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Abdelhadi Alami. "Investir au Maroc est une aventure dangereuse"
Amazighs. Cherche parti désespérément
Portrait. La dame de fer
Festival. Viva Casa !
N° 186
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Abdelhadi Alami. "Investir au Maroc est une aventure dangereuse"
Amazighs. Cherche parti désespérément
Portrait. La dame de fer
Festival. Viva Casa !

Par Driss Bennani

Festival. Viva Casa !

(Mohamed Réda)
Dar Beida n’a que trop attendu son festival. Elle l’a finalement eu. Ni officiel ni élitiste, mais pluriel, festif et cosmopolite. à l’image de la ville. Balade.


Comme pour s’excuser de l’avoir trop fait attendre, deux walis ont ouvert la première édition du festival de Casablanca. Penchés depuis les balcons de la Wilaya au centre ville, M'hamed Dryef et Mohamed Kabbaj observaient la parade qui se déroulait à leurs pieds. Des créatures géantes et bruyantes qui soufflent de la fumée et du feu au beau milieu de l’avenue Hassan II. Le festival démarre en fanfare. Et naturellement, il
attire de nombreux curieux. Certes, les trois scènes sont prêtes depuis quelques jours, elles sont parfaitement visibles, les affiches annoncent l’évènement depuis plus de deux semaines, mais ce soir là, au centre ville, beaucoup semblaient découvrir que tout cela n’était pas que du bluff. "Wallahila darouha bessah. Et c’est vrai qu’il y aura Sting et Eric Clapton ?", se demandait, mi amusé mi étonné, un jeune Casablancais. "Non, mais il y aura Elissa à Bernoussi. Allah Yhfed ou safi a sahbi", lui répondait un de ses compagnons.
La parade dure plus d’une heure et arpente toute une partie du centre ville (de l'avenue Rachidi jusqu’au Bd Zerktouni). Fait marquant cependant, la circulation reste fluide à quelques mètres seulement du lieu du défilé, et les principales artères du centre ville sont rouvertes quelques minutes seulement après la fin de la parade. Le festival de Casablanca annonçait ainsi la couleur. Un festival intégré dans la ville, qui ne perturbe pas son quotidien et ne fait pas que squatter ses espaces. La fête pouvait alors commencer.
Mais alors, il a fallu faire des choix. Rester au centre ville (place Rachidi) et vibrer aux rythmes mi-rock mi-chaâbi des Hoba Hoba Spirit, faire un tour du côté de la corniche (scène El Hank) et se délecter des notes reggae des éternels Steel Pulls ou mettre la cap sur Bernoussi et fêter la victoire du Raja aux sons de Hajib et de Stati. Autant dire que ce soir là (Samedi), plusieurs Casablancas faisaient la fête en même temps.
Dimanche, le bruit du festival court un peu plus dans la ville. On demande alors le programme, on se renseigne sur l’emplacement des scènes, etc. Le bouche à oreille ayant formidablement fonctionné, le deuxième jour voyait déjà l’affluence augmenter considérablement. Le concert du jour se déroulait au pied du phare nouvellement repeint. La scène d’El Hank réunissait deux poids lourds de Tagnaouit et de l’art maghrébin. Hamid Kasri, incontestablement l’une des plus belles voix gnaouies, et le groupe Ifrikia avec le charismatique Karim Ziad, parrain spirituel de la nouvelle génération de musiciens marocains. Alors forcément, l’air frais et humide que ramenait l’océan ce soir là avait quelque chose de ces alizés qui bercent les nuits blanches du festival d’Essaouira.
Lundi, Casablanca reprend son quotidien. Humide, bruyant et effréné. Discrètement, partout dans la ville, d’autres activités du festival se poursuivent. Au Hay Mohammadi, à Ben Msik ou au Ain Choq, des animations et des représentations théâtrales occupent les journées, souvent ennuyeuses, des enfants des quartiers populaires. à la lumière du jour, le phare est encore plus resplendissant et de nombreux Casablancais s’aventurent pour la première fois (quand ils ne sont pas des habitués du Petit Rocher) dans les ruelles qui entourent le bidonville qui squatte depuis plusieurs années le terrain en face de l’océan, voir de plus près cette énorme bâche qui couvre le phare. "Je suis un peu déçue. Je croyais que tout était peint à la main, ça aurait été beaucoup plus spectaculaire", confie une jeune Casablancaise rencontrée sur place. Une œuvre du grand Aboulouakar. Un dessin reproduit sur un plan d’architecte et photographié en plusieurs morceaux réunis sur une bâche de 900 m2. "Une intervention monumentale pour apprendre à regarder le phare plutôt que le voir".
L’autre idée originale du festival, les Casablancais l’ont découverte sur leur bus. Sur ces tas de tôles branlantes et polluantes, Casablanca défile. à travers des portraits de la ville et de ses habitants, réunis dans une exposition très justement intitulée "Ana Biadaoui, Ana Bidaouia" (je suis Casablancais, je suis Casablancaise). Comme quoi, durant le festival, même les bons vieux bus casablancais ont une âme. On ne s’y entasse pas plus joyeusement, mais bon, ça change…
Le soir, en défilant sur la corniche, une phrase raisonne dans le brouhaha des folles nuits casablancaises. Portée par la voix grave de la doublure française d’un acteur américain. Dans le noir, on distingue une bâche blanche sur laquelle s’animent des personnages qui s’aiment ou qui s’entretuent. C’est ainsi, il a fallu attendre le festival de Casablanca pour que la ville s’offre son premier ciné plage. Le même écran se trouve au mythique parc de l’Hermitage, alors que d’excellentes projections ont lieu chaque soir au cinéma Lynx. Deux avant-premières pour cette première édition du festival : Marock, obus tant attendu de la pétillante Leila Marrakchi et véritable hymne à la joie de vivre (voir coup de cœur), et Le pain nu d’Abdlkader Lagtaâ, adaptation du roman du grand Mohamed Choukri. En tout, 40 films (de moyenne et de bonne facture) projetés tout au long de la semaine. Un véritable festival de cinéma dans le festival.
Que retenir de ce festival, finalement ? Qu’il ressemble à Casablanca, tout simplement. Éclectique à la limite de l’antinomique. Et varié au bord de la saturation. Un festival de rue, populaire et parfaitement intégré dans la ville. De ce genre de festivals qui égayent les fins de journées passées au bureau ou qui permettent de se sentir moins seul, devant son verre ou sa télé. à force de le retarder, ses organisateurs ont semblé vouloir se rattraper. 43 concerts sur trois scènes, 51 projections sur trois écrans, deux spectacles de rue et plusieurs ateliers pour enfants. Casablanca est décidément gourmande mais désormais, il faudra la nourrir tous les ans. Bon vent !



Coup de cœur. Marock sans frontières

Ahmed R. Benchemsi

Marock* est un film parfaitement commercial, répondant avec brio à toutes les normes internationales des films commerciaux. Je ne sais pas si Leïla Marakchi, sa réalisatrice, va prendre ça pour un compliment. Pour moi en tout cas, c’en est un gros, et il vient du fond du cœur. Techniquement ? C’est parfait. Les dialogues ? Toujours justes. Le jeu des acteurs ? Impeccable, de bout en bout. La musique ? Super. Les décors ? Un rêve. Le tableau social ? D’une réalité saisissante même si elle est – évidemment – marginale. Marock parle de villas à Anfa, de jeunesse dorée, de soirées arrosées et d’amours adolescentes. Accessoirement, c’est l’histoire d’une fille (plus ou moins) musulmane qui tombe amoureuse d’un garçon (vaguement) juif. Vu de près, ça regorge de clés pour comprendre notre très schizophrénique bourgeoisie nationale. Mais au fond, ça n’a aucune importance. Ce qui en a, c’est que c’est un film marocain brillamment exportable, sans qu’on le classe dans le rayon "ethnique".
Il est très peu probable que Marock soit distribué au Maroc. Trop de baisers avec la langue, d’alcool, de shit et de gros mots. Tant pis pour nous, si nous ne sommes pas prêts à voir notre réalité en face. Dans les cinémas d’Occident, il ne devrait pas trop cartonner, tant il y aura de concurrence dans le créneau "romances pour ados". Mais parce qu’il aborde des thématiques universelles, on peut prévoir à Marock une brillante carrière télé, dans tous les pays du monde qui auront les moyens de se le payer. Demain, des jeunettes de Santa Monica ou de Bruxelles larmoieront aux amours de la ravissante Rita et du ténébreux Youri, en ignorant superbement où ça se passe. Demain, sur les petits écrans, le Maroc passera pour un pays développé comme un autre. C’est une grande première qu’il faut applaudir comme elle le mérite : avec effusion.

 
 
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