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Al Adl Wal Ihsane. L'internationale islamiste
Hommage. Merci maestro
Abdellah Zrika. "Le corps des femmes est un univers"
Portrait. Paca, le mâalem ghiwani
N° 185
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Al Adl Wal Ihsane. L'internationale islamiste
Hommage. Merci maestro
Abdellah Zrika. "Le corps des femmes est un univers"
Portrait. Paca, le mâalem ghiwani

Par Youssef Aït Akdim

Portrait.
Paca, le mâalem ghiwani

Abderrahmane Paca (DR)
Il a accédé à la gloire avec Nass el Ghiwane, mais avant, Abderrahmane Paca a été menuisier et musicien à Essaouira, où il fut un des précurseurs de la fusion musicale. Aujourd’hui, il affronte la maladie dans l’indifférence générale.


Abderrahmane (Ben) Qirouch est né à Essaouira, en 1948. Son père, Abdelkader Kbadi, tient une boutique de tailleur traditionnel plutôt prospère pour l’époque. Dans sa ville, on est fier de "ould lblad" qui a popularisé les rythmes gnaoua bien avant la mode des festivals de musiques de transe. Dans le
quartier de Bin el Aârassi, des enfants jouent au football entre les copeaux de thuya qui s’amoncellent devant les boutiques exiguës des "nejjara". à l’évocation du nom du maâlem Paca, les plus farouches vous jettent un regard étonné avant de vous montrer le chemin avec bienveillance. Essaouira est une petite ville, on retrouve sans grande peine la maison de Abderrahmane Paca. Pour l’anecdote, le surnom de Paco lui a été donné par des amis musiciens, mais les authentiques Souiris l’appellent Paca, en accentuant la deuxième syllabe. Issu d’une famille relativement aisée, il se démarque de ses compagnons de Nass el Ghiwane, d’origine plus modeste. Pourtrant, il refuse de profiter de l’argent de son père. Ce souci de subvenir à ses besoins explique pourquoi, contrairement aux gars de Hay Mohammadi, il a su gérer ses finances et mettre de l’argent de côté pour les jours difficiles. Ses amis d’enfance se souviennent d’un garçon vif et curieux qui un jour, sans crier gare, passe de "jamaâ à tagnaouit" (de la mosquée à la musique gnaouie).
Adolescent, il a failli devenir taleb. Il lui en reste les soixante hizb qu’il connaît par cœur, mais il choisit finalement d’apprendre la menuiserie. Il continuera d’exercer comme menuisier pour le plaisir à côté de sa carrière de musicien : le film réalisé par Ahmed el Maanouni en 1981, Al Hal (Transes), le montre autant à l’aise avec son guembri qu’avec ses outils de menuisier dans une petite échoppe de la Sqala d'Essaouira. Mais sa seule véritable passion est la musique des gnaoua. à la fin des sixties, la ville devient la Mecque des hippies et un des centres culturels les plus actifs du Maroc. Le village de Diabet ne désemplit pas. Comme beaucoup de jeunes gens de sa génération, Abderrahmane s’engage corps et âme dans la dynamique et se laisse pousser les cheveux. Hippie par hasard, il rencontre des intellectuels et se marie avec une étrangère, actrice de théâtre : "C’était un rebelle, en rupture de ban avec sa famille et son époque. Il était instable, hyperactif. Forte tête, il n’aimait pas se fondre dans les groupes", dit de lui, Ahmed Aboutalib, maâlem gnaoui, chercheur à ses heures, et ami d’enfance. Sûr de sa valeur, après un long et patient apprentissage, Abderrahmane peut donner libre cours à son talent. Après avoir été le disciple de Ahmed Sebada, dit L'haddad (le ferronnier), il organise déjà au début des années 70 des lilas à Essaouira, Marrakech ou à Casablanca. Ces soirées attirent un public de connaisseurs et beaucoup de curieux, anonymes et illustres.
"Un jour, en 1971, se rappelle Abderrahmane Rochd, Mohamed Derham de Jil Jilala est venu me voir. Il voulait rencontrer un jeune mâalem souiri qui organisait alors des lilas à Sidi Othmane". Doué et ambitieux, Paca rejoint Jil Jilala, où il impose sa virtuosité au guembri. Mais cette première expérience de groupe ne dure pas longtemps, car "il ne s’entendait pas avec les Marrakchis". Ecorché vif, il quitte Jil Jilala au moment où Moulay Abdelaziz Tahiri l'intègre pour se consacrer au Melhoun, après s'être séparé de Nass el Ghiwane. Quelques mois plus tard, Paca effectue le chemin inverse pour rejoindre Batma et Boujmîi. Ce dernier décèdant peu après, Larbi Batma et Abderrahmane Paca deviennent les deux piliers de la formation. Tous les deux paroliers de talent, ils se complètent idéalement et se répartissent les tâches : à Larbi, les percussions (tbilas), Paca tenant avec son guembri les lignes de basse. Pendant une vingtaine d’années, la formation (Larbi Batma, Omar Essayed, Allal Yaala et Abderrahmane Paca) révolutionne la musique marocaine. Se servant de sa parfaite maîtrise des genres traditionnels que Nass el Ghiwane essaie de remettre au goût du jour – gnaoui, gharbaoui, hamdouchi, etc. –, Paca prend un plaisir réel à mélanger tous les rythmes qu’il a appris en côtoyant les plus grands maîtres, comme Moulay Abdelaziz Serfaq Belghiti, ou les mâalems Ahmed et Sam. Il rajoute la dose de mysticisme des gnaoua, que l’on peut discerner par exemple dans Ghir Khoudouni. C’est une des chansons que Paca avait composées à ses débuts, en 1971-72. à cette époque, à Essaouira, un commissaire de police fait la traque des coiffures afros et autres rastas. Paca ne cède pas, il refuse de se couper les cheveux par conformisme. Forte tête certainement. C’est un "individualiste, mais il mène bien son affaire et arrive toujours à obtenir ce qu’il veut des autres". Finalement, le commissaire devient un de ses amis et ils passent même des veillées ensemble à jouer de la musique et chanter. Les chansons qu’il compose sont généralement plus longues, avec des intros où il assure la rythmique des mawals de Batma ou d'Essayed. Nass el Ghiwane, portés par une jeunesse qui rêve d’en découdre, connaissent alors la gloire, mais aussi les interdictions, la misère. Un cocktail qui influencera beaucoup de leurs textes. Il est derrière plusieurs des chansons cultes de cette jeunesse-là : Lebtana, Mahmouma, Essadma, Nerjak Ana… Mais, en 1993, Larbi Batma, souffre d’un cancer. Le groupe décide alors de continuer à lui donner sa part des recettes. Abderrahmane Paca n’est pas d’accord. D’après lui, Larbi n’en fait pas bon usage, poursuivant ses excès de fête et de boisson. Il ne désire pas encourager ce "suicide avec le consentement de la troupe". C’est avec Omar Esayed qu’il a les mots les plus durs, avant de partir avec fracas. Sa perte signe avant même le décès de Batma la fin d’une époque. Paca laisse un vide qui ne sera jamais comblé. La pression est énorme sur les frêles épaules de son remplaçant, Redouane.
Paca est ailleurs. Un moment neuf s’ouvre dans sa carrière musicale et plus largement dans sa vie. Il entame un long cheminement de tassawouf, rompt avec la vie de bohème qu’il menait. Il se consacre à la prière tout en continuant à écrire et à jouer de la musique. Il a bien une maison à Marrakech, un riad, aménagé en maison d’hôtes dans le quartier de Bab Aïlen, mais c’est à Essaouira, où il est chez lui, près de ses amis mâalem gnaoua, poètes ou autres peintres, qu’il aime retourner. Quelques années plus tard, c’est à Essaouira qu’il crée sa troupe traditionnelle autour de Abderrahmane Sentour et de ses fils Younès et Yassine, et avec laquelle il participe à de nombreuses manifestations. Le festival des musiques du monde et gnaoua 2005 lui a, paraît-il rendu hommage. Effet d’annonce ou flop, en tout cas, les amis et proches qui ont assisté à cette soirée d'hommage, ne cachaient pas leur déception. "C’était une farce, pas un hommage. De toute façon, Paca n’entretenait pas les meilleurs rapports avec les organisateurs, notamment avec Abdesslam Alikane". à ceux qui lui reprochaient sa morgue, il rétorquait qu'ils ne connaissaient rien à la musique gnaouie. Les rancoeurs sont tenaces. Même Omar Essayed, pourtant invité avec Mohamed Derham, n’a pas assisté à la cérémonie d'hommage. Pourtant, aujourd’hui, la maladie a beaucoup affecté l’homme et le réconfort moral de ses anciens compagnons n’est pas un luxe. Ses forces l’ont abandonné et s’il garde encore sa chevelure flamboyante, ses cheveux blancs ont moins de panache. Atteint d’une hémiplégie, seuls dans son visage maigri, ses petits yeux noirs scrutent le visiteur. Lorsqu’il ne connaît pas la personne, dans un geste d’orgueil, il se cache sous sa couverture. Abderrahmane Paca ne quitte plus sa maison que pour soigner les pénibles effets de son hypertension à l’hôpital du Cheikh Zayed de Rabat ou à l’hôpital militaire de Marrakech. Et même la musique qu’il a tant aimée, s’éloigne de lui depuis qu’il a perdu l’usage de la parole et d’un bras. Ses fans, très touchés par les tristes nouvelles relayées par la presse, prient pour lui. Et pour sa musique.

 
 
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