Bilan. Les maires au Pouvoir
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Message (subtil) du bandeau
de Nadia Yassine :
"l'Etat m'empêche de parler"
(DB / Telquel)
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À leur élection, ils avaient pour mission de gérer les affaires économiques de la ville, laissant les préoccupations politiques aux walis. Dans les faits, lincompatibilité des caractères et la sensibilité partisane peuvent plomber le bon fonctionnement du duo maire-wali. Revue de détail.
Omar Jazouli. Un bon exécutant
Il a finalement trouvé une idée à défendre : "éviter de faire de sa ville une destination de tourisme de masse" et surtout pas |
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"un fief de pédophiles et dhomosexuels". Du reste, monsieur le maire narrive pas à se rendre plus visible devant un wali inlassablement sous les projecteurs. "Il faut le reconnaître, tout ce qui a évolué à Marrakech est luvre de Mohamed Hassad" affirme ce responsable communal. Laménagement de Jamaâ El Fna, le projet Harbil, lamélioration des infrastructures touristiques et de transport, la propreté de la ville
autant de chantiers réussis ou enclenchés que lon met à lactif de Mohamed Hassad. Et au maire, on se plaît à attribuer le titre de "bon exécutant". La nomination de Mounir Chraïbi pour succéder à Hassad ne lui rendra pas la vie plus facile : "Soyons réalistes. à Marrakech, celui qui compte et qui comptera toujours, cest le wali. Cela ne risque pas de changer avec Chraïbi, bien au contraire". Moralité, Omar Jazouli semble indéfiniment condamné à jouer les remplaçants. Et puis, plane encore au dessus de lui lombre dune certaine affaire dutilisation de moyens de la commune à des fins électorales en 2003. Blanchi par la justice certes, mais le coup a suffi pour écorcher son image. Il aurait besoin d'un grand projet, mais limagination lui fait défaut, dit-on sans vergogne dans son entourage.
Mohamed Sajid. Carte blanche
La guerre de laffichage public et des terrasses de cafés a trouvé un nouveau preneur en la personne du maire casablancais, après avoir provoqué mille et une colère de lex-wali, Driss Benhima. Le tour de Sajid viendra, assure-t-on. Une manifestation de restaurateurs et exploitants de cafés est attendue depuis quelques semaines déjà, mais le maire ne sen angoisse pas outre mesure, si lon en croit ses équipes. On lui reconnaît aussi davoir débloqué quelques initiatives qui piétinaient jusque-là, dont le festival de Casablanca. La transformation des abattoirs serait également à lordre du jour
"Il a lefficacité de Benhima et la discrétion qui manquait à ce dernier", reconnaît un haut responsable de la ville. Lhomme a plus de sympathisants que de critiques au sein des services communaux. De tout le staff des maires, il semble être le seul à avoir lautonomie dun wali et à agir en tant que tel. Officieusement, le pouvoir central lui a donné carte blanche. Une marque de confiance dont il use savamment.
Omar Bahraoui et Driss Sentissi. Le poids des querelles
Le maire de Rabat, Omar Bahraoui, a élargi quelques chaussées, assuré une meilleure gestion des ordures et éclairé des trottoirs, notamment à Youssoufia. Sans plus. La liste de ses exploits est tristement courte. Et pour cause, explique ce fonctionnaire de la wilaya, "Ce nest pas un maire qui décidera de lavenir de la capitale !". Lalibi nest pas sans fondement. Mais ce nest pas sa seule excuse. Des couloirs de la mairie parvient un autre son de cloche : une guerre froide avec le wali, Hassan El Amrani. Et une autre avec le maire de Salé, Driss Sentissi. Lun et lautre sont parties prenantes dans le chantier phare des deux villes, le projet Bouregreg, centralisé au Palais. Et les deux maires ont des intérêts immobiliers personnels sur les périphéries de l'oued. Ajoutez à cela un litige autour de la nouvelle charte communale. Cest en effet au lendemain de son application que le malaise a pris forme. Bahraoui avait refusé de céder le local de la commune de Youssoufia où devait siéger la commune de Souissi (dont le président est Faouzi Chaâbi), tournant ainsi le dos aux injonctions du wali. Depuis, la tension ne sest pas apaisée. Quant à Sentissi, le tableau de ses réalisations est toujours vierge. Si ce nest un vague fantasme "faire de Salé une destination touristique par excellence ".
Aboubakr Belkora. Fort de son équipe
Des infrastructures obsolètes, la criminalité et le chômage en hausse et les restes dune ville gérée comme une propriété familiale par ses prédécesseurs, les frères Tahiri. Cest ce dont a hérité le barbu modéré de Meknès. Entre temps, alors quon lui reprochait une totale ignorance en matière de gestion communale, il trouve le moyen de gagner quelques galons, chiffres à lappui. Le secteur de limmobilier en croissance avec une hausse de 350% du rythme des constructions. Et le dossier des transports publics, à lordre du jour depuis le début de son mandat, voit finalement le bout du tunnel. Malgré la lourde ardoise de lancienne régie, 17 sociétés ont en effet répondu à lappel doffres sur la concession. Un tourisme des riads en perspective "sans commettre lerreur de Marrakech" (entendez le libertinage autorisé), Belkora ne sen sort pas mal, fort dune équipe de conseillers et de techniciens du PJD. Mais son quart dheure de gloire nest pas encore arrivé. Il sonnera avec le projet "Meknès, la première ville sans bidonville" prévu fin 2005. Tenu, ce pari serait sa plus belle victoire. Celle du PJD aussi.
Tout nest pas rose, pourtant. Le maire doit faire face, depuis des mois, à une société civile remontée contre lui. Une affaire met en cause le projet de Riad Park, un espace commercial que le groupe Chaâbi avait soumis à autorisation. Le projet est bloqué depuis que les commerçants de la médina se sont regroupés et ont décidé de sy opposer coûte que coûte ! Son entourage appréhenderait aussi larrivée dun wali comme Hassan Aourid, qui na pas la réputation de porter les islamistes dans son cur. "Cela va équilibrer les choses. Belkora commençait à faire trop dombre au wali, après avoir été son protégé".
Hamid Chabat, Dahman Derham et Asma Chaâbi. Des maires sans éclat
Respectivement maires de Fès, Tanger et Essaouira, les trois ont hérité de cas particuliers. Et leur tableau de chasse ne les grandit pas ennoblis outre mesure. A Fès, Hamid Chabat a du mal à imaginer une solution salvatrice pour sortir la ville de son agonie. En effet, mis à part le long travail sécuritaire, qui est dailleurs plus luvre de la préfecture de police que de la mairie ou de la wilaya, Fès attend toujours que son maire sen occupe sérieusement. Pendant ce temps-là, ce dernier, à linstar de son homologue rbati, se lance dans une guéguerre post-charte communale contre le wali. Chabat remet en question le double contrôle auquel il est soumis, dun côté par la Cour des comptes et de lautre par le wali. Dans les faits, cette double contrainte le place éternellement sous tutelle.
Du côté de Tanger, Dahmane Derham, a réussi à se mettre sur le dos tous les opérateurs touristiques de la ville qui attendent encore "une politique réelle et efficace pour lutter contre linsécurité et linsalubrité". Vient ensuite la liste des récriminations. La plus explosive concerne le projet du port de Tanger, promis au statut de port de plaisance, mais demeurant une "idée fantasmagorique". Résultat, cest à peine si les Tangérois nont pas sauté de joie en voyant atterrir Mohamed Hassad. Appelé à constituer un duo de technocrates bénis avec le directeur de lAgence du Nord, Driss Benhima, il nest pas exclu quil rende le maire encore plus invisible.
En définitive, seule Asma Chaâbi, maire bohème dEssaouira, peut afficher une certaine sérénité. La ville a peu ou pas de grands maux à gérer. Et sa "marraine" sen sort plutôt bien. Une ville plus propre, un immobilier en expansion le groupe de son père a lancé un énorme projet de logement économique et un tourisme en hausse
Super maire ou ville plutôt exemplaire ? |