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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Mehdi Sekkouri Alaoui

La politique de "berra !"

Les 6 membres de la délégation
marocaine expulsée d'Alger (DR)
Le refoulement d’une délégation marocaine de l’aéroport d’Alger est une réaction "politico-nerveuse" qui s’ajoute à la longue série de malentendus entre le Maroc et l’Algérie. Elle intervient au moment où Laâyoune refoulait aussi des indésirables espagnols.


La délégation conduite par Reda Taoujni, président de l’association du Sahara marocain (ASM), n’est pas près d’oublier ce samedi 25 juin. En débarquant ce jour-là à l’aéroport d’Alger, les six membres de la délégation, dont trois journalistes, ont été longtemps retenus par les forces de sécurité avant d’être
reconduits, sous forte escorte militaire, vers le premier avion en partance pour Rome. Refoulés sans aucune notification officielle, après avoir été traités, dixit un membre de la délégation, "comme des terroristes potentiels". Que s’est-il passé pour que les six hommes, dont c’était la première visite en Algérie soient brusquement déclarés persona non grata ? "Nous étions venus en mission de dialogue et de paix, explique Reda Taoujni. Notre visite devait durer huit jours, avec un passage par la capitale Alger et une descente de quelques jours à Tindouf. Les membres de l’association devaient nouer des contacts avec les médias et la société civile algérienne, les journalistes (ndlr, deux représentants de l’hebdomadaire Al Bidaoui et un correspondant du quotidien Al Ahdath Al Maghribiya) devaient effectuer des reportages sur place". Taoujni et les autres devaient même commencer leur journée par une marche vers le palais présidentiel avec, au programme, une lettre à remettre à Abdelaziz Bouteflika, un sit-in en bonne et due forme et le déroulement de banderoles appelant à la libération des derniers prisonniers de guerre marocains à Tindouf. Rien de tout cela n’a été possible, alors même que les médias algériens annonçaient, sur un ton relativement neutre, la tournée de l’association marocaine. "Les autorités algériennes auraient pu nous prévenir de leur intention de nous refouler, explique Reda Taoujni. Notre visite n’était pas inopinée, elle fait suite à quatre mois de démarches et de correspondances officielles avec le ministère des Affaires étrangères algérien et les ambassades algériennes à Rabat et Madrid". Dans tous les cas, le refoulement de la délégation marocaine n’a pas ému outre mesure les médias algériens, unanimes ou presque à souligner "l’incongruité de la visite et son caractère propagandiste", suggérant que l’opération à la base ne serait qu’une "machination des services marocains". Même les autorités marocaines ont observé un black-out total sur la question. "Rendez-vous compte, observe cet autre membre de la délégation, que ni l’ambassadeur du Maroc à Alger ni son adjoint n’étaient joignables au moment où nous étions pratiquement séquestrés à l’aéroport". Le silence marocain se prête, bien entendu, à deux lectures possibles : une confirmation de la mise en quarantaine d’une association condamnée à l’exil en Espagne (l’ASM est "hébergée" à Malaga depuis les démêlés de son président avec les services de renseignement marocains)… ou une manière de mettre l’Algérie devant le fait accompli en l’obligeant, indirectement et dans la discrétion la plus totale, à expulser "une ONG et des journalistes marocains". Les deux interprétations restent possibles, même si Taoujni et les siens se défendent de rouler pour les services marocains. "Tout le monde connaît nos déboires avec les services de notre pays, notre visite en Algérie est une initiative indépendante pour dire basta aux dirigeants des deux pays". Taoujni explique que son association compte de nombreux Sahraouis dans ses rangs, "des unionistes qui reconnaissent le Polisario mais pas la RASD". L’ASM n’a d’ailleurs pas renoncé pour autant à l’idée de rendre visite aux camps de Tindouf. "Nos contacts au Polisario nous ont donné le feu vert. Alger finira bien par comprendre qu’il ne sert à rien de nous empêcher de nous rendre à Tindouf".
Ce qui est sûr, c’est que l’expulsion de la délégation de l’ASM ne rend service ni au Polisario, qui gagne l’étiquette de "marionnette sous la coupe d’Alger", ni même aux Algériens, dont les nerfs se sont brusquement emballés après avoir longtemps observé un semblant de calme olympien devant les tumultes des relations diplomatiques entre Alger et Rabat. à Rabat, justement, on se réjouit, dans les coulisses, de voir que "Alger expulse des journalistes et des militants associatifs". Bien qu’ils refusent de commenter les derniers événements, les responsables marocains suggèrent que "Tout cela correspond peut-être à la réponse algérienne après l’annulation de la tournée marocaine de Mohamed Ouyahya, qualifiée d’indésirable par Rabat". Une sorte de réponse du berger à la bergère… à Laâyoune, où on prête une oreille attentive à tous ces développements, un observateur local lie le refoulement de Taoujni et de ses amis aux expulsions, par les autorités marocaines, de trois délégations espagnoles de l’aéroport de Laâyoune, quelques jours après les affrontements qui ont embrasé la ville. "21 personnes au total ont été refoulés de Laâyoune, la plupart des médecins et des avocats accourus de Catalogne et de Las Palmas en tant qu’observateurs de la situation (manifestations, procès) dans la région". Ces personnes, d’après plusieurs sources marocaines, seraient "listées et fichées par les services marocains comme étant des lobbyistes pro RASD". Sans doute que le caractère parfois spectaculaire de ces expulsions ne cadre pas, véritablement, avec la situation sur le terrain où, nous assure-t-on, "Tous les journalistes (espagnols) dûment accrédités ont pu couvrir les événements de Laâyoune et région dans des conditions normales". Exception faite des habituelles "erreurs techniques" qui peuvent retarder la transmission, via la TVM ou 2M, des reportages réalisés par les différentes équipes de télévision espagnoles à Laâyoune.



Justice. Laâyoune juge ses enfants

"C'est calme, mais on ne sait jamais…". La phrase d’un responsable local à Laâyoune résume l’expectative dans laquelle semble se trouver la ville. L’actualité de l’heure reste le procès des "casseurs", consécutif aux troubles de l’ordre public qui ont embrasé, il y a quelques semaines, la région. Mardi, trois personnes ont été condamnées à des peines allant de 15 à 20 ans de prison. Des sanctions assez lourdes, surtout comparées aux procès d’il y a deux semaines qui ont concerné cinq personnes condamnées à des peines allant de 1 à 5 ans de prison. Le calme reste donc provisoire. Surtout que d’autres procès sont en vue. Mardi prochain, Mina Touhaïda, une activiste très connue à Laâyoune, passe en jugement. Elle risque gros puisque la police de la ville semble l’accuser d’avoir incité plusieurs jeunes à manifester contre les forces de l’ordre. D’autres jugements sont également attendus, en juillet prochain, toujours liés aux événements de Laâyoune. Le risque d’un éventuel dérapage sur la place publique est d’autant plus sérieux que personne n'a oublié qu'à la base, les émeutes de Laâyoune avaient démarré suite à la déportation de certains détenus à la prison locale vers d’autres destinations à l’intérieur du royaume.

 
 
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