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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Cri ! Nous sommes tous des Chinois

Par Nadia Benkacem

Cri ! Nous sommes tous des Chinois

En Chine, la corruption est traitée comme un crime contre la société. Qu’on s’en inspire au moins pour redresser la barre économique. Que nos juges initient une vraie opération "mains propres contre argent sale".


"Les années de plomb" sont certes un terme générique, mais qui a le mérite d’aller droit au but. Car si l’extraordinaire entreprise de réconciliation des Marocains ne peut effacer ce qui a été, nous pouvons néanmoins dire qu’une certaine forme de justice est en marche et nous savons bien ce qu’il lui en coûte.
En conséquence de quoi, l’impunité dont bénéficient les criminels en col blanc qui ont, au bas mot, fait perdre au pays 20 ans de développement n’en est que plus choquante.
En Chine, le sort de ceux dont le crime économique est avéré, qu’ils soient douaniers à la frontière coréenne, gouverneurs d’une province du nord ou capitaines d’industrie bien en cour, est réglé d’une balle dans la nuque. Si ailleurs un assassin et un corrompu ont droit au même traitement, c’est que l’on considère que l’un comme l’autre causent de graves troubles à la société. Bien sûr, le Maroc n’est pas la Chine, mais à voir la morgue affichée par certains voleurs, -comment les appeler autrement- on se dit qu’il serait bon d’être Chinois. Relents fascistes qui se nichent dans les tréfonds de notre inconscient…
Notre pays a été consciencieusement pillé par nombre de ceux qui de près ou de loin ont eu une quelconque responsabilité. L’industriel qui a fait fi de toutes les lois pour satisfaire son désir d’accumulation de richesses est-il moins coupable que le fonctionnaire qui puisait directement dans les caisses publiques ? L’un n’avait que sa conscience pour garde-fou et l’autre profitait d’une absence totale ou partielle de contrôle. Résultat, nous sommes tous les jours littéralement assaillis par les survivances ô combien vigoureuses de ce système permissif que la corruption maintient sous perfusion.
L’argent qui en découle est là, visible, palpable, aisément identifiable en raison des comportements outranciers de nos fieffés corrompus. Le Maroc est jeune, les fortunes douteuses ou non le sont tout autant et elles deviennent "la valeur suprême" quand rien dans notre petite histoire n’est assez glorieux. En effet, très rares sont ceux qui pourraient se prévaloir d’une bourgeoisie véritable et séculaire pour justifier la démesure d’un patrimoine. Point chez nous de dynastie Wendel à la française ou Carnegie à la mode américaine, notre histoire tourmentée n’ayant malheureusement guère permis de révolution industrielle.
D’où l’incompréhension des citoyens devant l’inaction des services concernés et en premier lieu de nos magistrats qui seraient mieux inspirés en menant le combat de la restitution des biens et deniers de l’état plutôt qu’en se positionnant en victimes outragées de l’irrespect des médias (en passant). La difficulté réelle d’une telle entreprise ne doit pas être prétexte à son abandon pur et simple. Certes, le principe du "tous pourris" est culturellement ancré chez nous, mais la réalité des faits est forcément en deçà de notre imaginaire. En ce sens, l’affaire Slimani et Laâfora n’est là que pour faire œuvre utile et occulter un peu plus les dysfonctionnements d’un appareil d’état qui continue à tolérer et à protéger un aréopage de corrompus en tout genre. La solidarité de classe doit avoir des limites.
Et enfin, que de chemin parcouru pour notre édile casablancais, depuis le modeste deux pièces du receveur des postes de Rabat aux penthouses luxueux de Copley Place. Quelle ascension par la grâce d’un seul homme, ou devrions-nous plutôt dire d’une seule femme ? Si le miracle marocain existe c’est bel et bien là qu’il se niche.
Demander des comptes à tous les indélicats -faisons dans la mesure- n’est pas de la démagogie, mais bien le préalable à toute entreprise d’assainissement véritable des mœurs politiques et économiques de notre pays. Et ce ne sont pas les Chinois qui diront le contraire.

 
 
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