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N° 185
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Détournements.
OFPPT : l'enquête qui accuse


Larbi Bencheikh, directeur de l'OFPPT
(Économie et entreprises)
La police a présenté, le 3 juillet 2005, cinq personnes devant le juge d’instruction. Motif, détournement d’argent. Les cinq ont un rapport avec l’Office de la Formation et de la Promotion du Travail. Parallèlement, un rapport de l’IGF corrobore les conclusions policières. Les tirs croisés sur Larbi Bencheikh ne font que commencer.


L' étau se resserre autour de l’Office de la Formation Professionnelle et la Promotion du Travail. Deux enquêtes parallèles menées séparément, conduisent à la même conclusion : il y a des cadavres dans les placards de l’Office.
Aussi bien le dernier rapport de l’Inspection Générale des Finances (IGF) du 3 juin 2005 que l’enquête policière achevée le mois même, pointent du doigt la gestion du tuteur de la formation professionnelle. Face à l’IGF, l’office dispose d’une chance, infime certes, mais qui lui laisse toute la latitude de répondre à l’inspection. Il faut donc attendre les réponses de l’office pour que le rapport soit définitif. En revanche, l’enquête policière est achevée. La brigade criminelle de Casablanca, celle-là même qui a enquêté sur les contrats spéciaux de l’office il y a deux ans et qui a hérité, il y a quelques mois, du dossier de l’orphelinat de Aïn Chok, a transmis le dossier au juge d’instruction le 3 juillet. Un dimanche noir pour les cinq personnes, présentées en état d’arrestation. Des deux enquêtes, ressort un point commun : le nom de la société Samfor (société d’aménagement, de forage et de reconnaissance).
à la base de ces tumultes, les règlements de compte entre grosses pointures de l’autorité centrale ne sont pas loin. Il est en effet admis que les relations entre Saïd Oulbacha, secrétaire d’état en charge de la formation et Larbi Bencheikh, directeur général de l’OFPPT, ne sont pas au beau fixe. Les deux hommes se tournent le dos, alors qu’ils sont contraints de travailler ensemble. Le premier est le tuteur du second. Mais dans la réalité, la tutelle a du mal à imposer sa loi. Il faut donc se débarrasser du subordonné rebelle. Bencheikh, fort de ses appuis, joue sa propre symphonie, jusqu’au jour où il offre à son ennemi l’occasion de l’abattre. Des anomalies dans les passations de marché ouvrent la boîte de Pandore. Oulbacha y puise à sa guise. Il adresse, le 19 novembre 2004, une lettre au Premier ministre. Son objet : irrégularités dans la gestion des marchés publics par l’OFPPT. Sur cinq pages, le secrétaire d’Etat explique, chiffres et dates à l’appui, que les marchés attribués à la société Samfor ne sont pas nets. Qu’a répondu Driss Jettou? Personne ne sait. Aucune de nos sources ne confirme ni infirme une quelconque réaction de la Primature. Le fait est qu’Oulbacha adresse une autre lettre, datée du 27 janvier 2005, à Mohamed Bouzoubaâ, son collègue en charge de la Justice. Ce dernier enclenche la machine policière. Alors que la police mène son enquête, une inspection des finances est dépêchée sur place. Objectif : auditer la gestion de l’Office. Les deux entités arrivent à deux conclusions qui concordent. Il y a un vrai problème dans la passation des marchés à la société Samfor. De quoi s’agit-il ?
L’IGF souligne d’emblée que d’après une étude réalisée au sein de l’Office en juillet 2004 portant sur 371 appels d’offres, le nombre de lots annulés ou déclarés infructueux représente 51% du total. "Le taux excessif des annulations est dû à plusieurs facteurs, dont notamment les difficultés rencontrées en matière de préparation des dossiers des appels d’offres. Les investigations effectuées par la mission ont permis de constater que certains appels d’offres étaient annulés avant l’ouverture des plis et il est arrivé parfois qu’il soit procédé, après annulation, à la modification des classifications exigées", remarquent les inspecteurs. Le rapport de l’IGF pointe du doigt les méthodes d’évaluation des marchés. Selon ses conclusions, "le choix entre les diverses méthodes d’évaluation opéré par les services de l’OFPPT, varie d’un marché à l’autre et n’obéit pas toujours à des buts objectifs et rationnels. In fine, cette démarche a profité à un certains nombre d’entreprises, dont la société Samfor".
Cette dernière a bénéficié de cinq marchés auprès de l’Office d’un montant global de 55,6 millions de dirhams. "L’analyse des dossiers administratifs et techniques de la société a révélé que l’activité principale de celle-ci n’est pas la construction de bâtiments administratifs et pédagogiques", précise le rapport de l’IGF. Alors, comment a-t-elle pu être référencée comme telle ? Seules les confectionneurs de la liste des homologations du ministère de l’équipement peuvent répondre à cette question.
Cela n’empêche que la société a commencé à répondre aux appels d’offres de l’office depuis fin 2002. Et à chaque fois, la procédure a été modifiée ou amendée selon les cas. Ainsi, pour la construction du centre d’appel de Casablanca, l’appel d’offres a été adjugé par la commission de jugement à la société Marouana pour 12,7 millions de dirhams. L’Office a annulé l’opération et relancé l’appel d’offres en limitant la participation aux entreprises de la classe 1 (grandes entreprises). Cette limitation ne se justifie pas, vu la faiblesse du montant du marché. Cela n’empêche que l’appel d’offres a eu lieu et que la société Samfor l’a remporté pour 15,9 millions de dirhams, soit 3,2 millions de dirhams en plus que l’offre de Marouana. Il en est de même pour le marché portant sur l’Institut des Nouvelles Technologies de Marrakech. Ce dernier devait démarrer en septembre 2004. Or, l’appel d’offres a été lancé une première fois et annulé avant l’ouverture des plis, puis une deuxième en introduisant un système de notation new look. Samfor était toujours dans la course, mais son offre a été jugée chère alors que son concurrent qui était dans la fourchette normale des prix a été écarté. L’appel a été annulé. Mais c’est surtout au niveau de la construction du centre d’appel de Casablanca que des têtes vont tomber. L’enquête policière, qui s’est focalisée sur ce cas, a conclu à la présence de trois plans topographiques (le métrage sur lequel se base la détermination du prix de construction). Deux correspondent à la réalité du marché, mais le troisième gonfle la recette de la société Samfor. Ce qui a mené le chef de division du bâtiment de l’Office, un administrateur de la société Samfor, deux géomètres externes et un métreur devant le juge d’instruction. Ils ont été présentés en état d’arrestation devant le juge, qui les a libérés en attendant la conclusion de l’instruction. Il reste à savoir si l’instruction ira jusqu'au bout. Il s’agit en fait de répondre à deux questions : à qui profitent ces anomalies dans les marchés ? Et à quel point le directeur général de l’Office est-il impliqué dans cette affaire ? Les pressions ne manqueront pas pour limiter les dégâts. Mais une chose reste sûre, là où Bencheikh met les pieds (lire encadré), les choses tournent au vinaigre.



Budget. Des économies et des aberrations

Le rapport de l’IGF attaque l’office sur le registre des recrutements. Selon les inspecteurs des finances, plusieurs recrutements ont été faits sans passer par la procédure des appels à la concurrence. Cette anomalie porte généralement sur des profils qui ne correspondent pas à la mission de l’office. Dans leur majorité, les personnes recrutées n’ont pas obtenu l’aval de la commission d’évaluation. Certains formateurs ont obtenu la note zéro et cela ne les a pas empêché d’être admis en tant que formateurs ou administratifs. A cela s’ajoute le recours aux contrats de service. Il s’agit de contractuels engagés pour une durée limitée. L’office exploite ce filon à mort. La preuve, le nombre des agents engagés par contrat de service est passé de 14 à 164 entre 2000 et 2004 et les crédits de vacation ont augmenté de 7 à 29 millions de dirhams pour la même période. Et attention, certains agents engagés par contrat de service ont obtenu une note éliminatoire, et ont donc été jugé inapte pour la fonction.
Par ailleurs, les inspecteurs ont souligné l’utilisation abusive des indemnités kilométriques dont les bons de carburant. Le rapport cite les cas de personnes étrangères à l’office qui ont bénéficié de ses largesses dont des journalistes de la télévision. Mais là, la direction peut toujours avancer l’argument de frais de couverture hors Rabat (une indemnité qui n’existe pas dans le jargon journalistique).

 
 
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