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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Hassan Hamdani

Théâtre. Des planches de fortune

(DR)
Casablanca 14 juillet. Au complexe culturel Moulay Rachid (et au complexe Mohamed Zefzaf), depuis trois jours, des profanes en théâtre, bénéficiaires de microcrédit de la fondation Zakoura, défilent sur les planches. Des hommes, des femmes, jeunes et moins jeunes, mais surtout tous étrangers au langage théâtral. Jusqu’à il y a peu, la grande majorité d’entre-eux n’avaient jamais mis les pieds dans une salle de théâtre. Ils n’en avaient même pas caressé l’idée en rêve. "C’est la dernière chose à laquelle j’aurais pensé. C’était carrément inimaginable" confie Khadija, totalement analphabète, mais qui a suffisamment vécu de choses pour en parler devant un public attentif, dans un
naturel certes amateur, mais sincère et touchant. Pas moins de 56 troupes, dont celle de Khadija, se sont livrées au jeu de la compétition dans le très spécial et nouveau "festival national de théâtre de Zakoura". 56 troupes, venues de toutes les régions du Maroc, devenues 31 au lendemain des présélections et d’une formation en écriture, en jeu d’acteurs, en réalisation théâtrale. Ethique, lutte contre la corruption, solidarité, tolérance, respect d'autrui, haine, amour, sur ces thèmes imposés, les participants ont déroulé leurs préoccupations en darija et en amazigh. Tantôt émouvant, tantôt drôle, ce petit monde aura eu le temps de donner le meilleur de lui-même. Quelques uns arracheront des prix symboliques, d’autres auront simplement emporté avec eux le souvenir d’une bonne bouffée d’air. Mais tous seront récidivistes. Bravo !


Festival de Casa I. Tous au ciné !

Les cinéphiles seront gâtés durant la première édition du Festival de Casablanca, du 16 au 23 juillet. Trois sites de projection (le Lynx, la Ciné plage Lalla Meriem, et le Parc de l’Hermitage) et une trentaine de films, dont en avant-première : Marock, Le Pain Nu. Si pour les enfants, un "programme Casa Junior" a été prévu, les plus âgés pourront faire leur choix parmi Bab El Web, le dernier de Merzak Allouache, ou Alexandrie New York de Youssef Chahine, revoir À Casablanca, les anges ne volent pas de Mohammed Asli ou piocher dans la séduisante section "Découverte" installée au Lynx avec notamment 2046, Last Days, Atash, Carnets de voyage, Avanim et Tarfaya.


Festival de casa II. Musique !

Du 16 au 23 juillet, la ville blanche accueillera également de la musique. Les Casaouis sont gâtés avec 43 concerts sur trois grandes scènes (place Rachidi, terrain Sidi Bernoussi, et terrain d’el Hank) tous les soirs de la semaine à partir de 21h. Au programme, de grandes pointures du chaâbi avec Hajib, Oulad Ben Aguida Senhaji, Rouicha, Setati et Oulad Bouazzaoui, mais aussi et surtout Hajja Hamdaouiya et Cheikha Rimitti pour une possible rencontre inédite. Le grand groupe britannique de roots Steel Pulse croisera le chemin du reggaeman ivoirien Tiken Jah Kakoly. Ne ratez pas Kool Shen, l’ancien de NTM, qui entame une carrière solo, et animera un concert unique. Tout comme Wyclef Jean (ex-Fugees). La jeune scène fusion avec Darga et Dayzine aux côtés des confirmés Hoba Hoba Spirit avec leur tout nouvel album Bled Skizo. Deux inconnues subsistent : Pascal of Bollywood (hindi pop) et l’accueil que réserveront ouled Sidi Bernoussi à Elissa.


7ème. Art Le Maghreb à Oujda

Le premier festival du film maghrébin d’Oujda se tiendra du 18 au 23 juillet. Des films algériens, marocains et tunisiens concourent pour les cinq prix dont les dotations s’échelonnnent de 15.000 à 50.000 DH. En compétition, de grandes pointures comme Mokhtar Ladjimi, Kamel Dahane, Mohammed Damak, Jilali Ferhati, Ismaïl Ferroukhi, Yazid Khodja, Belcacem Hajjaj, Mohammad Zran, et Yasmine Kessari. Tandis que les réalisateurs de Mauritanie et de Lybie participeront à des rétrospectives consacrées à ces deux pays, hors-compétition. L’occasion de découvrir des films d’auteur et des nouveautés, mais aussi pour les orgnisateurs de rendre hommage à cinq réalisateurs des cinq pays du Maghreb. Politique aussi, l’invitation de l’Espagne pour la programmation "étrangère". Le cinéma adoucirait–il les mœurs ? à voir.


Scène. Pax Germanica

L'ensemble Allemand Stuhr- Brinkum revient au Maroc pour présenter une revue musicale prosaïquement intitulée "Musical Rhapsodie – Revue Nr. 2". La troupe qui passera par Timmnay le 14 juillet, Tinerhir le 17, et Agdz le 20, terminera sa tournée par deux représentations au théâtre municipal d’El Jadida, les 25 et 26 du mois. La revue joue d’une variation de danses autour du thème de la guerre et de la mort. Une rhapsodie en deux temps, avec un premier acte qui voit la mort triompher, avant un second en forme de happening musical. Une représentation originale qui puise dans un large éventail de styles, du rock mélodieux à des rythmes de music-hall, en passant par la musique latino, le swing, le pop ou le rock.


Cinéma. Monster Charlize

Monster, sorti en 2003 en Europe, vient juste de faire son apparition sur les écrans de nos salles obscures. C’est donc l’occasion ou jamais d’aller voir le film qui a permis à la brillante Charlize Theron de gagner un oscar pour son interprétation époustouflante du rôle d'Aileen Wuornos, serial-killeuse américaine, personnage réel, qui a été exécutée en Floride en 2002. Un film violent, parfois insupportable, qui dresse un tableau très sombre de l’humanité. L’amour y est cependant présent, d’une manière qui en choquera plus d’un, mais qui permet de comprendre les agissements et les craintes d’Aileen. Un film qui ne laisse personne indifférent, et qui ne s’oublie pas si vite. À noter également, la superbe prestation de Christina Ricci.


Livres. Sur la plage, les pavés

Le secrétariat d’état chargé de la Jeunesse innove encore. Après "Vacances pour tous", Mohamed El Gahs lance, vendredi 15 juillet, l’opération estivale "Le livre sur la plage". Des tentes feront office de bibliothèques provisoires sur les lieux de vacances. À l’intérieur, les estivants auront le choix entre la lecture sur place et le prêt. Plus de vingt mille bouquins (des poches, classiques et livres de vacances) pour bronzer intelligent. La vingtaine de plages qui accueilleront cette première édition sont : Agadir, Asilah, Bouznika, Casablanca, Dakhla, El Hoceïma, El Jadida, Essaouira, plage des nations, Larache, Laayoune, Mohammedia, Rabat, Salé, Safi, Tanger, Tan Tan, Tétouan et Témara. Jolie riposte de Mohammed El Gahs aux camps d’embrigadement des barbus. Bonne lecture sous le soleil.


Édition. Syndicat alternatif

L'Association marocaine des professionnels du livre (AMPL) ne sera plus la seule à représenter les éditeurs et des libraires. L’association concurrente, constituée de membres dissidents mais de taille (Bichr Bennani, Marie Louise Belarbi, Ghita Khayat, Jamila Hassoun, Souad Balafrej et bien d’autres), tient ce samedi 16 juillet sa réunion constitutive. Préparée discrètement, la naissance de cette structure répond à un besoin urgent d’efficacité dans le traitement de problèmes qui plombent la profession (diffusion, concurrence du ministère, formation, etc). Scindés en deux, les défenseurs de la profession y arriveront-ils plus facilement ? Wait and see.


Oouvrage. Histoires de ports

Najib Cherfaoui est un ingénieur atypique, connaisseur incollable des ports marocains, il est en plus féru d’histoire et de documents rares. Le mélange de son savoir-faire et de sa passion donnent un ouvrage de référence, Fulgurances (Ed. Sciences de l’ingénieur) qui n’est rien d’autre qu’un tracé historique exhaustif de l’évolution des ports marocains. De Dakhla à Tanger, cet infatigable chercheur raconte, photos, lithographies, cartes et statistiques à l’appui, les péripéties par lesquelles chaque site est passé avant d’être voué à l’abandon ou à une activité limitée. Et, ce qui ne gâche rien au plaisir, il propose au lecteur une étude prospective de ce qui pourrait en advenir d’ici 2020. En 650 pages, l’essai est excellemment transformé.


Jazz au Maroc

Pour son 40ème anniversaire, le Montreux Jazz festival devrait s’installer à Marrakech. Pour décrocher cette délocalisation dans la ville ocre prévue à l’été 2006, une délégation conduite par André Azoulay s’était déplacée en fin de semaine dernière en marge de la dernière édition du festival de jazz.


L’art dans la rue

Monumentale, l’installation de Mohamed Abouelouakar sur le phare d’El Hank. à en juger la fresque qui devrait recouvrir l’édifice, l’œuvre réalisée avec la participation d’une association de riverains – et encore inachevée en milieu de semaine – s’impose comme une des grandes réussites du festival de Casa.


Street Album d'Azed

Le rappeur Azed vient de sortir "Ultimatum", son dernier opus, attendu depuis plusieurs semaines. Enregistré en studio au Maroc, le street album du rappeur zmagri est distribué depuis le 10 juillet dans les grandes villes. En bonus, le clip video de "Haine & Jalousie" avec la participation de Mafia-C.



(Mauvaise) Humeur : On the beach

Par Hassan Hamdani

Les encyclopédies vous apprennent que l’Allemagne est un pays de culture. En musique classique, en philosophie absconse, en football pour bourrins. Dans les clubs de vacances gadiris, ce vernis culturel fond comme neige au soleil. En plus de les faire rougir, le soleil pousse les Allemands à vivre en maillot de bains de leur lever à leur coucher. De leur Kultur avec un grand K, ils ne vous donnent plus à voir que leur cul avec un gros C. Et un postérieur allemand en vacances est le plus pur démenti aux théories aryennes sur l’inégalité des races. Ils sont comme nous, sujets à être mous du cul quand la chaleur vous a poussé à consommer immodérément de la bière. Les Marocains le font à l’ombre des bars, les Allemands au soleil. Sinon, c’est kif kif. Sauf qu’eux, ils achètent des souvenirs du Maroc les fesses à l’air, petit-déjeunent le string dans la raie, sans se soucier de votre aversion pour les poils pubiens dans votre café du matin. Certaines femmes de chambre les soupçonnent même de dormir en tenue de bain. Une certitude par contre, ils jouent à des jeux de piscine aux règles très abruptes. Pour résumer : tu lui passes le ballon, il te smatche la gueule. Passé la découverte de cette première et unique règle, la gueule en feu, on iche liebe dich plus du tout ce sport de combat germanique. Goethe, lui au moins, se serait excusé.




Le livre

Gabriel García Màrquez garde le même attachement aux personnages solitaires. Dans Tristes mémoires de mes putains, il dresse le portrait d’un nonagénaire, journaliste-chroniqueur, vieux jeu mais très prisé, qui n’a jamais fait l’amour par amour jusqu’au jour de son 90° anniversaire. Là, pris par une envie soudaine de forniquer avec une mineure, il se voit offrir par la patronne du bordel une nymphette, qu’il baptisera Geraldina. Epris d’elle, le vieil homme vit tardivement les turpitudes d’une passion longtemps esquivé. Le prétexte est alors bon pour qu’il évoque toutes ces femmes avec lesquelles il a copulé, sa vie durant, sans ressentir le frisson de l’amour. Touchant et violent à la fois.

Gabriel García Màrquez : Tristes mémoires de mes putains ; Ed. Grasset




Agenda

Le pub Vertigo à Casa, accueille le jeudi 21 juillet une soirée dédiée aux musiques sombres. Au programme de Lost in Casablanca, des projections de classiques du thriller noir et blanc, des sets de DJs brassant joyeusement electro-dark, gothique, industriel, et metal, en plus d’une performance live du projet industriel rbati Half a Moment.

Les groupes Syncop (vainqueurs du boulevard des jeunes musiciens 2004), Mastermind et Evil Eyes seront sur scène samedi 16 Juillet pour un concert spécial Metallica. Au Complexe Culturel D’Anfa, à partir de 16h30.

Les jardins El Harti de Marrakech abritent une exposition de gravures rupestres, du 14 au 22 juillet, à l’initiative du ministère de la Culture. Vous connaiseez les gribouillis préhistoriques sur roche ?

La galerie Bab Rouah de Rabat propose une exposition collective sur le thème "Dialogue et Rencontre entre peinture et poésie". Jusqu'au 22 juillet.

Les œuvres de Kim Bennani sont exposées à la Galerie Memoarts (51 rue Abdelkrim Diouri à Casablanca), jusqu’au 24 juillet.

L’espace Lydec, sis au 48 rue Mohammed Diouri à Casa, accueille jusqu’au 29 juillet les réalisations des enfants du quartier l'Hermitage. L’expo fait suite à des ateliers de sensibilisation sur le patrimoine.

La Villa des arts de la Fondation ONA organise une exposition de sa collection intitulée "Figures de l’abstraction". Des oeuvres d’artistes marocains entre les années 50 et les années 90.

 
 
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