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Al Adl Wal Ihsane. L'internationale islamiste
Hommage. Merci maestro
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Al Adl Wal Ihsane. L'internationale islamiste
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Portrait. Paca, le mâalem ghiwani

Par Abdellatif El Azizi

Enquête.
Al Adl Wal Ihsane, l’internationale islamiste

Abdeslam Yassine (AFP)
Al Adl Wal Ihsane s’exporte de plus en plus. Reconnus officiellement aux états-Unis, discrets en Europe et encore plus au Moyen-Orient, les disciples du cheikh Yassine recrutent partout.


"Al Adl wa Ihsane ne date pas d'hier, ils sont partout (ça peut être ton frère, ton fils ou ta soeur)", écrit ce RME sur le forum de Yabiladi.com. Les discussions sur la mouvance de cheikh Yassine font rage. Le recrutement aussi. Sous l’aspect d’un forum de discussion banal se cache souvent une redoutable
machine à recruter de nouveaux profils. Sur ce plan là, les militants d’Al Adl Wal Ihsane sont imbattables.
Si le web est commode, l’approche directe n’est pas négligée. Au contraire, en Europe, il suffit de faire quelques mosquées de banlieues de Paris, Bruxelles ou encore Londres pour avoir droit à une lettre de motivation, signée Yassine et distribuée par des Adlistes pas forcément barbus. La lettre, intitulée "à mon frère musulman et à ma sœur musulmane", est une véritable invitation à grossir les rangs de la Jamaâ . Sur de longs passages et dans un style imagé, Yassine invite les âmes égarées à "chercher à la mosquée, une rencontre, une antenne qui les mettra en communication avec d’autres âmes assoiffées de vérité".

À visage découvert en Amérique
C’est outre Atlantique que Yassine a le plus de succès. Chez l’Oncle sam, la Jamaâ évolue dans la légalité la plus absolue et a son siège dans l’Iowa. Avançant à visage découvert, elle s’appuie notamment sur un large réseau de militants et sur des appuis réels au sein du département d’état américain, qui tient compte des résultats des consultations et réunions régulières du service de relations publiques de l’ambassade des états-Unis à Rabat avec les leaders de la Jamaâ. Sans oublier les allers et retours réguliers aux états-Unis d’une Nadia Yassine, d’un Fathallah Arsalane ou d’autres cadres qui se dépensent dans une offensive sans précédent dans les milieux musulmans américains, notamment dans l’Iowa, l’Oregon et le Dakota.
Sur le terrain, des personnalités de renom orchestrent ainsi les conférences, réunions et autres actions pour la promotion d’Al Adl Wal Ihsane aux états-Unis. Il s’agit entre autres du mathématicien Imad Benjelloun, véritable idéologue américain d’Al Adl puisqu’il est le fondateur et le directeur de la Justice and Spirituality Publisher, la redoutable maison d’édition de la mouvance. Al Adl Wal Ihsane avait lancé deux branches consacrées à la publication de leur littérature, en Grande-Bretagne et aux états-Unis, sous le label Justice And Spirituality Publishing. Aujourd’hui, le siège est basé dans l’Iowa, aux états-Unis. Les objectifs assignés à cette structure sont clairement avoués. Il s’agit entre autre "de rectifier l’image qu’ont les Occidentaux de l’islam, d’expliquer le message coranique, de diffuser un message de paix dans un monde violent". Benjelloun a servi pendant cinq ans d’imam à l’ Islamic Center of Quad Cities à Moline dans l’Illinois. Un fief de la mouvance où a officié également Abdelkrim Deya, un autre relais important de la mouvance. "Brother" Hassan Elannani, le directeur du Al-Huda Islamic Academy, également imam de la moquée de l’Islamic Center of Bloomington-Normal, enseigne dans diverses universités telles que l’Illinois State Université ou le Heartland Community College. Emigré aux états-Unis en 1990, ce dernier est un orateur de taille. Il avait réussi au lendemain des attentats du 11 septembre le pari d’organiser une réunion œcuménique avec l’église baptise de Bloomington-Normal pour expliquer la position des islamistes marocains après la tragédie new-yorkaise.
Les hommes de Yassine aux états-Unis militent aussi dans des structures parallèles. Il en est ainsi du docteur Mohamed Fakhr, président par ailleurs de l’Islamic Society of Fargo-Moorhead. Autre relais important, le professeur Nadim Koleilat, directeur du programme "the Transplant Program and Pediatric Urology" à l’Université du Nord Dakota et membre du Muslim American Society and Islamic Society of North Dakota, est aussi connu comme un prédicateur patenté, s’adressant autant aux musulmans qu’aux non musulmans. Muslim American Society est une organisation caritative à but non lucratif, à caractère culturel, social et religieux.
Au Canada, Al Adl est plus difficilement identifiable. Bien avant le 11 septembre 2001, le service de Renseignement et de Sécurité avait enquêté sur une cinquantaine d'organisations et plus de 300 personnes dans le cadre de son programme de lutte contre le terrorisme. Dans ces chiffres qui avaient été communiqués au Sénat en 1998, le nom de la Jamaâ n’apparaît nulle part, pourtant les observateurs locaux s’accordent à dire que les militants de Yassine sont bien là, même s’ils n’avancent pas à visage découvert. La da’wa, pratiquée dans de nombreuses mosquées contient la griffe de Yassine. On y retrouve notamment la référence constante aux trois degrés de la foi développés par le cheikh, "l’Islam, l’Iman et l’Ihsan", rappelle ce cadre marocain qui fréquente assidûment plusieurs mosquées à Montréal.

Clandestins en Europe
En Europe comme au Maroc, Al Adl garde jalousement le nombre de ses militants, secret. Malgré cela, les conseils et des sections s’activent essentiellement en France, en Belgique et au Royaume-Uni. Les militants des branches "jeunes", "femmes", "associations", "syndicats", squattent tout ce que comptent ces pays comme structures musulmanes.
En France, on compte près de 1.700 lieux de culte musulmans. C’est là que se font la plupart des recrutements. De l’avis même des responsables, la Fédération Nationale des Musulmans de France, présidée par Mohamed Béchari, est souvent un passage obligé pour le recrutement. Avec ses 150 associations affiliées, elle représente en France, l'islam marocain et est étroitement liée aux autorités marocaines, qui lui envoient la plupart des imams. 4% des imams exerçant en France sont marocains. Dans cette structure, les militants de Yassine s’en donnent à cœur joie, au grand dam des autorités marocaines. "Les mosquées de Lyon, Nantes ou Courcouronnes sont des lieux de grande affluence de ces militants", rapporte une source interne de la FNMF. "Sur place, ils fonctionnent avec leurs propres ressources : les dons des fidèles, la certification halal, les cours d'arabe et l’organisation des pèlerinages". Comme le Maroc (et l'Algérie d’ailleurs) ne sont pas particulièrement généreux pour financer la construction de mosquées, les fidèles sont souvent sollicités pour passer à la caisse. Comme on ne sait jamais combien d’euros sont récoltés au titre de ces cotisations, les services français soupçonnent l’affectation de ces fonds au financement d’autres activités liées au prosélytisme d’Al adl Wal Ihsane.
En 1997, un rapport de Hassan Abouyoub, l'ambassadeur du Maroc à Paris intitulé "Sauver l'islam marocain en France" adressé au Premier ministre français prévoyait, de construire "cinq centres islamiques marocains, appartenant à l'état marocain, dans cinq grandes régions de France et à proximité de zones à forte densité marocaine", et d’en "transférer la propriété à titre gratuit à l'état marocain". L’initiative censée couper l’herbe sous les pieds des islamistes a été abandonnée après la mort de Hassan II, en 1999.
En Belgique, l'Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB) et le Conseil Supérieur des Musulmans se battent à couteaux tirés pour la représentativité des musulmans de Belgique. Alors que l’interlocuteur reconnu des autorités belges reste le Centre islamique et culturel, relayant les intérêts wahhabites de l’Arabie saoudite, l’exécutif des Musulmans de Belgique est occupé à 85 % par les Marocains et les Turcs. Les militants de la Jamaâ nagent comme des poissons dans l’eau dans cette structure, recrutant à tour de bras dans la communauté marocaine. "Ici également, les militants privilégient l’approche individuelle qui permet de préserver leur clandestinité", explique un jeune beur approché, mais non recruté. Même scénario à Londres où les Adlistes se noient aisément dans la nébuleuse islamiste tolérée par les Anglais.

Appréciés au Moyen Orient
Du côté des pays arabes, l’offensive adliste est également importante. En Egypte, Yassine est rentré dans les foyers par la fac puisque la plupart de ses écrits notamment le fameux Islamiser la modernité, sont couramment enseignés dans les cursus islamiques à l’université. Les relations avec les frères musulmans et leur leader Al Mahdi Akif sont d’ailleurs au beau fixe. "Yassine a décidé, il y a très peu, de renouer avec les Frères égyptiens", précise un adliste requérant l’anonymat. La même proximité est observée au Liban, avec la Jamaâ Islamique de Fethi Ikken et le front des Actions Islamistes de Jordanie. Ces connexions permettent à la mouvance de Yassine d’avoir également un pied dans le proche-Orient et d’infiltrer le terrain des nationalistes arabes.
En Iran, les écrits de Yassine, malgré un écart réel entre sa pensée et celle de l’imam Khomeini, restent célèbres et font l’objet de plusieurs rééditions. Les chiites iraniens qui ont essayé d’infiltrer à plusieurs reprises la Jamaâ en raison de nombreux points communs, notamment la référence commune aux grands maîtres du soufisme se sont constamment heurtés à une fin de non recevoir de la part de Yassine. Au Soudan, Yassine est une vedette. Quelques heures à peine après sa sortie de prison, Tourabi a reçu, cette semaine, une lettre chaleureuse de la Jamaâ le félicitant pour sa libération.

Une internationale, pour quoi faire ?
Cette offensive de Yassine à l’international a une explication. Au moment où Khomeini plaçait la révolution islamique au centre du monde grâce au principe d’exportation de la révolution, Yassine avait choisi de s’attaquer au pouvoir sur un plan purement local. "Sur le plan de l’idéologie, cela se tient, rappelle cet islamologue, mais depuis les années 90, Yassine a changé son fusil d’épaule. Grâce aux conseils avisés d’un courant moderniste parfaitement rompu aux subtilités des médias, la mouvance a compris que pour gagner la bataille sur le plan intérieur, il fallait faire pression sur la monarchie à partir de l’étranger".
Opération parfaitement réussie avec le procès raté de Nadia Yassine. Grâce à une pression des militants installés à l’étranger notamment en Europe et aux états-Unis, les médias ont focalisé leurs caméras sur la passionnera qui s’en est donné à cœur joie pour tourner en ridicule le pouvoir. Le résultat a dépassé les espérances des militants de Yassine, puisque les autorités marocaines ont été contraintes de faire machine arrière, reportant ainsi le procès de Nadia aux calendes grecques.



États-Unis

C’est là que Yassine et ses adeptes ont le plus de succès. La Jamaâ qui évolue dans la légalité la plus absolue a son siège dans l’Iowa. Elle s’appuie notamment sur un large réseau de personnalités qui lui permet d’opérer une offensive sans précédent dans les milieux musulmans américains notamment dans l’Iowa, l’Orégon et le Dakota. Quelques hommes orchestrent les conférences, réunions et autres actions pour faire la promotion d’Al Adl Wal Ihsane aux états-Unis. Il s’agit notamment du Dr. Imad Benjelloun, veritable idéologue américain d’Al Adl puisqu’il est le fondateur et le directeur de la Justice & Spirituality Publisher, la fameuse maison d’édition de la mouvance.



Canada

Bien avant le 11 septembre 2001, le Service Canadien de Renseignement et de Sécurité avait enquêté sur une cinquantaine d'organisations et plus de 300 personnes dans le cadre de son programme de lutte contre le terrorisme. Dans ces chiffres qui avaient été communiqués à un comité du Sénat en 1998, le nom de la jamaâ n’apparaît nulle part. Et pour cause, les observateurs locaux s’accordent à dire que les militants de Yassine n’avancent pas à visage découvert. La dawa, pratiquée dans de nombreuses mosquées contient la griffe de Yassine.



Grande Bretagne

Les militants de Yassine se noient aisément dans la nébuleuse islamiste tolérée, mais surveillée de près par les services spéciaux anglais (M6).



France

L'islam étant la deuxième religion après le catholicisme, on compte près de 1.700 lieux de culte musulmans, alors que moins de 50 lieux de cultes musulmans sont de vraies mosquées. C’est là que se font la plupart des recrutements. La Fédération Nationale des Musulmans de France est également un grand centre de recrutement pour la mouvance de Yassine.



Belgique

L'Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB) et le Conseil Supérieur des Musulmans se partagent à couteaux tirés la représentativité des musulmans de Belgique. Alors que l’interlocuteur reconnu des autorités est le Centre islamique et culturel, représentant de la Ligue mondiale islamique et émanation de l’Arabie saoudite, l’exécutif des Musulmans de Belgique est monopolisé à 85% par les Marocains et les Turcs. Les militants de la Jamaâ nagent comme des poissons dans l’eau, dans cette structure, recrutant tant dans la communauté marocaine que turque. L'handicap de la langue étant surmonté par de nombreuses affinités entre les préceptes de Yassine et l’islam turc marqué par la référence à des maîtres soufis comme JalaEdinne Roumi.



Iran

Les écrits de Yassine malgré un écart réel entre sa pensée et celle de l’imam Khomeini restent célèbres à Téhéran où ils font l’objet de plusieurs rééditions. Les chiites Iraniens qui ont essayé d’infiltrer à plusieurs reprises la jamaâ en raison de nombreux points communs, notamment la référence commune au grands maîtres du soufisme, comme Ibn Arabi se sont constamment heurtés à une fin de non recevoir de la part de Yassine.



Liban

Les connexions avec la Jamaâ Islamique de Fethi Ikken et avec le front des Actions Islamistes de Jordanie permettent à la mouvance Yassine d’avoir un pied dans le Proche-Orient.



Égypte

La Jamâa de Yassine est rentrée par la porte de la fac profitant du discrédit des islamistes égyptiens. En effet, la plupart des écrits de Yassine sont couramment enseignés dans les cursus islamiques à l’université du Caire. Bénéficiant également d’une grande attirance des égyptiens pour l’islam soufi, les enseignements du Cheikh ont un écho favorable autant au sein de la communauté marocaine que dans les milieux islamistes locaux. Les relations avec les frères musulmans de Al Mahdi Akif sont d’ailleurs au beau fixe.

 
 
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