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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Télécoms. Fixe : Méditel fourbit ses armes

Miguel Menchen (DR)
Le nouveau venu dans la téléphonie fixe est pragmatique. Les baisses tarifaires ne sont pas déterminantes pour gagner des parts de marché. Il faut jouer sur la faiblesse du concurrent, Maroc Telecom, sur le créneau du fixe. C'est parti !


Depuis lundi 18 juillet, date de la signature officielle de l’attribution de la seconde licence de téléphone fixe, Abdeslam Ahizoune, président de Maroc Télécom, se fait des cheveux blancs. Quand à Othmane Benjelloun, président de Médi Telecom, il ne cache pas sa joie. Cette nouvelle victoire le conforte dans sa stratégie de diversification adoptée depuis qu’il
s’est associé à l’Espagnol Telefonica, pour l’exploitation de la seconde licence GSM. Cela a coûté cher (25 milliards de dirhams entre le ticket d’entrée et l’investissement pour le redéploiement de l’infrastructure) certes, mais les fruits de ce choix semblent pointer à l’horizon. L’opérateur a enregistré une perte de moins de 150 millions de dirhams à fin 2004, ce qui est en soi une performance pour un secteur aussi budgétivore que les télécoms. L’avenir sera meilleur. L’état vient de proroger la durée d’exploitation de la licence GSM de 15 à 25 ans. Ce qui signifie que le calendrier des amortissements comptables de l’opérateur sera rallongé, donnant ainsi une bouffée d’oxygène aux résultats de Médi Telecom. Une marge qui devra profiter à la concrétisation da la stratégie du fixe. Il lui faut cependant plus d’argent. Miguel Menchen, directeur général de la société, en a conscience. "L’investissement avoisinera les 2 milliards de dirhams pour le nouveau business plan", avoue t-il. Et attention, cela ne se traduira pas par une augmentation de capital. Menchen est catégorique sur ce point, les actionnaires sont ainsi fixés.
Sur le plan opérationnel, l’effort d’investissement se traduira par l’installation de six centres backbone, couvrant une bonne partie du territoire national. Les relais entre ces sites seront équipés de 222 points Wimax (technologie reposant sur les ondes radios) et de 922 kilomètres de fibres optiques. Ce redéploiement couvre la période 2005-2009 et arrivera à terme à desservir 59 villes. La commercialisation commencera dès fin 2005. La stratégie marketing est déjà ficelée. Pour Moncef Belkhayat, directeur du pôle commercial, la distribution reposera sur le réseau actuel de Médi Telecom. Un réseau qui sera renforcé pour répondre aux spécificités du segment. Cette affirmation de Belkhayat balaie d’un revers de main la rumeur selon laquelle Médi Telecom s’apprête à créer une société de distribution en partenariat avec un opérateur de la place. "Notre stratégie ne changera pas sur ce point. Nous privilégions la distribution indirecte", appuie Belkhayat. L’arme suprême de la concurrence, contrairement à une idée très répandue, ne sera pas les prix. Maroc Telecom a déjà balisé le terrain de ce côté-là. Une pression vers la baisse est inévitable, mais elle restera insignifiante comme outil d’accroche. C’est du côté des services que le jeu sera serré. Et ce sur le volet, Médi Telecom annonce la couleur. Lors de la conférence de presse de Mardi 19 juillet, Belkhayat a brandi des statistiques issues d’une étude réalisée par Upline Securities pour le compte de l’Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications (ANRT). Le geste n’est pas anodin. La preuve, les responsables de Médi Telecom n’ont pris que la partie qui fait mal au concurrent direct. Ainsi, selon cette étude, 15% des pannes de réseau nécessitent plus d’une semaine pour espérer une réparation. Le message est que Maroc Telecom, les opérateurs V-sat et les fournisseurs d’accès, négligent le service aux clients. Il s'agit de faire mieux.
Orascom Telecom Maroc et Maroc Connect, les deux candidats toujours en lice pour une autre licence fixe, pensent certainement la même chose. Mais il leur faut convaincre en terme d’engagement financier. En effet, lors de la sélection des candidats, l’ANRT a souligné que les offres des deux candidats "manquaient de punch". Ainsi, Maroc Connect a perdu face à Médi Telecom, car sa note sur le plan financier n’était pas à la hauteur. Les experts de l’Anrt sont restés sceptiques quant à la solidité financière du postulant. L'objection est de taille. Pour cause, l’attributaire de la licence fixe avec mobilité restreinte aura la possibilité d’exploiter le mobile dans 18 mois. Dans un an et demi, nous aurons donc trois opérateurs GSM. Une nouvelle donne doit être prise en compte : les trois se rueront sur la licence UMTS prévue pour fin 2005. L’Anrt a d’ailleurs attendu le lancement de la licence fixe pour préciser que le ticket d’entrée pour l’UMTS sera de 40 millions de dollars. Ce qui veut dire que le candidat pour la mobilité restreinte (téléphonie mobile dans un rayon de 35 km), devra investir dans un réseau nouvelle génération, et last but not least, attendre 2007 pour commercialiser. La question qui se pose est de savoir si les deux postulants ont la capacité d’investir plus de 500 millions de dollars sans pouvoir commercialiser tout de suite. Et en face, Maroc Telecom et Médi Telecom mettront le paquet pour saturer le terrain. L’enjeu est de taille et le défi est difficile, mais pas impossible. Maroc Connect serait actuellement en négociation avec un opérateur arabe pour la mise en place d’un business plan. L’évaluation du potentiel du Maroc sera déterminante. Le partenaire arabe acceptera de mettre la main à la poche et d'attendre si Karim Zaz, patron de Maroc Connect, arrive à convaincre que le marché est porteur. Dans le cas contraire, ce dernier sera condamné à rester un simple distributeur.



Chiffres. Le fixe peu stable

Entre mars 2004 et mars 2005, le parc des abonnés au fixe a évolué en dent de scie. De 1.254.198 abonnés, le parc est passé à 1.335.328, un an après. Une augmentation, certes, mais qui demeure faible par rapport au potentiel du marché. Toutefois, sur le segment résidentiel, le fixe perd du terrain. Il est passé de 900 036 abonnés à 888 678 en l’espace d’une année. Il faut donc beaucoup de marketing et de l’imagination pour remonter la pente. Côté internet, les chiffres de l’ANRT révèlent que l’accès à 256 kbits/s représente 64 % des abonnements ADSL en mars 2005. Ceci est principalement dû aux récentes baisses tarifaires qui ont été accompagnées d’un doublement du débit. La connexion ADSL est une bouée de sauvetage. La technologie a séduit à tel point qu'elle a recruté plus 94.240 abonnés à fin mars 2005.

 
 
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