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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Papa Boualem vient de découvrir que zakaria travaillait pour la mafia chinoise

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Papa Boualem est à Casablanca. Sur l'invitation de son fils, il est venu faire un check up médical complet. Une telle opération, à Guercif, est à peu près aussi difficile à monter qu'un concours de beauté en bikini à Téhéran. Ou une Coupe du monde au Maroc, pour faire plus simple. Donc, Papa Boualem est à Casablana pour se faire inspecter les artères, les yeux, le foie - siège marocain des sentiments s'il en est.
Globalement, Papa Boualem va bien, ce qui ne suffit pas à le rendre heureux. Il faut préciser que Papa Boualem est un homme particulièrement colérique, grognon, râleur et de mauvaise foi. Ceux qui connaissent bien son rejeton ne s'en étonneront pas, puisque, c'est bien connu, les chiens ne font pas des chats. Aujourd'hui, l'objet de son courroux est clair : la Banque Nationale Marocaine Pour le Client (BNMPC).
Il y a quelques années, Zakaria Boualem avait réussi à convaincre son papa, commerçant dans tous ses états, d'ouvrir un compte à la BNMPC. Jusqu'ici, le brave homme ne voyait pas en quoi cette opération pouvait lui faciliter la vie. Encouragé par son fils, qui travaille justement à la BNMPC comme informaticien à mi-temps (chatteur, le reste du temps, pour info), il avait finit par franchir le pas. Le vénérable sexagénaire à été énormément déçu par cette affaire.
Il a déjà eu du mal à comprendre pourquoi il devait considérer le fait de recevoir une carte de retrait automatique comme un
privilège rare. Et surtout payant. Il n'a rien dit, jusqu'au jour où il a découvert que le fait de retirer de l'argent dans un guichet automatique était une opération payante, elle aussi. Six dirhams, s'il vous plaît, si vous passez par une autre banque. Du coup, il a engagé une conversation avec son fils :
- Pourquoi on me prélève six dirhams quand je retire de l'argent ? Mon argent ?
- Parce que tu passes par une autre banque.
- Et alors ? Quand on m'a donné cette carte... Lla, lla, lla, quand on m'a vendu cette carte, on m'a dit que c'était justement pour retirer dans toutes les banques. En plus, ils ont décidé tout seuls de toucher à mon argent. Ils m'ont pas prévenu. Est-ce qu'on touche à l'argent des gens comme ça ? Il y a vingt ans, une affaire comme ça se serait réglée à coup de zouija. C'est une question de principe, d'honneur, de Charaf, de Nif.
- Non, Papa. Pourquoi tu va pas au guichet automatique de la BNMPC ?
- Parce qu'il ne marche pas, ya el bghal (précisons que Papa Boualem aime beaucoup son fils, il a juste du mal à l'exprimer sans passer par des noms d'animaux sauvages)
- Tu n'a qu'à aller à la banque retirer au comptoir.
- C'est ça, je n'ai rien d'autre à faire. Et pourquoi on me retire des frais de tenue de compte chaque fois que j'ai le dos tourné ?
- C'est pour payer les salaires des gens, comme moi, par exemple.
- Tu dois être très bien payé, mon fils.
- Non...
Zakaria Boualem se rend rapidement compte que sa position est intenable. Il ne peut pas continuer à défendre son employeur. Il explique à son Papa toutes les petites arnaques de la BNMPC. Comment un chèque rbati déposé sur un compte à Casablanca met quinze jours pour être crédité, alors que la banque a récupéré l'argent dès le lendemain. Comment les banques se mettent d'accord entre elles pour aligner leurs tarifs, fixés sans informer le client. Comment les banques se protègent en prenant des garanties qui couvrent parfois le triple du montant du prêt. Comment elles se payent des sièges en marbre, des BMW pour les patrons en geignant à longueur de journées sur la crise. Comment elles suppriment des postes en agence, laissant les clients patienter pendant trois quart d'heure pour économiser un salaire, minable par ailleurs.
À la fin de cet exposé, Papa Boualem est confondu.
C'est comme s'il venait de découvrir que son fils travaillait pour la mafia chinoise. Il lui somme de trouver un travail honnête. Encore une fois, c'est une question de principe, d'honneur, etc. Zakaria Boualem tente de le calmer, c'est inutile. Les chiens ne font pas des chats, on vous dit.

 
 
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