Sujet
Actu Économie
Bilan. Les maires au Pouvoir
Akram Belkaïd. "Les Algériens ignorent le Polisario"
Politique. Le PJD fait du marketing
Histoire. Les huiles malsaines de Meknès
Diaspora. Ces écrivains marocains qu'on connaît mal
Cinéma. Cinéma. Tu seras vidéaste, mon fils
N° 184
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"J'ai milité dans le couloir de la mort"

Antécédents
Hakimi Belqacem
Ancien de la Chabiba islamique,
condamné à mort puis gracié
1964. Naissance à Oujda
1981. Rejoint la Chabiba Islamia
1985. Condamné à mort pour "atteinte à la sûreté de l’état"
1994. Peine commuée en condamnation à perpétuité
2004. Bénéficie de la grâce royale
2005. Quitte l’IER après une année et l'attaque en justice "pour recouvrer ses droits"
Smyet Bak ?
Moussa Ben Abdelkader.

Smyet mok ?
Fatna Bent L’kbir.

Nimirou d’la carte ?
Je ne m’en rappelle pas, attendez, je vais voir. F 296 034.

Je vois que la fonction est "cadre administratif". Où ça ?
à l’IER, quand j’y étais. Maintenant, je suis "bidoune" (sans), comme on dit.

Je vous trouve plutôt cool, pour un islamiste…
Je ne suis plus islamiste. Et même pendant mon passage à la Chabiba, il n'y avait que le côté révolutionnaire qui me séduisait. J’étais un islamiste qui posait trop de questions, qui voulait comprendre des choses, alors que les islamistes n’ont que des réponses simplistes.

Ce qui ne vous a pas empêché de porter les armes jusqu’à votre arrestation...
J’avais ma position contre le système et je ne me retrouvai dans aucune force politique d’opposition, pas même la gauche radicale. à l’époque, seule la Chabiba islamia optait pour la lutte armée comme moyen de changement. Mis à part ce côté révolutionnaire, j’avais, dès le départ, des divergences idéologiques avec les leaders de la Chabiba.

Puis la prison vous a ramené à la raison ?
Je ne sais pas quand j’ai été le plus raisonnable, aujourd’hui ou en 85. Un détenu politique est toujours dans une logique de confrontation avec le système. Mais une fois en prison, j’ai découvert que j’avais besoin des partis et des associations que je considérais comme des marionnettes avant mon arrestation. J’ai découvert qu’il y avait de vrais militants.

Aujourd’hui, vous concevez votre vie comme un bonus, vous qui avez été condamné à mort ?
Comme tous les Marocains. Vous savez, il y a une image qui résume les peines du petit peuple. Un bus qui passe, c’est comme une vie qui défile. Des visages hagards et tristes, qui ne savent pas d’où ils viennent ni où ils vont. C’est tout le désespoir.

Je croyais vous trouver heureux de revenir à la vie...
C’est le cas, mais aujourd’hui, j'ai la nostalgie du temps que j’ai passé à militer pour ma libération. Dans le couloir de la mort, j’ai connu le vrai militantisme. Il y avait de l’espoir et de la vie.

L’IER vous a cassé à ce point ?
Elle a achevé le bonus dont vous parliez tout à l’heure. Beaucoup de militants ont cru à ce projet pour tourner la page et donner un autre visage au Maroc. Le problème, c’est qu’on était réduits à être des fonctionnaires. J’atteste que le Makhzen n’intervient pas dans le travail quotidien de l’Instance, mais ses décisions arbitraires et improvisées ont sapé notre travail sur le terrain.

Et c’est en tant que militant que vous poursuivez l’IER en justice aujourd’hui ?
Vous n’avez pas tout à fait tort. Mais je déclare que je ne toucherai pas un dirham des indemnités qui pourraient m’être versées. Je donne tout à un centre d’orphelins. Le procès, c’est pour attirer l’attention sur le fait que l’Instance qui était censée rétablir le droit, a violé celui de ses collaborateurs et qu’elle prend un virage dangereux.

Dans votre vie, vous avez mené deux combats (Chabiba et IER), les deux vous ont déçu. C’est toujours la faute à l’autre ?
Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est qu’il y a en moi, comme dans tout un chacun, une part de bien que je veux sauvegarder. Les vrais militants sont peut-être condamnés au second rang. Je suis déçu à un point presque de non retour. Si je ne refusais pas l’idée par principe, je serais déjà parti du Maroc.

En Libye par exemple ?
Jamais de la vie.

Si vous êtes à ce point amer, pourquoi avez-vous attendu le non renouvellement de votre contrat avec l’IER pour partir ?
Parce que je respecte Benzekri, et qu'à chaque fois, un de ses proches m’en dissuadait. En 19 ans chez le Makhzen, ma dignité n’a pas été bafouée comme elle l'a été une année à l’IER.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés