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Par Khalid Tritki
Détournements.
OFPPT : l'enquête qui accuse
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Larbi Bencheikh, directeur de l'OFPPT
(Économie et entreprises)
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La police a présenté, le 3 juillet 2005, cinq personnes devant le juge dinstruction. Motif, détournement dargent. Les cinq ont un rapport avec lOffice de la Formation et de la Promotion du Travail. Parallèlement, un rapport de lIGF corrobore les conclusions policières. Les tirs croisés sur Larbi Bencheikh ne font que commencer.
L' étau se resserre autour de lOffice de la Formation Professionnelle et la Promotion du Travail. Deux enquêtes parallèles menées séparément, conduisent à la même conclusion : il y a des cadavres dans les placards de lOffice. |
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Aussi bien le dernier rapport de lInspection Générale des Finances (IGF) du 3 juin 2005 que lenquête policière achevée le mois même, pointent du doigt la gestion du tuteur de la formation professionnelle. Face à lIGF, loffice dispose dune chance, infime certes, mais qui lui laisse toute la latitude de répondre à linspection. Il faut donc attendre les réponses de loffice pour que le rapport soit définitif. En revanche, lenquête policière est achevée. La brigade criminelle de Casablanca, celle-là même qui a enquêté sur les contrats spéciaux de loffice il y a deux ans et qui a hérité, il y a quelques mois, du dossier de lorphelinat de Aïn Chok, a transmis le dossier au juge dinstruction le 3 juillet. Un dimanche noir pour les cinq personnes, présentées en état darrestation. Des deux enquêtes, ressort un point commun : le nom de la société Samfor (société daménagement, de forage et de reconnaissance).
à la base de ces tumultes, les règlements de compte entre grosses pointures de lautorité centrale ne sont pas loin. Il est en effet admis que les relations entre Saïd Oulbacha, secrétaire détat en charge de la formation et Larbi Bencheikh, directeur général de lOFPPT, ne sont pas au beau fixe. Les deux hommes se tournent le dos, alors quils sont contraints de travailler ensemble. Le premier est le tuteur du second. Mais dans la réalité, la tutelle a du mal à imposer sa loi. Il faut donc se débarrasser du subordonné rebelle. Bencheikh, fort de ses appuis, joue sa propre symphonie, jusquau jour où il offre à son ennemi loccasion de labattre. Des anomalies dans les passations de marché ouvrent la boîte de Pandore. Oulbacha y puise à sa guise. Il adresse, le 19 novembre 2004, une lettre au Premier ministre. Son objet : irrégularités dans la gestion des marchés publics par lOFPPT. Sur cinq pages, le secrétaire dEtat explique, chiffres et dates à lappui, que les marchés attribués à la société Samfor ne sont pas nets. Qua répondu Driss Jettou? Personne ne sait. Aucune de nos sources ne confirme ni infirme une quelconque réaction de la Primature. Le fait est quOulbacha adresse une autre lettre, datée du 27 janvier 2005, à Mohamed Bouzoubaâ, son collègue en charge de la Justice. Ce dernier enclenche la machine policière. Alors que la police mène son enquête, une inspection des finances est dépêchée sur place. Objectif : auditer la gestion de lOffice. Les deux entités arrivent à deux conclusions qui concordent. Il y a un vrai problème dans la passation des marchés à la société Samfor. De quoi sagit-il ?
LIGF souligne demblée que daprès une étude réalisée au sein de lOffice en juillet 2004 portant sur 371 appels doffres, le nombre de lots annulés ou déclarés infructueux représente 51% du total. "Le taux excessif des annulations est dû à plusieurs facteurs, dont notamment les difficultés rencontrées en matière de préparation des dossiers des appels doffres. Les investigations effectuées par la mission ont permis de constater que certains appels doffres étaient annulés avant louverture des plis et il est arrivé parfois quil soit procédé, après annulation, à la modification des classifications exigées", remarquent les inspecteurs. Le rapport de lIGF pointe du doigt les méthodes dévaluation des marchés. Selon ses conclusions, "le choix entre les diverses méthodes dévaluation opéré par les services de lOFPPT, varie dun marché à lautre et nobéit pas toujours à des buts objectifs et rationnels. In fine, cette démarche a profité à un certains nombre dentreprises, dont la société Samfor".
Cette dernière a bénéficié de cinq marchés auprès de lOffice dun montant global de 55,6 millions de dirhams. "Lanalyse des dossiers administratifs et techniques de la société a révélé que lactivité principale de celle-ci nest pas la construction de bâtiments administratifs et pédagogiques", précise le rapport de lIGF. Alors, comment a-t-elle pu être référencée comme telle ? Seules les confectionneurs de la liste des homologations du ministère de léquipement peuvent répondre à cette question.
Cela nempêche que la société a commencé à répondre aux appels doffres de loffice depuis fin 2002. Et à chaque fois, la procédure a été modifiée ou amendée selon les cas. Ainsi, pour la construction du centre dappel de Casablanca, lappel doffres a été adjugé par la commission de jugement à la société Marouana pour 12,7 millions de dirhams. LOffice a annulé lopération et relancé lappel doffres en limitant la participation aux entreprises de la classe 1 (grandes entreprises). Cette limitation ne se justifie pas, vu la faiblesse du montant du marché. Cela nempêche que lappel doffres a eu lieu et que la société Samfor la remporté pour 15,9 millions de dirhams, soit 3,2 millions de dirhams en plus que loffre de Marouana. Il en est de même pour le marché portant sur lInstitut des Nouvelles Technologies de Marrakech. Ce dernier devait démarrer en septembre 2004. Or, lappel doffres a été lancé une première fois et annulé avant louverture des plis, puis une deuxième en introduisant un système de notation new look. Samfor était toujours dans la course, mais son offre a été jugée chère alors que son concurrent qui était dans la fourchette normale des prix a été écarté. Lappel a été annulé. Mais cest surtout au niveau de la construction du centre dappel de Casablanca que des têtes vont tomber. Lenquête policière, qui sest focalisée sur ce cas, a conclu à la présence de trois plans topographiques (le métrage sur lequel se base la détermination du prix de construction). Deux correspondent à la réalité du marché, mais le troisième gonfle la recette de la société Samfor. Ce qui a mené le chef de division du bâtiment de lOffice, un administrateur de la société Samfor, deux géomètres externes et un métreur devant le juge dinstruction. Ils ont été présentés en état darrestation devant le juge, qui les a libérés en attendant la conclusion de linstruction. Il reste à savoir si linstruction ira jusqu'au bout. Il sagit en fait de répondre à deux questions : à qui profitent ces anomalies dans les marchés ? Et à quel point le directeur général de lOffice est-il impliqué dans cette affaire ? Les pressions ne manqueront pas pour limiter les dégâts. Mais une chose reste sûre, là où Bencheikh met les pieds (lire encadré), les choses tournent au vinaigre. |
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Budget. Des économies et des aberrations
Le rapport de lIGF attaque loffice sur le registre des recrutements. Selon les inspecteurs des finances, plusieurs recrutements ont été faits sans passer par la procédure des appels à la concurrence. Cette anomalie porte généralement sur des profils qui ne correspondent pas à la mission de loffice. Dans leur majorité, les personnes recrutées nont pas obtenu laval de la commission dévaluation. Certains formateurs ont obtenu la note zéro et cela ne les a pas empêché dêtre admis en tant que formateurs ou administratifs. A cela sajoute le recours aux contrats de service. Il sagit de contractuels engagés pour une durée limitée. Loffice exploite ce filon à mort. La preuve, le nombre des agents engagés par contrat de service est passé de 14 à 164 entre 2000 et 2004 et les crédits de vacation ont augmenté de 7 à 29 millions de dirhams pour la même période. Et attention, certains agents engagés par contrat de service ont obtenu une note éliminatoire, et ont donc été jugé inapte pour la fonction.
Par ailleurs, les inspecteurs ont souligné lutilisation abusive des indemnités kilométriques dont les bons de carburant. Le rapport cite les cas de personnes étrangères à loffice qui ont bénéficié de ses largesses dont des journalistes de la télévision. Mais là, la direction peut toujours avancer largument de frais de couverture hors Rabat (une indemnité qui nexiste pas dans le jargon journalistique). |
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