Nous sommes arrivés à un point où ce qui marche constitue l'exception
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Un lecteur particulièrement affûté et originaire de Meknès nous a fait part de la remarque suivante : "Monsieur, vous avez écrit la semaine dernière : Zakaria Boualem s'est abonné à l'ADSL et il est aussitôt devenu un citoyen du monde".
Je m'insurge contre les libertés que vous prenez avec la vraissemblance dans ce récit. Il est absolument impossible que Zakaria Boualem soit devenu un citoyen du monde aussi facilement. Il aurait fallu écrire : Zakaria Boualem a souscrit à un abonnement Internet, il n'a rien vu venir pendant quarante jours et quarante nuits, alors que son chèque à été débité, il a relancé à maintes reprises l'agence qui l'a démarché, il a couru après un interlocuteur compétent pendant des heures, pendu au téléphone, il a menacé, il a déprimé, il a supplié, gémi. Puis il a été connecté à l'ADSL et il est devenu un citoyen du monde".
évidemment, ce lecteur particulièrement affûté et originaire de Meknès a tout à fait raison. Si j'ai omis de citer l'ensemble des désagréments précédents, c'est un peu parce qu'il vont de soi, tout simplement.
Autrement dit, ces détails n'apportent rien au récit, ils ne suprennent personne, et surtout ne changent rien à la réalité. Nous sommes arrivés à un point où ce qui marche bien est l'exception alors que tout le reste, c'est à dire ce qui ne marche pas, ce qui marche presque, ce qui marche lentement, ce qui a failli marcher et ce qui marche en retard constitue la règle. C'est |
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déprimant, mais c'est comme ça.
Mais il y a encore plus déprimant. Il s'agit d'une dépêche de l'agence Reuters, que Zakaria Boualem vous livre telle qu'il l'a lue lui même : "Le projectile de 350 kg largué samedi soir par la sonde de la Nasa "Deep Impact" est entré en collision comme prévu avec la comète Tempel 1, lundi à 05h52 GMT (7h52, heure de Paris). Une photo de la collision, prise par une caméra embarquée à bord de Deep Impact, à 500 km de la comète, montre un jaillissement particulièrement brillant de matériaux surgis des entrailles de la comète, qui a la forme d'un cornichon et la taille de Manhattan. Le projectile, à bord duquel étaient embarquées des caméras, a foncé à la vitesse de 37.100 km/h en direction de la comète, à 134 millions de kilomètres de la Terre, et a retransmis des photos de Tempel 1 et de sa surface rocheuse jusqu'à 3,7 secondes avant l'impact."
Cette accumulation de chiffres, cette orgie de détails scientifiques, ce délire de précision paranoïaque a eu pour effet immédiat de plonger notre héros dans un tel état d'hébétude qu'il a falli oublier de mâcher sa harcha. Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment est-il possible que la même planète abrite à la fois des scientifiques qui envoient à 37.100 kilomètres/heure un projectile qui touche son objectif à 134 millions de kilomètres et d'autres qui considèrent comme une réalisation majeure la construction d'un simple tronçon d'autoroute (Tanger-Asilah) qui attendait au soleil depuis dix ans qu'on veuille bien s'occuper de lui...
Pourtant, d'après notre histoire officielle, il paraît qu'il fut un temps où les astronomes arabes régnaient en maîtres sur la communauté scientifique mondiale. Les Américains, à l'époque, n'existaient même pas... c'est dire s'ils étaient en retard. Zakaria Boualem s'estime en droit d'exiger une explication officielle. Il profite donc de cette page pour poser la question : "Je soussigné, Zakaria Boualem, déclare avoir suivi un cursus scolaire dispensé par l'école publique nationale. Au cours dudit cursus, il m'a été enseigné qu'il y a longtemps, les Arabes avaient les savants les plus brillants. Or il est clair, à la lecture de la dépêche ci-jointe, que nous sommes aujourdhui complètement ridicules. Par ailleurs, je porte à votre connaissance qu'au cours de mon cursus scolaire, on ne m'a jamais expliqué pourquoi nous sommes devenus ridicules. D'où les deux questions que je m'estime en droit de poser, grâce au nouveau concept de l'autorité et des droits de l'homme :
1. Que s'est-il passé ? Quand et pourquoi sommes-nous devenus ridicules ? Qui sont les responsables ?
2. Pourquoi ne nous l'a-t-on pas expliqué plus tôt, dans les cours d'histoire ?
Oua choukrane... |