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Par Abdellatif El Azizi
Conservation foncière. Les opérateurs paient la facture
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Les grèves à répétition
des agents de la Conservation
foncière ne semblent pas
perturber une administration...
placide. (AIC PRESS)
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Les grèves à répétition au sein de la Conservation foncière font des dégâts. Dossiers en suspens, procédures retardées, crédits immobilisés, perturbations réelles au niveau des transactions immobilières, la liste des griefs est longue. Enquête.
Le mercredi 5 juillet 2005 a été marqué par un énième sit-in des agents de lAgence Nationale de la Conservation Foncière et le mouvement qui dure depuis près de deux années nest pas prêt de sarrêter du moment quaucun accord na été conclu entre ladministration et les salariés. |
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Au menu des revendications, la réforme du statut de lAgence créée en 2003 qui, selon le Syndicat national de la conservation foncière, relevant de lUnion marocaine du travail (UMT), est loin de répondre aux attentes des employés. Lun des points les plus chauds nest autre que le système déquivalence des échelles et salaires entre la fonction publique et le statut de lagence qui lèse profondément les agents. Pour Benacher Tafah, secrétaire général du Syndicat national de la conservation foncière, la mouture des statuts qui vient dêtre rendue publique en avril 2005 ne reflète pas les engagements pris par la direction générale. Autre grief, la situation des 67 agents, mis à disposition de ladministration de la Conservation foncière et qui ont été sommés de regagner leur administration dorigine. Enfin, la question des contractuels que sont le directeur de lagence, Taoufiq Cherkaoui, et ses proches collaborateurs empoisonne également le climat. Sur ce point, les syndicats dénoncent des contrats dont la préparation est laissée au bon vouloir du patron de lagence et qui ne répondent à aucune condition ou autres obligations. "Considérant sa proximité avec le Palais comme une carte blanche, Cherkaoui mène dune main de fer lagence, avec larrogance des gens qui nont de compte à rendre à personne !" sindigne ce responsable.
Laggravation de la situation tombe mal en ces mois dété, qui connaissent un boom du nombre des transactions commerciales et immobilières à cause notamment dune grande affluence des Marocains résidents à létranger, réputés être de grands consommateurs de limmobilier. Si le bras de fer entre la direction de lAgence de la conservation foncière et les syndicats a fait déjà beaucoup de victimes, promoteurs immobiliers ou simples citoyens, certains promoteurs considèrent même les conséquences des grèves à répétition du personnel de la conservation foncière comme "catastrophiques". "Depuis quelques années, enregistrer quoi que ce soit dans les livres de la Conservation foncière relève de lexploit" se plaignent les opérateurs du secteur.
Les enjeux financiers des documents délivrés par cette structure sont énormes dautant plus que la Conservation foncière traite annuellement les dossiers de plus de 1,5 millions de clients à ses guichets. "Le blocage ou le retard peut entraîner des pertes en termes financiers : faute de pouvoir enregistrer des mainlevées, promoteurs et simples particuliers ne peuvent honorer leurs engagements auprès de leur banque, qui leur réclame l'hypothèque qu'ils ne peuvent produire", rappelle ce notaire casablancais. Autre exemple relevé, de nombreux citoyens, notamment pour avoir droit à un logement social, sont tenus de joindre à leur dossier un certificat négatif établi par la Conservation foncière, stipulant quil ne sont propriétaires daucun bien immobilier.
"La Conservation foncière de Casablanca trouve déjà beaucoup de difficultés à satisfaire, en période normale, toutes les demandes dans des délais raisonnables. Or pour pouvoir délivrer ce document, lagent chargé de cette besogne se doit de vérifier dans tout le fichier que le demandeur nest pas propriétaire dun autre logement, ce qui prend quand même beaucoup de temps", explique cet agent qui précise aussi quun nombre incalculable de ces demandes est enregistré quotidiennement au niveau de son service.
Autre casse-tête chinois, un opérateur qui veut lotir un terrain doit sadresser à la Conservation foncière pour constituer un dossier technique comportant pas moins dune dizaine de documents pour la plupart délivrés par ladministration de la Conservation foncière.
"Les délais relativement longs sexpliquent autant par le nombre de documents demandés que par la procédure imposée par le législateur (bornage, apurement foncier, publication, seconde publication)" rappelle ce promoteur immobilier de Marrakech.
Parce que le bureau de la Conservation foncière est également responsable de la gestion des successions immobilières liées aux héritages , les problèmes à ce niveau sont multiples et les blocages nombreux. Les dossiers concernant les indivisions et autre tracasseries liées à lhéritage sont du pain bénit pour les ripoux de la Conservation foncière qui arguent des grèves à répétition pour faire monter le taux du bakchich extorqué aux demandeurs pour activer les procédures de transfert de la propriété dun individu à ses héritiers.
Longtemps décriée, la Conservation foncière, a encore plus mauvaise presse avec ces grèves illimitées. Malgré le milliard et deux cent millions de DH engrangés par la Trésorerie nationale au titre de lannée 2 004, cette structure reste la bête noire des opérateurs immobiliers. Si lAgence rapporte des sommes considérables grâce aux droits d'immatriculation, elle na pas encore réussi à résorber lénorme retard accusé au niveau de ses métiers de base qui vont de la couverture cartographique à limmatriculation. à la lenteur des procédures, il faut ajouter le recours systématique aux tribunaux en cas de litiges qui bloquent encore plus la machine. Et en matière de corruption, de lavis de tous les usagers, la Conservation foncière est bien lotie.
Aujourdhui, lété sannonce particulièrement chaud, puisque le feuilleton des grèves qui pourrit le quotidien des usagers et autres professionnels du foncier est relancé. Le bras de fer entre la direction et les salariés semble avoir atteint son paroxysme, mais du côté de ladministration, on ne parle pas aux journalistes. "Je nai pas de commentaires à vous faire" ! Cest par cette réponse lapidaire que le secrétaire général de lagence, Mohamed Alhyane a commenté le chaos qui sévit depuis trois ans au sein de la Conservation foncière. |
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