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Abdelhadi Alami. "Investir au Maroc est une aventure dangereuse"
Amazighs. Cherche parti désespérément
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N° 186
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Abdelhadi Alami. "Investir au Maroc est une aventure dangereuse"
Amazighs. Cherche parti désespérément
Portrait. La dame de fer
Festival. Viva Casa !

Propos recueillis par Abdellatif El Azizi

Interview-vérité Abdelhadi Alami.
"Investir au Maroc est une aventure dangereuse"

(DR)
En quittant le RNI, Abdelhadi Alami referme une longue parenthèse politique dans sa vie. Oubliée, l’ambition de succéder à Osman. Reste l’hôtelier qui s'interroge sur la relance du secteur et l’ex-patron de presse qui tente son coming back.


Vous venez de quitter brutalement le Rassemblement National des Indépendants (RNI). Pourquoi une coupure si nette ?
Mon départ du RNI est l’aboutissement d’une série de consultations, de réunions et de mises en garde qui datent de quelques années. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à tirer la sonnette d’alarme. Les différentes "intifadas" déclenchées çà et
là par Abdelakrim Erraghay, Moulay Hafid Alaoui et bien d’autres n’ont abouti à rien. La toute dernière est partie de Marrakech et avait pour objectif d’arracher le minimum à Osman, à savoir une réorganisation moderne du parti, la transparence des finances et une présence responsable du RNI sur la scène politique. N’ayant rien obtenu de cela, j’ai tiré ma révérence, mais je peux vous assurer que d’autres départs sont à prévoir.

Par rapport à Osman, certains vous reprochent d’avoir longtemps voulu devenir calife à la place du calife. Avez-vous abandonné la partie ?
N’est pas calife qui veut. Pour moi, le choix d’intégrer le RNI est venu dans des conditions assez particulières. Il s'agissait d’un choix à proprement parler balzacien, à la Rastignac, non pas réellement à cause d’une question d'ambition de pouvoir, mais aussi loin que je me souvienne, mon intérêt premier s’est toujours porté vers l’action, les gens, davantage que vers le fauteuil du chef.
Ça peut paraître ringard, mais je suis animé par un sentiment de patriotisme réel envers ce pays, par conséquent les histoires de leadership, de pouvoir ne m’intéressent guère et sincèrement, je ne crois pas qu’au sein du RNI, il y ait grand monde qui se bouscule au portillon pour briguer la succession.

Alors peut-on vraiment considérer que le RNI est aujourd’hui dans l’impasse ?
C’est le moins que l’on puisse dire. Finances troubles, organisation archaïque, manque d’encadrement des militants, culte du zaïm, la liste des griefs est longue. Cela a occasionné des rapports difficiles avec la direction. N’oublions pas que nous avons été conduits à intégrer le RNI sur la base d’un contrat politique et moral qui devait respecter au moins trois règles de base, l’encadrement des populations, la mise en relief de ce qui fait l’intérêt général et la défense des institutions. Aujourd’hui, ce contrat n’a pas été respecté et cela a débouché sur un véritable problème de gouvernance.

Votre dernier ouvrage sur la vision 2010 du tourisme voit tout en rose. Ce n'est pas l'avis de tous les opérateurs…
Cet ouvrage est optimiste parce qu’il explique notamment que le Maroc pourrait faire du tourisme une manne qui réglerait tous les problèmes de développement, celui de l’emploi en priorité. Le feu vert royal a été donné en 2000. Il y a eu l’accord cadre suivi d’un programme d’application. Mais cinq ans plus tard, les dynamiques de réforme n’ont pas suivi.

Le tourisme marocain est-il définitivement sorti du syndrome du 16 mai 2003 ?
L’histoire du 16 mai est un faux problème, il n’y a pas eu vraiment d’incidences sur le tourisme. Si vous analysez les statistiques, vous remarquerez que le tourisme n’a pas vraiment évolué de 1986 à 2004. On a eu les mêmes chiffres jusqu’en 2004, ce qui montre que l’incidence du 16 mai 2003 a été minime. Le problème du tourisme marocain, je le répète, est structurel.

Vous êtes aujourd’hui à la tête d’un grand groupe hôtelier à Marrakech, que pensez-vous du tourisme sexuel ?
Le phénomène de plus en plus récurrent du tourisme sexuel est un problème grave. Le Maroc ne doit pas devenir un dépotoir en la matière pour touristes dépravés de l’Europe et du Moyen-Orient. Certes, le tourisme crée des espaces de rencontres, mais de temps en temps, il est salutaire de donner un coup de pied dans la fourmilière, de façon à ce que l’on ait un tourisme basé sur le respect mutuel. Ceci dit, dans quel projet de société voulons-nous intégrer notre tourisme ? Un tourisme musulman conforme à nos traditions et à nos valeurs, pourquoi pas ? Ou bien un tourisme éligible aux standards internationaux, répondant aux désirs et aux attentes des marchés émetteurs notamment européens ? Il faut trancher et répondre définitivement à la question et ne pas différer continuellement l’épreuve de ce profond réajustement structurel de notre société.

Estimez-vous que l’hypocrisie ambiante, qui consiste à mettre occasionnellement derrière les barreaux des filles de joie apportera quelque chose au tourisme national ?
Au Maroc, la prostitution est interdite, elle est sanctionnée de temps à autre. En réalité, elle n’a rien à voir avec le tourisme, c’est un problème de misère, de chômage, d’exclusion. C’est pour cela que le système des fiches de police dans les hôtels qui impose la justification du lien matrimonial pour les couples est une survivance d’une époque révolue. Ce rigorisme législatif et réglementaire est en porte à faux avec une politique touristique libérale, ouverte, attractive. Ceci dit, je le répète encore une fois, ce que l’on vend à un touriste, c’est juste une partie du Maroc, une jouissance de certaines richesses qui sont à partager, le reste n’est pas négociable. Je suis tout à fait d’accord pour que les pouvoirs publics réagissent dans le cadre de la loi.

Justement, est-ce que le tourisme moderne est soluble dans l’islam ? Ne faudra-t-il pas faire des concessions durant le mois de ramadan, par exemple ?
C’est vrai que la question ne peut être éludée. Elle est même d’une urgence capitale. L’héritage culturel musulman peut-il être un atout à valoriser dans la nouvelle posture sociétale qu’implique le tourisme ? Autrement dit, le tourisme -tel qu’il est prôné dans la vision 2010- est-il soluble dans une société musulmane comme la nôtre, arc-boutée sur des référents séculaires, rétive aux changements qu’impliquent l’afflux d’une dizaine de millions de touristes ? Il faudrait peut-être méditer l’exemple de la Malaisie et des émirats Arabes Unis, qui ont réussi à trouver des points de conciliation entre la modernité et les exigences de la religion.

Après avoir fondé le palais des congrès, vous aviez fait une traversée du désert, qui avait poussé vos détracteurs à vous donner pour mort. Vous aviez à l’époque effectué de nombreux voyages aux lieux saints de l’islam. Cet intérêt pour la spiritualité est-il conjoncturel ?
Je ne sais pas si mes adversaires m’ont cru mort à un certain moment mais je ne me suis jamais fait d’illusions, investir au Maroc est une aventure dangereuse, par conséquent la traversée du désert, je m’y attendais parce qu’on ne peut pas relever de nombreux défis comme celui de créer un gigantesque palais des congrès et passer inaperçu. Quant au voyage à la Mecque, il fait partie de notre culture. Cela fait bien longtemps que je fais régulièrement le périple. Ce n'est pas vraiment Dieu qu'on vient retrouver à la Kaaba, ce sont les hommes et puis avant tout, on vient se retrouver soi-même. Quant à Dieu, même si tu t'enfermes dans une pièce, tu le retrouveras en toi, parce que c'est Lui qui t'a créé. Je suis un musulman pratiquant, je fais mes prières, mais je n’ai pas besoin de le crier sur les toits.

Vous avez débarqué un jour dans le journalisme en lançant un mensuel, "Maghreb Magazine", et ensuite un hebdo en arabe, "Maghrib Al Yaoum". Pourquoi cet intérêt subit pour la presse ?
On ne débarque pas dans le journalisme. On naît journaliste ou on ne l’est pas. J’ai commencé mes premiers écrits au collège Moulay Driss à Fès où je m’occupais notamment de confectionner le journal de l’établissement. Par la suite j’ai commencé très tôt à collaborer à plusieurs publications. J’ai tout de suite aimé ce métier, basé sur le partage et l’échange humain. Dans cette expérience, je suis notamment motivé par mes divers parcours qui m’ont appris à mieux connaître les gens et à comprendre leur histoire, leurs difficultés en les écoutant sans les juger. Le journalisme est quelque chose d’intime et je vous avoue que je me sens plus journaliste qu’hôtelier ou encore homme d’affaires.
Concernant Maghreb Magazine, il correspondait à un idéal, celui d’aider à la naissance du Maghreb, uni. Je vous rappelle que nous distribuions à l’époque des milliers d’exemplaires autant à Alger qu’à Tunis ou Tripoli. Quant à l’aventure de Maghrib Al Yaoum, je trouvais cela anormal, à l’époque, qu’il n’y ait pas de Jeune Afrique en arabe.

On vous soupçonne de préparer d’ailleurs de nouvelles surprises en matière de presse. Vous confirmez ?
Rien n’est exclu en la matière. Je compte bien revenir à l’écriture et plus exactement au journalisme, en créant un groupe de presse intégré bien armé pour une nouvelle aventure. Je n’en dirai pas plus.

La légende du jeune Abdelhadi, orphelin qui a dû mettre la main à la pâte très tôt pour gagner sa croûte correspond-elle à la réalité ?
C’est la pure vérité. Pendant les vacances scolaires, je travaillais dans une usine de textile. Quand le patron de l’usine que je connais encore m’a reçu, il a d'abord voulu s’assurer que je n’allais pas quitter définitivement l’école.

Et la politique ? Des projets ? Un nouveau parti, peut-être ?
Non, la politique, j’en ai soupé, contrairement à ce qu’on pense. Je puise mes idées dans diverses sources : un peu de vécu, d’imagination, d’observation et le reste… tout cela provient de ce que mon coeur me dicte. Je crois en certaines valeurs morales qui sont la franchise, la droiture et l’opiniâtreté. Je crois infiniment aux valeurs du travail et je suis persuadé que si l’on désire véritablement quelque chose, on doit pouvoir l’obtenir. Ces valeurs ne sont pas toujours les bienvenues au sein du monde politique.



Bio express.

Abdelhadi Alami Srifi est né à Fès en 1941. Inspecteur des finances de la première heure, il quitte la fonction publique pour se lancer dans les affaires. Son dada, c’est le tourisme. Il dirige la société Maroc Tourist du 1er septembre 1970 au 10 mars 1976, date à laquelle il fonde son groupe, Dounia Hôtels. On lui doit la réalisation du complexe du palais des Congrès de Marrakech. Ecrivain à ses heures, patron de presse intérimaire, il a fondé, il y a plus d’une vingtaine d’années, Maghreb Magazine, ensuite Maghrib Al Yaoum. Membre du Bureau Exécutif du RNI depuis 2002, il vient de claquer la porte en envoyant une lettre à Ahmed Osman où il lui reproche notamment une organisation administrative et une gestion financière déplorables.

 
 
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