois

Par Hassan Hamdani

Essaouira. Le festival, côté VIP

André Azoulay, le VIP number
one du festival (DR)
Les plus célèbres invités d'Essaouira font la fête à l’écart des autres festivaliers, dans des soirées sponsorisées. Les gens de pouvoir y côtoient quelques happy few et… beaucoup d’inconnus, VIPs d’un soir.


Cette nuit, la BMCE accueille la jet-set souirie pour sa désormais traditionnelle soirée au Taros, un paquebot pour croisière immobile. La terrasse fait office de pont, au soleil, on y bronze, on y danse, on y boit en payant cash. Ce soir par contre, le Taros embarque gratis les passagers munis d’une invitation. Le
contrôle à l’entrée est encore plus draconien cette année, suite à la disparition de quelques précieux sésames dans les chambres d’invités au Sofitel. Craignant qu’ils aient été scannés et reproduits, chaque invitation est palpée par les responsables du service communication de la BMCE à l’entrée. André Azoulay débarque avec une trentaine de ses invités. On n’attendait plus que lui, les portes du Taros se referment juste après son arrivée. Là haut sur le pont, la fête bat déjà son plein. André Azoulay a rejoint l’avant du bateau. Surplombant le spectacle, il fait admirer Essaouira à ses hôtes. La rambarde de la terrasse du Taros masque la foule des touristes, englués dans les embouteillages humains (450.000 festivaliers cette année). Elle écrème ainsi furtivement, avec tact, les autres. Et livre aux happy few un best of du festival sur écran géant et vivant : des vagues de cheveux s’agitant de concert. Un serveur se fraye un chemin vers le coin VIP, avec quelques coupes de champagne. André Azoulay a tombé la chemise... de banquier anglais. En gabardine de marin, casquette de pêcheur sur la tête, il est redevenu Souiri. Hassad l’imite à la perfection en couvre chef exotique et écharpe sombre. Qui dit Hassad, dit Doumou, le président de la région de Marrakech Haouz. Inséparables quand il s’agit de protocole, ils se sont bien exercés au people marrakchi. Ainsi, Doumou s’habille en fonction des circonstances. En costume et cravate noire, chemise blanche et lunettes de soleil, à un concert rock. En ensemble beige sport et mocassins, à la soirée du Taros, prêt à embarquer dans un yacht. Gentleman, il propose un siège libre à Asmaa Chaabi, maire d’Essaouira. Elle lui rend la politesse. Il n’en fait rien. Elle cède. Et s’assied. Asmaa Chaabi est fringuée comme à son habitude, entre la star de disco et la chanteuse de Gospel. à des années lumière de son père entrepreneur, bâtisseur de logements sociaux, d’hôtels et de supermarchés sans alcool. Une amie d’Asmaa lui demande où se trouve cette charmante ville d’Asilah : "Près de Tétouan ?" "Oui, c’est ça" lui répond très approximative Asmaa. Hassad est assis en face du port de pêche, bercé par la musique de la Place Moulay Hassan, sans le bruit de la cohue, entouré de femmes élégantes. Et malgré tout ça, il garde sa mine sombre: "On lui remonte le moral, il n’aime pas l’idée d’aller à Tanger", raconte une membre du fan club. Un monsieur se tient assis seul dans son coin, comme un gamin puni pour avoir volé un pot de confiture. Son costume est passé de mode, il a l’air triste, regarde par la rambarde du Taros sans rien voir. "Vous êtes qui ?" lui demande un type intrigué. "Je suis Abdellah Chakroun…". Il n’attendait que cette question. C’est l’ancien directeur de la TVM, il a un CV très long et ne demande qu’à en discourir. "L'haj noud, on s’en va" l’interrompt Amina Rachid, son épouse, venue le chercher. L’actrice est une habituée des soirées de la BMCE. L’année dernière, elle était venue en caftan et regardait offusquée une jeune femme dansant, les pieds nus et sales. Cette dernière est présente cette année aussi. Et a ôté ses sandales l’avion à peine posé à Essaouira. Elle danse comme l’année dernière, les pieds nus et sales. Amina Rachid ne s’en choque pas cette fois, assise dans l’angle mort, elle a d’autres chats à fouetter : son mari ne veut pas partir, il n’a pas fini son histoire. Debout sur le pont avant, une fille seule, le regard dans le vague, boit un jus de fruit en attendant un mec parti se chercher à boire au bar. "Vous dégagez une aura incroyable", lui dit un grand type à catogan. La fille se met à sourire. Il lui raconte un joli conte de fées : son mariage à Moulay Abdeslam, la montagne éclairée aux bougies, le rituel répété à chaque anniversaire de mariage. Il lui présente même sa femme, Kenza Melihi, la styliste. La fille sourit encore plus, elle aime bien les belles histoires d’amour. Son cavalier n’est toujours pas revenu. Il s’est fait alpaguer par un journaliste arabophone, snooké dans l’escalier et mourant d’envie de parler à quelqu’un. Saoul depuis le déjeuner offert par Castel, le journaliste a décidé de le faire profiter d’un éclair de lucidité : "T’es là ce soir. Et lundi, t’es à Casa dans le bus pour aller au boulot". Le journaliste l’a dégrisé, le mec décide de refaire un tour au bar avant de rejoindre la fille à l’aura. Une femme enfant déambule, son string en partie visible, elle ne prend plus la peine de remonter son jean taille basse : "On est à Essaouira, pas à Rabat" "Salut !" s’exclame-t-elle en revoyant un ami croisé à la soirée de l’hôtel Sofitel.
La veille, la femme enfant s’était réfugiée comme quelques autres invités dans le hall de l’hôtel. "Au bord de la piscine, c’est à vomir. Ils amoncellent des montagnes de bouffe dans leurs assiettes" se plaignait une directrice d’agence de communication. Hassad et Doumou avaient également battu retraite loin de la piscine. L’incontournable duo, assis sur les fauteuils moelleux du Sofitel, semblait attendre un groom pour porter leurs bagages. Pendant ce temps, au bord de la piscine, un type bronzé à la crinière blanche se préparait un coktail explosif : des oursins, des huîtres et du gâteau au chocolat arrosé au champagne. Toutes les tables étaient jonchées d’assiettes, restes d’un dîner de famille. Une petite fille égarée dans la cour des grands réclamait au barman deux coupes de champagne pour ses parents. Le barman était overbooké et il n’avait plus aucun verre propre : "Il reste du vin rouge ?" lui demanda un invité. "Anta maghribi ? Iwa sauvé rassek, ramène moi un verre et je te sers tout ce que tu veux", plaisante avec lui le barman.
L’ambiance est moins pique assiette au Taros. Quelques uns ont allumé des cigares, des invités s’embrassent, contents de se revoir pour la première fois depuis la soirée Caftan à Marrakech. André Azoulay, debout dans l’escalier jouxtant la scène, regarde Bakbou jouer, une femme du groupe entrer en transe, et les gens danser autour d’elle. "Il sourit beaucoup cette année, il est content là, la soirée est une réussite" explique une habituée des lieux. Dans le coin VIP, Amina Rachid n’arrive toujours pas à faire décoller son mari. Il est à nouveau seul, son interlocuteur a filé à l’anglaise. Près du bar, la comtesse aux pieds nus et sales discute avec la fille à l’aura, "là ce qu’il me faudrait, c’est un mec avec un léger strabisme de l’œil gauche". Un type rivé à son tabouret depuis le début de la soirée louche subitement. Elles éclatent de rire toutes les deux. Ce ne sera pas lui. La soirée touche à sa fin, le bar est redevenu payant. Le cash rétabli, beaucoup migrent vers d’autres soirées privées. Un cinquantenaire le déclarait la veille, allongé au soleil sur les banquettes colorées du Taros : "C’est toujours meilleur quand c’est gratuit".

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés