Zakaria est disposé à payer une amende de 2000 DH pour boire sa bière en terrasse
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem a lu quelque part qu'un célèbre chanteur marocain a écopé d'une amende de deux milles dirhams pour avoir avoué à la police qu'il avait consommé de l'alcool et du cannabis. Cette nouvelle manifestation de l'hypocrisie nationale l'a plongé dans une profonde réflexion, et je vais tenter dans la suite de cette chronique estivale de vous en rapporter les principales conclusions.
Déjà, il semble étonnant que la condamnation évoque sans distinction de l'alcool et du cannabis. Dans l'esprit de Zakaria Boualem, l'alcool est en vente libre dans des magasins respectables, où l'on paye les taxes, on l'on règle par carte bancaire, etc. Si cette opération est illégale, il faut vite prévenir les gens. Reste l'histoire du cannabis. ça, c'est interdit. C'est pas évident lorqu'on se balade dans les cafés de Chaouen ou de Tétouan, mais c'est interdit. Si l'on s'amusait à coller une amende de 2000 dirhams à tous ceux qui en fument, le Maroc deviendrait tellement riche qu'il serait probablement capable d'organiser une Coupe du monde demain matin. Et même de naturaliser Ronaldinho et Roberto Carlos dans la foulée pour la gagner, cette Coupe du monde. Un peu comme les Tunisiens, d'ailleurs.
Cette histoire d'amende n'est pas forcément une mauvaise idée.
Zakaria Boualem, par exemple, est tout à fait disposé à payer |
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une amende de 2000 dirhams pour avoir le droit de boire sa bière en terrasse, au lieu de se terrer dans un bar enfumé et rouge de honte (le bar est rouge, pas Zakaria Boualem). Et il a plein de potes qui pourront eux aussi cotiser pour fumer à l'aise. Au lieu de payer une amende, ca devient une autorisation, comme une carte grise ou une vignette. C'est un impôt de plus, mais au moins on sait pourquoi on le paye, celui-là. Reste, évidemment, à connaitre la durée de vie de l'autorisation en question. Deux mille dirhams, est-ce un forfait mensuel, annuel, une autorisation à vie ? Autrement dit, la question est : comment a-t-on calculé l'amende du chanteur ? S'agit-il de 2000 dirhams pour avoir toute sa vie consommé de l'alcool et du cannabis ou alors pour avoir un jour, consommé de l'alcool et du cannabis ? Zakaria Boualem compte enquêter sur ce sujet.
Plus Zakaria Boualem réfléchit, plus cette histoire de paiment d'amende anticipé lui semble une bonne idée.
Il va plus loin. Supposons par exemple, que vous vous présentiez spontanément à la prison, pour purger une peine de six mois, pour coups et blessures, par exemple. Dès votre sortie de prison, vous avez le droit d'agresser quelqu'un en toute légalité. Vous avez déjà payé, vous pouvez commetre la faute.
évidemment, pour que ce systeme soit efficace, il faut prévoir un moyen qui permette de reconnaître immédiatement quelqu'un qui a le droit d'agresser. Un tatouage, par exemple. Muni de votre tatouage et de votre permis d'agresser, vous devenez intouchable dans notre beau pays - un type qui inspire le respect. Vous avez une vie plus confortable : vous pouvez entrer dans les discothèques, ne pas faire la queue à la banque, saluer le policier qui vous demande de vous arrêter, etc. Comme si vous aviez une Mercedes noire et un cigare, en fait.
Arrivé à ce point de son délire, notre héros, Zakaria Boualem le Guercifi, se rend compte qu'il raconte n'importe quoi. Ces pénibles reflexions ne méritent d'autre sort que l'oubli instantanné. Il faut le comprendre, notre homme. Il est euphorique, heureux.
Pourquoi? Parce qu'il vient d'apprendre sur LCI que les auteurs des attentats de Londres n'étaient pas marocains. Il attendait le résultat de l'enquête avec angoisse. Et l'info est tombée : nous sommes innocents. C'est des Pakistanais amateurs de cricket, c'est super. Au passage, notons ensemble que nous sommes tombés tellement bas que cette info nous comble de joie. Notons également que lorsqu'il y a des bombes à Casablanca, nous ne sommes pas des victimes mais des suspects. Et losrqu'il y a des bombes à Londres, nous sommes encore plus suspects. Clairement, l'affaire tourne mal. |