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Propos recueillis par Abdellatif El Azizi
Interview-vérité Abdelhadi Alami.
"Investir au Maroc est une aventure dangereuse"
En quittant le RNI, Abdelhadi Alami referme une longue parenthèse politique dans sa vie. Oubliée, lambition de succéder à Osman. Reste lhôtelier qui s'interroge sur la relance du secteur et lex-patron de presse qui tente son coming back.
Vous venez de quitter brutalement le Rassemblement National des Indépendants (RNI). Pourquoi une coupure si nette ?
Mon départ du RNI est laboutissement dune série de consultations, de réunions et de mises en garde qui datent de quelques années. Je ne suis dailleurs pas le seul à tirer la sonnette dalarme. Les différentes "intifadas" déclenchées çà et |
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là par Abdelakrim Erraghay, Moulay Hafid Alaoui et bien dautres nont abouti à rien. La toute dernière est partie de Marrakech et avait pour objectif darracher le minimum à Osman, à savoir une réorganisation moderne du parti, la transparence des finances et une présence responsable du RNI sur la scène politique. Nayant rien obtenu de cela, jai tiré ma révérence, mais je peux vous assurer que dautres départs sont à prévoir.
Par rapport à Osman, certains vous reprochent davoir longtemps voulu devenir calife à la place du calife. Avez-vous abandonné la partie ?
Nest pas calife qui veut. Pour moi, le choix dintégrer le RNI est venu dans des conditions assez particulières. Il s'agissait dun choix à proprement parler balzacien, à la Rastignac, non pas réellement à cause dune question d'ambition de pouvoir, mais aussi loin que je me souvienne, mon intérêt premier sest toujours porté vers laction, les gens, davantage que vers le fauteuil du chef.
Ça peut paraître ringard, mais je suis animé par un sentiment de patriotisme réel envers ce pays, par conséquent les histoires de leadership, de pouvoir ne mintéressent guère et sincèrement, je ne crois pas quau sein du RNI, il y ait grand monde qui se bouscule au portillon pour briguer la succession.
Alors peut-on vraiment considérer que le RNI est aujourdhui dans limpasse ?
Cest le moins que lon puisse dire. Finances troubles, organisation archaïque, manque dencadrement des militants, culte du zaïm, la liste des griefs est longue. Cela a occasionné des rapports difficiles avec la direction. Noublions pas que nous avons été conduits à intégrer le RNI sur la base dun contrat politique et moral qui devait respecter au moins trois règles de base, lencadrement des populations, la mise en relief de ce qui fait lintérêt général et la défense des institutions. Aujourdhui, ce contrat na pas été respecté et cela a débouché sur un véritable problème de gouvernance.
Votre dernier ouvrage sur la vision 2010 du tourisme voit tout en rose. Ce n'est pas l'avis de tous les opérateurs
Cet ouvrage est optimiste parce quil explique notamment que le Maroc pourrait faire du tourisme une manne qui réglerait tous les problèmes de développement, celui de lemploi en priorité. Le feu vert royal a été donné en 2000. Il y a eu laccord cadre suivi dun programme dapplication. Mais cinq ans plus tard, les dynamiques de réforme nont pas suivi.
Le tourisme marocain est-il définitivement sorti du syndrome du 16 mai 2003 ?
Lhistoire du 16 mai est un faux problème, il ny a pas eu vraiment dincidences sur le tourisme. Si vous analysez les statistiques, vous remarquerez que le tourisme na pas vraiment évolué de 1986 à 2004. On a eu les mêmes chiffres jusquen 2004, ce qui montre que lincidence du 16 mai 2003 a été minime. Le problème du tourisme marocain, je le répète, est structurel.
Vous êtes aujourdhui à la tête dun grand groupe hôtelier à Marrakech, que pensez-vous du tourisme sexuel ?
Le phénomène de plus en plus récurrent du tourisme sexuel est un problème grave. Le Maroc ne doit pas devenir un dépotoir en la matière pour touristes dépravés de lEurope et du Moyen-Orient. Certes, le tourisme crée des espaces de rencontres, mais de temps en temps, il est salutaire de donner un coup de pied dans la fourmilière, de façon à ce que lon ait un tourisme basé sur le respect mutuel. Ceci dit, dans quel projet de société voulons-nous intégrer notre tourisme ? Un tourisme musulman conforme à nos traditions et à nos valeurs, pourquoi pas ? Ou bien un tourisme éligible aux standards internationaux, répondant aux désirs et aux attentes des marchés émetteurs notamment européens ? Il faut trancher et répondre définitivement à la question et ne pas différer continuellement lépreuve de ce profond réajustement structurel de notre société.
Estimez-vous que lhypocrisie ambiante, qui consiste à mettre occasionnellement derrière les barreaux des filles de joie apportera quelque chose au tourisme national ?
Au Maroc, la prostitution est interdite, elle est sanctionnée de temps à autre. En réalité, elle na rien à voir avec le tourisme, cest un problème de misère, de chômage, dexclusion. Cest pour cela que le système des fiches de police dans les hôtels qui impose la justification du lien matrimonial pour les couples est une survivance dune époque révolue. Ce rigorisme législatif et réglementaire est en porte à faux avec une politique touristique libérale, ouverte, attractive. Ceci dit, je le répète encore une fois, ce que lon vend à un touriste, cest juste une partie du Maroc, une jouissance de certaines richesses qui sont à partager, le reste nest pas négociable. Je suis tout à fait daccord pour que les pouvoirs publics réagissent dans le cadre de la loi.
Justement, est-ce que le tourisme moderne est soluble dans lislam ? Ne faudra-t-il pas faire des concessions durant le mois de ramadan, par exemple ?
Cest vrai que la question ne peut être éludée. Elle est même dune urgence capitale. Lhéritage culturel musulman peut-il être un atout à valoriser dans la nouvelle posture sociétale quimplique le tourisme ? Autrement dit, le tourisme -tel quil est prôné dans la vision 2010- est-il soluble dans une société musulmane comme la nôtre, arc-boutée sur des référents séculaires, rétive aux changements quimpliquent lafflux dune dizaine de millions de touristes ? Il faudrait peut-être méditer lexemple de la Malaisie et des émirats Arabes Unis, qui ont réussi à trouver des points de conciliation entre la modernité et les exigences de la religion.
Après avoir fondé le palais des congrès, vous aviez fait une traversée du désert, qui avait poussé vos détracteurs à vous donner pour mort. Vous aviez à lépoque effectué de nombreux voyages aux lieux saints de lislam. Cet intérêt pour la spiritualité est-il conjoncturel ?
Je ne sais pas si mes adversaires mont cru mort à un certain moment mais je ne me suis jamais fait dillusions, investir au Maroc est une aventure dangereuse, par conséquent la traversée du désert, je my attendais parce quon ne peut pas relever de nombreux défis comme celui de créer un gigantesque palais des congrès et passer inaperçu. Quant au voyage à la Mecque, il fait partie de notre culture. Cela fait bien longtemps que je fais régulièrement le périple. Ce n'est pas vraiment Dieu qu'on vient retrouver à la Kaaba, ce sont les hommes et puis avant tout, on vient se retrouver soi-même. Quant à Dieu, même si tu t'enfermes dans une pièce, tu le retrouveras en toi, parce que c'est Lui qui t'a créé. Je suis un musulman pratiquant, je fais mes prières, mais je nai pas besoin de le crier sur les toits.
Vous avez débarqué un jour dans le journalisme en lançant un mensuel, "Maghreb Magazine", et ensuite un hebdo en arabe, "Maghrib Al Yaoum". Pourquoi cet intérêt subit pour la presse ?
On ne débarque pas dans le journalisme. On naît journaliste ou on ne lest pas. Jai commencé mes premiers écrits au collège Moulay Driss à Fès où je moccupais notamment de confectionner le journal de létablissement. Par la suite jai commencé très tôt à collaborer à plusieurs publications. Jai tout de suite aimé ce métier, basé sur le partage et léchange humain. Dans cette expérience, je suis notamment motivé par mes divers parcours qui mont appris à mieux connaître les gens et à comprendre leur histoire, leurs difficultés en les écoutant sans les juger. Le journalisme est quelque chose dintime et je vous avoue que je me sens plus journaliste quhôtelier ou encore homme daffaires.
Concernant Maghreb Magazine, il correspondait à un idéal, celui daider à la naissance du Maghreb, uni. Je vous rappelle que nous distribuions à lépoque des milliers dexemplaires autant à Alger quà Tunis ou Tripoli. Quant à laventure de Maghrib Al Yaoum, je trouvais cela anormal, à lépoque, quil ny ait pas de Jeune Afrique en arabe.
On vous soupçonne de préparer dailleurs de nouvelles surprises en matière de presse. Vous confirmez ?
Rien nest exclu en la matière. Je compte bien revenir à lécriture et plus exactement au journalisme, en créant un groupe de presse intégré bien armé pour une nouvelle aventure. Je nen dirai pas plus.
La légende du jeune Abdelhadi, orphelin qui a dû mettre la main à la pâte très tôt pour gagner sa croûte correspond-elle à la réalité ?
Cest la pure vérité. Pendant les vacances scolaires, je travaillais dans une usine de textile. Quand le patron de lusine que je connais encore ma reçu, il a d'abord voulu sassurer que je nallais pas quitter définitivement lécole.
Et la politique ? Des projets ? Un nouveau parti, peut-être ?
Non, la politique, jen ai soupé, contrairement à ce quon pense. Je puise mes idées dans diverses sources : un peu de vécu, dimagination, dobservation et le reste
tout cela provient de ce que mon coeur me dicte. Je crois en certaines valeurs morales qui sont la franchise, la droiture et lopiniâtreté. Je crois infiniment aux valeurs du travail et je suis persuadé que si lon désire véritablement quelque chose, on doit pouvoir lobtenir. Ces valeurs ne sont pas toujours les bienvenues au sein du monde politique. |
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Bio express.
Abdelhadi Alami Srifi est né à Fès en 1941. Inspecteur des finances de la première heure, il quitte la fonction publique pour se lancer dans les affaires. Son dada, cest le tourisme. Il dirige la société Maroc Tourist du 1er septembre 1970 au 10 mars 1976, date à laquelle il fonde son groupe, Dounia Hôtels. On lui doit la réalisation du complexe du palais des Congrès de Marrakech. Ecrivain à ses heures, patron de presse intérimaire, il a fondé, il y a plus dune vingtaine dannées, Maghreb Magazine, ensuite Maghrib Al Yaoum. Membre du Bureau Exécutif du RNI depuis 2002, il vient de claquer la porte en envoyant une lettre à Ahmed Osman où il lui reproche notamment une organisation administrative et une gestion financière déplorables. |
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